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Interview avec Dede et Nitzan Mintz

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2830

Ce poème est la traduction française du travail de Nitzan Mintz dont voici la version originale en hébreux, et la version anglaise.

Hébreu (original) :

יום הולדת לפצע

נעשה לו מסיבה

בלונים נקשור לפצע

נאחל לו שיגדל

קרבנות נקריב לפצע

יתגדל ויתקדש.

Anglais :

A birthday for the wound

We will hold a celebration

Tie balloons for the wound

Wish for him to grow

Sacrifices will be brought forth

May he rise and become holy

Dede and Nitzin Mintz Hopital Saint Louis IMG_2853Dede et Nitzan Mintz ont peint les murs de l’hôpital Saint-Louis faisant face au Petit Cambodge et au Carillon, cibles des terribles attaques terroristes ayant eu lieu le 13 novembre dernier

Le street artiste Dede et la street poète Nitzan Mintz, tous deux originaires de Tel-Aviv, ont réalisé une œuvre en face du Petit Cambodge et du Carillon, deux sites emblématiques des attaques terroristes survenues le 13 novembre dernier. Ils décrivent et expliquent ici le déroulé de leur intervention en faisant preuve d’un humour frais au début de cette interview, et adoptant un ton plus solennel au fur et à mesure de celle-ci.

Qu’est-ce qui vous a amené à Paris ?

L’un de nos objectifs était de nous renseigner sur la ville de Paris et de trouver une résidence artistique ici. Nous aimerions trouver un programme qui nous permettrait de créer et qui nous donnerait envie de créer, comme un workshop ou une résidence. On est à la recherche de nouveaux endroits et nous avions la sensation de ne pas assez être allé à Paris, voire de ne pas y être allé du tout.

Qu’est ce que vous avez entendu à propos de Paris ? 

On a entendu beaucoup de jolies choses, les gens aiment Paris, ils adorent Paris.

Et donc, qu’est ce que vous avez entendu à propos de Paris ?

Et bien… Que c’est l’une des capitales artistiques et que c’est un lieu très culturel…

Allez !

Quoi ? Qu’est-ce que je suis censée répondre ?

Au delà des mots, qu’est-ce que vous avez entendu ? 

Ok, donc à propos de la nourriture…

« On nous a dit que c’était très romantique ! »

Non ! Non, non, non, non, non.

Ok, alors parlons de la nourriture !

La nourriture est…

On vous a dit qu’il y avait de l’argent à se faire à Paris ?

Non, non… Ça c’est à New-york ! Quand je pense à Paris, je ne pense pas à l’argent. Paris c’est… Je ne sais pas, c’est une ville magnifique ! C’est comme si, dès que vous marchiez dans les rues de Paris vous étiez inspiré, rien qu’en regardant les bâtiments.

Paris est magnifique comme une jeune femme blonde ?

Non, non, non, non, non, pas comme une jeune femme blonde. Magnifique comme une vieille femme. Une vieille femme un peu hipster tu sais, comme les vieilles qui sont riches, celles qui portent des tenues haute couture hyper chics, vraiment sauvages, qui portent des chaussures à plateformes très hautes et des tonnes de maquillage, vers les 80 ans avec des énormes lunettes de soleil, mais anciennes. Une vieille femme super chic qui marche fièrement dans la rue avec son caniche.

Et vous êtes venus pour ça ?

Oui bien sur !

Dede : Tu sais, on n’est pas venus tant de fois à Paris donc oui, pour la première fois, pour la seconde… On est venus pour ça !

Nitzan : Et maintenant qu’on est là, on a envie de revenir pour suivre un programme artistique ou quelque chose comme ça qui nous permettrait de rester un mois ou deux ici.

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2738Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2792 copy

Qu’est-ce qui vous a amené à peindre ce mur ?

Nitzan : On s’est rendu au bureau de Streetartparis.fr parce qu’on avait besoin d’aide parce qu’on n’était pas au courant des règles. On ne savait pas comment créer ici, ni où, alors ces personnes nous ont emmenés faire une visite…

Dede : Enfin d’abord ils nous ont aidés à faire des recherches sur ordinateur…

Nitzan : Oui, avec Google Street View. Et on a fini par trouver un mur qui nous semblait pas mal, un mur qui pourrait être…

Dede : Il était beige.

Nitzan : Oui il était beige. C’était un mur beige.

Oui, il y a beaucoup de murs beiges…

Nitzan : Et ce n’était pas ce qu’on voulait, mais c’était ce qu’on avait, alors on s’est dit « Ok allons-y ! » et j’étais un peu déprimée parce que je me suis dis merde, c’est pas mon truc le beige et j’aime faire des choses sur des lieux plus symboliques.

Dede :« Cet endroit n’était pas assez spécial… »

Nitzan : Et je ne connaissais rien à propos de ce mur.

Dede :« Il ne tombe pas en ruine, ça ne va pas fonctionner… »

Nitzan, Oui exactement, ça ne va pas fonctionner. Mais on a dit ok histoire d’avoir quelque chose dans Paris, quelque chose dont on pourrait être fiers à notre retour chez nous, à Tel-Aviv.

Dede : Comme ça les gens nous croiraient.

Nitsan : Oui ils nous croiraient et nous adoreraient pour avoir fait quelque chose là-bas. Et donc on est partis, on était en train de marcher quand tout à coup, Demian s’est arrêté, je ne sais pas pourquoi, et il a dit : « c’est le café qui a été attaqué durant les attaques terroristes il y a six mois. » Et là je ne sais pas, on a regardé le mur et je me suis dit que le mur était très très laid, parce que ce n’était vraiment pas mon genre de mur. J’aime les vieux murs qui tombent en ruine, ou ceux avec un décor naturel fourni par la rue ou le quartier, et j’aime connaître son histoire. Et là Demian nous a donné les détails à propos de l’hôpital et de l’attaque terroriste qui avait eu lieu ici et waouh… C’était comme… Waouh, ok, ce mur n’est pas vraiment mon genre, ni celui de Dede, mais il a une histoire incroyable. Ce mur avait été témoin de tout le truc, ça le rendait vraiment important pour tous. Alors je me suis dit ok, mon travail ne rendra peut-être pas super bien sur ce mur, parce que ce n’est pas mon style habituel, mais waouh, on a quelque chose à raconter, du coup j’ai sorti tous mes poèmes de mon sac et j’ai commencé à chercher, sans vraiment regarder, je l’ai juste tiré de mon sac et j’ai dit : « Celui-la, ce poème appartient à ce mur. ». J’ai demandé l’avis des personnes qui étaient là et Demian m’a dit : « Mais tu comptes l’écrire en anglais ? » et j’ai répondu : « Qu’est ce que je peux y faire ? Je n’ai pas de traduction ». Et là, deux filles qui étaient avec nous – elles s’appellent Cécile et Léa, les formidables Léa et Cécile. – elles l’ont traduit. On est allés prendre un café, on était assis et c’était juste en train de se produire. C’était comme si trois anges étaient venus à moi. C’était un miracle pour moi, je regardais la scène de l’extérieur et je me disais waouh… Je n’ai absolument rien fait pour ça. Tout était comme connecté, boum, boum, c’était tellement soudain et ça s’est passé tellement vite, j’avais une traduction française de mon poème et je pouvais communiquer avec les gens qui vivent ici, dans le quartier, et c’était incroyable parce que je n’avais rien préparé, c’était comme un miracle. Et tout était vraiment super, comme dans un miracle, comme si c’était supposé arriver. C’est comme ça que je l’ai vécu.

Dieu est descendu du ciel ?

Oui, quelque chose comme ça. Comme des anges.

Est-ce que c’est ça le pouvoir du street art ?

Nitzan : Non, ce sont les anges des lieux chargés d’histoire qui sont venus et qui m’ont sauvée. Ces anges sont descendus parce qu’ils savent ! Ils savent que c’est important pour moi de créer des lieux chargés d’histoire grâce à ma poésie. Ils le savent, et au lieu de rendre ça totalement ennuyeux comme un mur avec du texte, sans aucune connexion, ils m’ont apporté ça, boum. Je pense que c’était le lieu le plus intéressant que je n’ai jamais rencontré et comme par hasard, j’avais ce poème qui fonctionnait parfaitement avec l’histoire de ce lieu, vraiment parfaitement comme si je l’avais écrit pour ce lieu – en fait je l’ai écrit à propos d’Israël – mais tout est arrivé comme ça, ce qui est a la fois vraiment effrayant mais aussi très beau.Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2820

Dede, pourquoi un pansement?

J’ai peint un pansement pour guérir, c’est comme une marque de fabrique pour moi. Je peins des pansements depuis presque dix ans maintenant. Ils se sont développés à partir de différents endroits et ont de nombreuses significations Les gens peuvent s’y retrouver de plusieurs manières, et pour moi, mon travail continue de changer et d’évoluer à mesure que j’explore les différentes significations et les compositions possibles.

En fait je voulais peindre un pansement parce que je sais que je peux le faire rapidement et que ce jour là on n’avait pas beaucoup de temps, mais en se retrouvant à cet endroit précis, ça a pris tout son sens, ça correspondait au lieu et au quartier et tout à coup, ça semblait vraiment juste de peindre ce genre de pièce ici. Dans d’autres endroits, ça pourrait juste être un tag mais ici ça signifie davantage pour moi. Quelque chose auquel je peux me relier, quelque chose auquel les gens du quartier peuvent se rattacher de différentes manières. Et puis je pense que ça fonctionne avec le texte. On n’avait jamais fait ça de cette manière avant, on n’avait jamais assemblé un texte avec ça, avec une image. Je pense que ça fonctionne bien.

Nitzan : Oui, vraiment bien.

Dede : J’espère que les gens vont apprécier

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2808Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2841

Quelles connexions faîtes-vous entre ce qu’il s’est passé ici, dans ce quartier et ce qui arrive de très nombreuses fois en Israël ? Ce n’est pas exactement la même chose mais… Il y a beaucoup d’actes de terrorisme qui touchent des civils. Comment rattachez-vous cet événement à vos expériences personnelles ?

Il y a un lien. J’ai l’impression qu’à Paris c’est une toute nouvelle situation. Ça se ressent dans l’air, dans le climat qui règne à Paris, sur les gens… Comme cette femme qui est venue me voir pendant que je peignais et qui a lu le poème. La manière dont elle a réagit, elle pleurait presque. A Tel-Aviv, je ne pense pas que ça arriverait parce que si j’écrivais le même poème à Tel-Aviv, personne n’aurait jamais relié ça au terrorisme. Ou peut-être que si, les politiques l’auraient fait, mais pas à des cas particuliers parce que ces attaques terroristes arrivent tout le temps. On est dedans, c’est courant.

Dede : Oui, les gens grandissent dans ces conditions. Ça nous suit en permanence. Ici, quand tu places ça dans un tel quartier…

Nitzan : Tu sais que c’est unique. Parce que ce quartier est unique. C’est comme si tu étais né avec des migraines, tu ferais avec toute ta vie, mais pour quelqu’un qui fait face à sa première migraine, il peut presque en vomir, il n’ira pas travailler, il ne pourra rien faire du tout, il sera paralysé. Pour nous c’est comme grandir avec des migraines et en avoir toute notre vie. Alors oui c’est très douloureux, mais on sait comment aller travailler avec, comment aller manger avec, aller voir des amis avec… Jusqu’à ce que ça t’arrive vraiment à toi, à un de tes proches, un membre de ta famille ou un de tes amis, et là c’est comme une nouvelle migraine. Parce que quand ça arrive à quelqu’un en Israël, tu es vraiment triste et choqué mais si ça t’arrive à toi c’est une autre histoire. Heureusement et par chance je n’ai pas eu ce genre d’expérience, ni dans ma famille ni parmi mes amis.

Dede : Il y a eu aussi une attaque dans un bar à Tel-Aviv dans la rue Dizengoff, c’est la dernière attaque, qui a eu lieu, le terroriste est arrivé et a tiré sur tout le monde à cette intersection.

C’était un Palestinien ?

Dede : Oui

Nitsan : Un Palestinien avec un pistolet…

Dede : Il n’était pas relié à l’EI, ça n’avait aucun lien, mais il était clairement influencé par des films et des vidéos. Il a commencé à tirer au beau milieu de la rue, c’était une rue très peuplée et dans ce pub, au beau milieu de cette rue, il a tiré et il a tué un des propriétaires du pub. Le pub a fermé durant une semaine. Après ça ils ont commencé à le réparer et à essayer d’aller de l’avant. Il y a peu de temps ils m’ont demandé de venir et de peindre à l’intérieur et quand je suis arrivé et que j’ai discuté avec les propriétaires et les gens qui étaient présents dans le pub, on a pris la décision de peindre un pansement. En fait on l’a peint il y a deux semaines. Deux pansements sur chaque mur, en mémoire de l’événement mais aussi du propriétaire mort lors de cette attaque.

Nitzan : Il y a définitivement un lien entre ces deux endroits.

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2822

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Nitzan Mintz est en ligne, ici et ici.

Dede est en ligne, ici et ici.

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Des graffitis sur la Place de la République

Graffiti Place de la République Cafe de Monde et Média La place de la République est un lieu de vie important pour la communauté parisienne ainsi que pour les touristes qui visitent la capitale; c’est aussi une place populaire pour les skateboardeurs, les musiciens et les sans abris.

Sur la place de la République, après qu’un incendie accidentel se soit déclaré au Café Monde et Média, un panneau d’affichage de trois mètre de haut a été érigé le temps des réparations. Pour le décorer, les services de la mairie de Paris ont fait appel à un galeriste qui a contacté un groupe d’artistes.

Cette oeuvre ne devait pas inclure de messages politiques ou religieux. C’est pourquoi nous avons juxtaposé les messages hautement politiques ornant la statue de la République, avec les photos du mur. Voici une interview sur le nouveau projet de graffiti avec l’un des artistes et un journaliste vétéran du graffiti, Nicolas Gzeley de  Spraymium Magazine.

graffiti Place de la République Alëxone, Hobz, Sowat, Nebay Le travail d’Alëxone, Hobz, Sowat, Nebay sur le panneau d’affichage autour du Café Monde et Média, Place de la République.

Quelle est la différence entre le graffiti et le street art ?

Le graffiti et le street art sont deux mondes différents mais qui partagent une forte connexion. Beaucoup d’artistes graffiti de ma génération, y compris moi-même, sentent qu’ils sont à la frontière entre ces deux mondes. Pour moi, la différence majeure est que le graffiti s’impose de lui-même, peu importe comment  : il parle de la liberté, de la peinture ou de l’écriture, et le « ce que tu penses m’est égal, tu n’es pas un artiste graffiti, tu peux aimer ou pas ». Le street art se focalise davantage sur des propositions, des questionnements ou la séduction du public. Les artistes graffiti peignent pour leurs pairs avec un esprit de compétition. Les street artistes peignent pour les gens, la seule compétition pour les street artistes est combien de likes ils ont sur Facebook ou Instagram, bien que cela doit certainement être vrai aussi pour les artistes graffiti. Je n’essaie pas d’opposer le graffiti au street art, j’aime les deux, et je déteste les deux. Les artistes qui ont peint ces murs viennent tous de la culture graffiti.

Pourquoi les artistes graffiti ressentent souvent le besoin de peindre dans des lieux publics et privés illégalement ?

Beaucoup d’artistes sur ce mur de République continuent de peindre illégalement, certain continuent dans le style hardcore [street bombing] d’autres continuent illégalement mais comme il faut. Peindre illégalement est une garantie de liberté dans la création, contrairement aux murs commissionnés où l’on est obligé de peindre d’après une demande spécifique. Pour beaucoup d’entre nous qui peignons depuis 20 ans, c’est une passion, donc on ne veut pas que quelqu’un nous dise ce qu’il faut peindre. Dans ce cas, peindre illégalement reste la meilleure solution, jusqu’à ce que quelqu’un te demande de peindre un mur légalement et te garantit une liberté totale, mais ceci arrive rarement. Habituellement, quand quelqu’un te demande de peindre un mur, il a des indication à donner sur la pièce que tu dois peindre.

graffiti Place de la République Je suis charlie Charlie HebdoPoster en soutien à Charlie Hebdo, et les dessinateurs qui ont été tués dans l’attaque, collé sur la statue de la République.

graffiti Place de la République Katre, Lek, Nebay, Swiz, Sowat, AstroŒuvre de Katre, Lek, Nebay, Swiz, Sowat, Astro.

Les graffitis à Paris sont traditionnellement peints dans les tunnels du métro et dans les terrains vagues, particulièrement à Stalingrad (pas loin de République), mais maintenant on en trouve aussi dans les institutions et les galeries d’art. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette évolution ?

Quelques expositions de graffiti ont été soutenues par des institutions ou des galeries d’art dès le début mais depuis 10 ans, cette relation a gagné en force. Pour la majeure partie des artistes graffiti, cependant, ça n’a rien changé. Il y a beaucoup d’artistes que ça n’intéresse pas. Ceux qui essaient d’en faire une carrière ont eu à s’adapter à un nouveau monde, avec ses propres lois. Exposer des graffitis dans une galerie doit être fait de manière intelligente, pas comme quelque chose de spectaculaire, ou comme un produit. Les artistes qui veulent prendre part à ce jeu doivent penser davantage à ce qu’ils font, à propos du fait de peindre dans la ville, et trouver une nouvelle manière d’exposer et de l’expliquer. Si tu es focalisé sur ton style, tu n’es pas dans l’art : tu es bon pour trouver une petite galerie qui essaie uniquement de vendre des toiles colorées à des gens stupides sans culture du graffiti ni de l’art.

graffiti Place de la RépubliqueGraffiti sur la statue de la Rébublique.graffiti Place de la République Seth, Nebay, Kanos, Astro Œuvre de Steh, Nebay, Kanos, Astro.

Peux-tu expliquer le lien entre les artistes qui ont été invités à travailler sur ce projet et le système utilisé pour l’entrelacement de tous ces travaux disparates ?

Katre et la galerie Wallworks sont à la base de ce projet. Ils ont demandé à la team FrenchKiss (composée de Lek, Hobz, Liard, Swiz, Alëxone, Sowat et moi-même) de peindre le mur, en rassemblant plusieurs artistes de générations différentes. J’ai l’habitude de peindre dans la rue illégalement avec le collectif FrenchKiss, le plus souvent dans le style abstrait, freestyle et dans l’improvisation, où tout le monde mélange son travail avec celui des autres. Pour ce mur, nous avons dessiné quelque croquis pour donner à chacun son propre espace de travail. Chacun fait son propre truc et ensuite nous essayons de mélanger nos styles en entrelaçant nos travaux. Finalement le résultat n’est pas très « FrenchKiss »,  mais plutôt un mélange entre différents styles et le graffiti classique.

graffiti Place de la République liberte expression Depuis l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier, la statue a été utilisée pour afficher un éventail du graffiti, évoquant principalement la liberté d’expression.graffiti Place de la République Legz, Sowat, Swiz, Lek Œuvre de Legz The Spaghettist, Sowat, Swiz, Lek.

Pourquoi es-tu connu comme Legz The Spaghettis et peux tu nous en dire un peu plus sur ta relation avec la peinture en extérieur opposée à celle sur toile ?

Mon travail est focalisé sur la peinture dans les endroits abandonnés, donc je n’ai pas beaucoup de temps pour peindre des toiles. Mon travail se centre sur des liens avec l’architecture. J’aime faire partie de l’histoire d’un lieu, d’un immeuble ou d’une usine juste avant sa destruction, être une partie de la vie d’une ville, révéler le passé par la peinture. Donc quand je peints sur une toile, il manque quelque chose. Ça devient juste un exercice de style. Comme je l’ai dit plus tôt dans l’interview à propos d’être uniquement focalisé sur le style.

graffiti Place de la République charlie hebdo graffiti Place de la République Arnaud Liard, Popay, Hoctez Œuvre d’Arnaud Liard, Popay, Hoctez.Je suis charlie graffiti Place de la République stencil pochoir Pochoir Je suis Charlie sur la statue de la République.Place de la République graffiti Lek, Arnaud Liard, Sowat, Swiz, Nebay Cafe de Monde et Média Œuvre de Lek, Arnaud Liard, Sowat, Swiz, Nebay.

Cafe de Monde et Média graffiti Place de la République Underground Paris Liste des artistes participants à l’œuvre sur les quatre murs entourant le Café Monde et Médias.

Charlie Hebdo demonstration Place de la RépubliqueManifestation sur la Place de la République, après les meurtres perpétrés contre Charlie Hebdo en janvier de cette année.

Pour découvrir plus sur la culture française et le street art, nous vous recommandons de lire Spraymium Magazine, édité par Nicolas Gzeley.

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Réflexions sur “The Flower Guy” aux multiples facettes, Michael De Feo

Michael De Feo Flower Guy Goncourt Belleville Oberkampf graffiti - street art parisRue Robert Houdin, Paris 11éme Arrondissement.

Ecrit par Jess Zimmerman :

Michael de Feo se sent aussi à l’aise en cherchant les ennuis avec la police d’Amsterdam qu’en critiquant le jargon du monde de l’art. Cet artiste à multiples facettes – travaillant moitié dans la rue, moitié pour des galeries – parvient à rester sur la fine ligne de démarcation entre le prétentieux monde de l’art et le moins affecté monde de la rue.

De Feo vient à Paris avec une mission qu’il a répétée de très nombreuses fois auparavant : peindre des fleurs. Ce n’est pas vraiment surprenant pour un artiste qui travaille sous le pseudonyme “The Flower Guy”, et ce depuis vingt-deux ans.

Cela doit-il imposer le respect ou devrions-nous nous interroger sur sa santé mentale ? La vraie question est plutôt : voir ses fleurs devenues une icône lui donne-t-il envie de les jeter ? Bah voyons ! Ce new-yorkais reste fidèle à la plante qui l’a rendu célèbre.

Michael De Feo Flower Guy photo reportage - street art parisDe Feo à rue Robert Houdin, Paris 11éme Arrondissement.

Avec de légères modifications qui apportent clairement un soulagement à ce fanatique des fleurs dans son infini cycle de reproduction, De Feo crée ses oeuvres avec un sens quasi-obsessionnel du détail. Et malgré cet aspect névrosé, c’est indéniablement prolifique et cela attire le regard.

Il a beau avoir gagné sa crédibilité en tant qu’un typiquement pauvre étudiant d’art récupérant du papier des poubelles sur la 17è et Broadway, cet artiste a trouvé une nouvelle voie confortable – une qui se divise bizarrement entre les galeries et la rue, et qui met à jour plus d’un paradoxe dans un voyage orageux passé à créer des oeuvres à Paris.

L’art de De Feo va de l’illégal au commercial, faisant de lui à la fois un mauvais garçon et le rêve de tout propriétaire de galerie. Ce n’est pas nouveau que le monde de l’art aime garder à l’oeil ce qui est “chaud et à la mode”, et New York peut se vanter d’avoir la première amené le street art dans les galeries dans les années 70. Mais De Feo a-t-il pour autant perdu de vue la nature rebelle et la guerrilla mystique à l’origine de ce mouvement ?

Il chevauche en effet une fine ligne, passant d’un rôle à l’autre. Il dit lui-même retenir un penchant inné pour “secouer le status quo, faire quelque chose qui ne devrait peut-être pas être fait ou qui n’est pas attendu, ou qui d’une certaine façon violente quelque chose”, mais ses converses blanches flambant neuves semble révéler quelque chose d’autre.

C’est une chose de parler, c’en est une autre d’agir, et même si De Feo se lève comme tous les adorés hors-la-lois, écrivains et artistes, ses vêtements, ses pointilleuses préférences en terme de peinture, et sa facilité notable à être vu du public, peuvent, ou non, l’avoir placé dans un autre camp.

Michael De Feo Flower Guy Belleville - street art parisThe Flower Guy ensures he gets the perfect shade at rue Robert Houdin.

Michael De Feo Flower Guy Canal Saint Martin Belleville graffiti - street art parisMichael De Feo à Rue Juliette-Dodu, Paris 10éme Arrondissement.

Michael De Feo artwork for sale at Rush Arts Gallery New York - street art paris‘Bloemen (A bedtime story)’, 2014, 53.5 x 40 inches – acrylique et spraypaint et les cartes sur la toile. Nouveau travail par Michael De Feo pour sa exposition à Rush Arts Gallery, New York, ‘Pocket Full of Posies’‘.

Michael De Feo Flower Guy Rush Arts Gallery New York flower paintings - street art parisMichael De Feo à l’exposition, ‘Pocket Full of Posies’ à Rush Arts Gallery.

Sans porter de jugement (trouvez-moi un artiste sans excentricités, ou qui maintient une ferme distance avec la commercialisation), De Feo incarne les contradictions de le street art aujourd’hui. Les graffitis sont-ils devenus des marchandises dans les galeries ? Est ce que cela lui enlève de la valeur ? Comment un mouvement au départ illégal change-t-il lorqu’il reçoit la reconnaissance de la société et est perçu comme un enrichissement culturel ?

C’est une zone grise sans réponses claires, et il y a beaucoup d’opinions différentes. Mais au final, De Feo, à la fois célébré dans les galeries et extraordinaire peintre floral, n’a pas totalement perdu de vue sa première motivation :

“La valeur intrinsèque n’est pas ce qui se passe quand vous rencontrez l’oeuvre, mais ce qui se passe après. Cela ouvre vos yeux, vous fait remarquer ce qu’il y a autour de vous. Quand vous serez sur votre trajet habituel, vous aurez peut-être moins d’oeillères. Peut-être que vous ne regardez pas le street art, que vous regardez n’importe quoi d’autre dans votre environnement immédiat, mais quoi qu’il en soit, les choses deviennent plus engagées”.

Michael De Feo Flower Guy pasted artwork Philadelphia - street art paris Philadelphia.

Michael De Feo Flower Guy mural painting street art - street art parisPeinture sur volet. 

Michael De Feo Flower Guy wheatpasted street art in New York - street art parisMichael De Feo, collage, New York.

Michael De Feo Flower Guy wheatpasted street art in New York - street art parisNew York. 

San Pedro, Belize - Michael De Feo Flower Guy - street art parisThe Flower Guy arrive à San Pedro, Belize.

Michael De Feo Flower Guy wheatpasted New York street art - street art parisCollage à San Francisco.

Children Museum of the Arts in New York City Michael De Feo Flower Guy - street art parisChildren Museum of the Arts à New York.

Michael De Feo Flower Guy street art in Buenos Aires - street art parisMichael De Feo collage, Buenos Aires. 

Michael De Feo Flower Guy pasted street art in New York - street art parisFleur collée juxtaposé à de vraies fleurs, New York.

Michael De Feo Flower Guy mural painting in Greenwich Connecticut - street art parisGraffiti, Greenwich, Connecticut.

Michael De Feo Flower Guy The London Police street art in Spring Street in New York City - street art paris 11 Spring Street in New York City.

Michael De Feo Flower Guy Saint Remy-de-Provence - street art parisSaint Remy-de-Provence. 

Michael De Feo Flower Guy New York - street art parisNew York.

Michael De Feo Flower Guy canals of Venice - street art parisMichael De Feo, canaux de Venise.

Michael De Feo Flower Guy - street art paris - Homage to Caillbotte’s rainy day in Paris is in Tarascon-de-ProvenceHomage au jour de pluie à Paris Caillbotte, Tarascon-de-Provence.

Michael De Feo Flower Guy - street art parisFleur peinte à la main.

Michael De Feo Flower Guy stickers - street art parisMichael De Feo tient un sticker de son iconique fleur. Photo par Joe Russo.

Michael De Feo Flower Guy wheatpasted street art in Turks and Caicos - street art parisUne fleur collée dans son habitat naturel, Turks and Caicos.

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Pour écouter l’interview de Michael De Feo par Underground Paris sur Radio Marais, c’est ici.

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Pour le site de MDF, c’est ici.

Pour l’Instagram de MDF, c’est ici.

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Paris street art “ambassador” Thom Thom exhibits at Galerie Mathgoth

Thom thom street art underground paris

French urban artist,  Thom Thom, has been taking Parisian billboards and transforming them into art since 2000. He is inspired by the French artist Jacque Villeglé, well known for his technique of décollage, the opposite of collage, whereby parts are ripped away from posters. Also by the Lettrists, an experimental movement established in Paris in the ’40’s,  and the Situationists,  a revolutionary group based on Marxist ideas.

Thom Thom, real name Thomas Schmitt, is a master of using a blade as his artistic tool. Geometrical forms are cut into posters,  layer by layer, creating a mosaic of old consumerist images. Precise forms appear as if Thom Thom could be able to imagine what was in the background, from which he teases out textures and colours to create harmony in each piece.

Thom thom street art underground paris

Thom thom street art underground paris Photo by Dorothée Smith

Thom thom street art underground paris

Thom thom street art underground paris

Thom thom street art underground paris

Last Saturday, Underground Paris joined Thom Thom at the vernissage of his second solo show, Archéologies, presented by the Mathgoth Gallery. His gallery works are created with the same hijacked ad posters used in his works displayed in the streets of Paris.

Archéologies presents a series of womens’ faces from fashion advertising posters, which he retrieved from billboards during last winter’s collection. As an ephemeral archaeology he carefully deconstructs these images and reveals a state of  “discovery” from the frivolous publicity, transforming it into an eternal art.

His canvasses provoke an interaction with the viewer, whom try to understand how many layers each poster is made of, and the provenance of those layers that are revealed, assisted usually by the title of the work, for example, a piece with punchy blue and yellow sections, Morgane IKEA.

Thom thom art market street art underground paris

Thom thom street art underground paris

Thom thom decollage underground paris

Thom thom decollage underground paris ‘Morgane IKEA’ by Thom Thom

Thom thom street art underground paris

In addition to his street art and indoors artistic practice, Thom Thom is deeply involved with the street art scene in Paris as a kind of “ambassador”. In 2002, he was one of the artists that organised the project Une Nuit, where more than 60 artists pasted up to 60 art-works on billboards hijacked over one night, which has been documented and published in a book. Une Nuit, was the forerunner project to the founding of the association Le M.U.R., which since 2007, ironically, has brought two urban artists per month to make performances on a billboard that used to be a space for advertisements. Thom Thom is the co-founder and secretary of the wall.

We asked Thom Thom a few questions, which reveal an artist with a strong personality, who is knowledgeable on intellectual artistic movements, with a pinch of a sarcastic irony.

What got you involved with the Paris street art scene? What brought you to make your first intervention in the streets?

Since I was ten I considered urban art as the natural field of expression. Even if I studied cinema and audiovisual art, I feel free to enter the urban scene, not only as a artistic scene (I started by scratching through fascist stickers)

Can you give any insight into how you developed your technique?

It happened by chance while cutting some cardboard next to a billboard. I discovered the potential of if after having theorised it in what I call échantillonnisme (sampling) which is a lot about visual sampling.

What is the political or social message in your artwork? Are you connected with the culture jamming?

The question is to be answered by the audience. I try not to make any additional absurd propaganda. But I would feel sorry for someone not capable to see the politics of my aesthetics. I read Naomi Klein’s book in English before it was translated in french and she dedicated it to my “art in action” when she came to Paris

Tell me something funny about you.

I am capable of computing up to 1023 on my fingers using a binary system I invented. It does not help my career as a womaniser.

Thom thom street art gallery underground paris

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Archéologies exhibition by Thom Thom

Galerie MathGoth

103, rue Saint-Maur – 75011 Paris

6 April to 18 avril 2013

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