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Interview avec Jerry Batista

Jerry Batista painting - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2102Jerry dessine à main levée un personnage sur le mur, avec un pallier divisant le mur en deux teintes pour son installation à la résidence ZAT.

Jerry Batista est originaire de Grajaú dans le quartier Zona Sul de Sao Paulo et codirige la galerie A7MA installée dans le quartier Vila Madalena, avec un groupe d’artistes et de sérigraphes qui ont évolué parallèlement à la scène graffiti-street art et musicale de Sao Paulo. Voici une interview de Jerry réalisée à Grajaú, accompagnée d’images d’une peinture murale qu’il a peint, ici, dans le quartier phare des fresques murales de Paris, le 13ème arrondissement, près de la station de métro Nationale, devant la première grande fresque de Shepard Fairey à Paris.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2446

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris
Jerry ajoute sa couche de base pour sa peinture murale dans le 13ème arrondissement de Paris.

interview Jerry Batista in Grajau, Sao Paulo, Brazil, street art graffiti by street art paris
Jerry Batista explique la scène artistique locale de Grajaú dans une interview avec Streetartparis.fr.

Je pense à … comment as-tu appris … comment vois-tu la différence entre l’époque où tu étais plus jeune et que tu peignais, et cette nouvelle génération, y-a-t-il un changement de thème ?

Comment vois-tu ce nouvel horizon qui émerge ?

Alors… la différence commence par le fait que nous avions, certes, des professeurs, mais ils n’étaient pas vraiment des professeurs de graffiti, ils n’étaient pas des professeurs de cet art urbain… mais nous avions de bons enseignants ; cette nouvelle génération a eu la chance d’avoir des enseignants, de parler un peu de ces expériences …

Ce que je vois de différent… Grajaú a lui-même toujours été connu comme un lieu de peinture figurative. Cette nouvelle génération fait encore de la peinture figurative, mais un peu plus abstraite, le langage n’est pas pour autant plus clair que dans mon temps. Il y a des choses plus subliminales, certains messages ne sont pas si clairs. Je pense que c’est bien ce qui est en train de se passer, car cela montre que si l’art est le fruit d’une période, cette nouvelle génération ne peindra pas les mêmes choses que j’ai peintes. Ils vont créer de nouvelles choses qui appartiennent à leur époque … Ils ont des mots qu’ils utilisent beaucoup…

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

L’utilisation des mots est-elle plus courante aujourd’hui ?

Ils utilisent plus les mots en effet … les mots singuliers ont toujours existé car ils expriment parfois certains moments ou choses ; la poésie frappe aujourd’hui parmi cette nouvelle génération de peintres, qui est aussi plus … plus vectorielle, quelque chose qui appartient au langage moderne, de l’internet. Je pense que c’est tout aussi bien.

Et (—) parfois ces mots chantent, parfois, ce sont des choses existentielles, ils font beaucoup ce genre de choses, parfois subliminales, un peu abstraites, et d’autres fois un peu plus … mais pas très évident mais plus avec quelques mots qui donnent une direction.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2447Installation de Jerry Batista pour la Résidence artistique ZAT à Sao Paul, organisée par Tinho alias Walter Nomura.

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

Jerry Batista painting - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris cpt Juliana Maria Cerquiaro
Détail d’une peinture à l’huile faite sur un tableau d’école brésilien d’origine pour l’installation ZAT de Jerry à São Paulo.

Jerry Batista oil painting sao paulo artist by street art parisPeinture à l’huile sur le plateau d’un casier d’écolier rouillé.

Des mots existentiels tels que ?

Ils ont plusieurs amis faisant des erreurs, perdant des gens, cela participe au changement, de sorte que ces éléments les affectent aussi, donc ils mettent ces choses essentielles, les choses de l’Internet. C’est ce qui est différent, ils représentent beaucoup de choses provenant d’Internet, mais aujourd’hui ils écrivent beaucoup de messages, ils utilisent beaucoup cette manière de communiquer, donc je pense que c’est important aussi.

Comment utilisent-ils Internet ?

Oh, ils utilisent leur Instagram, leur Facebook pour toucher le plus de monde possible, mais pas seulement les personnes de la communauté. Donc ils peignent ici et là mais ils sont également préoccupés par les habitants de la Zona Norte donc cela se répand davantage. Ils essayent aussi d’avoir, par ce biais, des contacts avec ces gens, donc c’est vraiment bien, Ils viennent ici et vont peindre également dans le centre, donc c’est assez saisissant.

Une chose que je vois et qui est frappante, est l’utilisation du latex, ils en utilisent beaucoup, puisqu’ils n’ont pas le choix, l’aérosol est cher et le latex un peu plus abordable, on peut remplir de grande surface avec, alors la plus part des gens à Grajau utilise toujours le latex avec l’aérosol ce qui est enfaite une vieille technique de l’école du graffiti, exactement pour cette raison, à cause de la nécessité. C’est assez frappant ici en ville.

Jerry Batista eduardo srur - street art graffiti sao paulo brazil by street art parisJerry Batista et ses amis, parmi lesquels l’artiste conceptuel brésilien, Eduoardo Srur.

Tu parlais de l’horizon, mais je n’en ai pas très bien saisi le concept…

Tu vois les gens, comment ils utilisent, comment ils utilisent l’information, ils doivent changer… ce qui est aujourd’hui plus large. Je pense que l’évolution des artistes est liée à cette ouverture, donc tu continues de collecter des choses et de les traiter.

Comment tu vois ces artistes, pas seulement de la nouvelle génération ; comment il tire profit de cet horizon plus étendu ?

J’aime beaucoup ce nouveau procéder, d’internet… Je pense que c’est un très bon moyen d’expression orale, les photos, aujourd’hui tu postes une photo et quelqu’un que tu ne connais pas en Angleterre la commente et te donne la possibilité d’échanger avec elle, parfois il ne parle pas la même langue mais la discussion est quand même possible, donc je pense que c’est vraiment bien comme ça, de voir des gens qui s’identifient eux mêmes, pas juste les brésiliens mais des gens de partout ; ce web, ces contacts que nous collectionnons sont vraiment importants pour le monde moderne, je pense, pour ne pas rester bloqué à un seul endroit.

Je pense que le risque aujourd’hui d’être un artiste et de mourir dans son quartier est très bas si tu utilises internet… tu vas avec ces gens qui vont aimer ce que tu aimes et qui vont vouloir te suivre, le processus de ton travail, c’est un peu ça.

Il parle de la possibilité de nos jours d’absorber cette information qui est produite (…) mais il va la réinterpréter ici, les techniques, les thématiques, comment tu vois ça ?

Comment tu ressens cette interprétation, de la réalité locale, comment tu vois les œuvres des autres artistes… Cela va et vient vers toi et tu continues ton travail, comment tu vois ça ?

Le problème des influences, du monde moderne, cela te fait aussi entrer en contact avec d’autre artistes, d’autres personnes.

Parmi notre école, nous avons toujours été préoccupé par ce fait de copier les autres, de les voir… dans une telle extension de la vieille école, qui est formé par Tinho, Jame, ces gens font face à des problèmes, tu sais, et puis les histoires arrivent, les gens critiques, alors ils se mettent à se concentrer pour trouver leur propre style.

Je pense que ces choses sont importantes mais il faut prendre en compte qu’être unique est le seul secret pour développer un bon art (…) Une fois, les gens ont demandé, une femme à demander à un photographe : “Oh, il y a tellement de photographes aujourd’hui…”, le type a commencé à prendre des photos, tout le monde lui disait de ne pas poursuivre car il y a déjà trop de monde faisant la même chose. “Qu’est-ce que tu penses de ça?” Le type lui répond “Si tu as une unique vision, si ton point de vue est spécial, tout le monde voudra le voir car les gens veulent voir l’individualité, ce que chacun a à offrir.” Alors les gens se sont sentis concernés, d’avoir quelque chose d’unique et de spécial à transmettre, mais c’est évident que les références et les influences ne peuvent être oubliées.

Mais oui, pour absorber ça et l’utiliser pratiquement comme un proverbe chinois, tu utilises une parole pour… pour utiliser une expérience de quelque choses d’autre, pour absorber ça et savoir comment l’utiliser, d’une manière différente, sans copier, pour avoir un impact, un contexte (…) c’est très important et je pense que ce phénomène arrive très fréquemment ici à Grajau, les gens arrivent à retranscrire cela très bien (…) quand un type chante une chanson, du rap, il y a toujours un contexte, une vision, ils veulent seulement transmettre un message de l’intérieur vers l’extérieur ou alors cela vient de l’extérieur vers l’intérieur, donc je pense que c’est ça, ils reçoivent quelque chose de l’extérieur et puis ils pensent “cool, j’aime bien ça, et maintenant regarde ce qu’on a à l’intérieur de nous pour toi”, donc c’est comme un échange.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2458

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Et à propos du contexte, exactement, penses-tu que c’est cela qui fait que quelque chose est unique ?

Je pense que c’est la cohabitation de tout le monde, ici la famille est quelque chose de vraiment très fort, tu sais, c’est précieux dans la vie de chacun, la nouvelle génération ne laisse pas ses parents comme ça, au contraire…

Bien que quelques-uns ne suivent pas ça, mais je pense que le contexte, ces difficultés ou ces joies que toutes les familles rencontrent, que chacun vit, c’est déjà transmettre quelque chose à l’autre, donc je pense que c’est très important, c’est presque comme la littérature du nord du Brésil, c’est un peu comme ça, tu sais, les gens agissent comme “regarde dans ma rue il y a ça”, les gens veulent montrer et dire “ma famille a ça et ça” ou “ma famille n’a pas ça et ça”. Donc cette présence est très importante, tu veux, tu transformes, les jeunes gens veulent montrer un bout de ces changements, de leur évolution, donc je pense que c’est très caractéristique de chaque artiste de ce quartier.

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

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Interview with Jerry Batista

Jerry Batista painting - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2102 Jerry freehands a character onto the wall, with beading dividing the wall into two tones, for his ZAT residency installation.

Jerry Batista comes from Grajaú in São Paulo’s Zona Sul district and co-runs the A7MA gallery in the city’s Vila Madalena neighbourhood with a group of artists and screen printers whom he has grown up alongside in the city’s graffiti-street art and music scenes. Here is an interview with Jerry made in Grajaú, accompanied by images of a mural he has painted here in Paris’ main mural district, the 13th arrondissement at Nationale Metro station, in front of the first ever mural in Paris made by Shepard Fairey.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2446

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris Jerry Batista adds the base layer for his mural in Paris’ 13th arrondissement.

interview Jerry Batista in Grajau, Sao Paulo, Brazil, street art graffiti by street art parisThe artist takes us on a tour and explains the local Grajaú street art scene.

I’m thinking about… how did you learn… how do you see the difference between you when you were younger and you painted, and this new generation, is there a change of theme? How do you see this horizon which rises?

So…what is a bit different, it starts with the fact that we had teachers, yes but they were not graffiti teachers really, they were not teachers of this urban art… but we had great teachers, this new generation had the chance to have teachers, to speak a little about the experiences…

What I see different… The Grajaú itself has always been known as a figurative painting place but this new generation, they are still doing figurative painting but a bit more abstract, the language is no more that clear as it was in my time, there are more subliminal things, some messages that are not that clear, I think it’s good this happening cause it shows that if art is the fruit of a period, this new generation can’t paint the same things that I have painted, they are going to paint new things which belong to their time… there are the words that they use a lot…

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

Is the use of words more common today?

They use more the words yes… singular words have always existed which express sometimes some moments, something, poetry is striking today among this new generation of painters, this thing also more… more vectorial, something which belongs to the modern language, of the internet. I think it’s good too.

And (—) sometimes it’s songs, sometimes it’s existential things, they do quite a lot these things sometimes subliminal, a bit abstract, and others times a bit more… but not that clear but more with some words that give a direction.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2447Installation by Jerry Batista for artistic residency ZAT in São Paulo organised by Tinho aka Walter Nomura.

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

Jerry Batista painting - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris cpt Juliana Maria CerquiaroDetail of an oil painting made onto an original Brazilian school desk for Jerry’s ZAT installation in São Paulo.

Jerry Batista oil painting sao paulo artist by street art paris Oil painting onto a rusted school locker panel.

Existential words such as?

They have several friends who do mistakes, losing people, this process of change, so these things affect them too, so they put these essential things, things from the internet. This is what is different, they represent a lot things from the internet but today they do quite a lot of messages, they use quite a lot this way of communication, so I think it’s important too.

How do they use internet?

They use their Instagram, Facebook to reach more people, not only people from the community. So they paint here but they are also preoccupied by the people from the Zona Norte, so it makes it spread more, they try also to have contacts with these people, through this way, so this is really good, they move from here too and go and paint in the centre of the city.

A thing I see which is striking is the latex thing, they use it quite a lot, because they have to, spray is very expensive and latex is a bit cheaper and you can fill big spaces, so most of the people in Grajaú always use latex with spray which is the old method of the graffiti school, exactly for this, because of a necessity, so it’s quite striking here in the city.

Jerry Batista eduardo srur - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris Jerry Batista, and friends, including Brazilian conceptual artist, Eduoardo Srur.

You spoke about horizon but I didn’t understand…

You see the people, how they use… how they use the information they have to transform in…what today is more large. I think the artist’s evolution is linked with this opening, so you keep collecting things and processing it.

How do you see these artists, not only from the new generation, how can they take advantage of this bigger horizon?

I really like this new process, of internet… I think it’s good too the way of oral communication, the pictures, today you post a photo and someone I don’t know in England comments it and give you the possibility to exchange with her, sometimes they don’t speak the same language but they are discussing, so I think it’s really cool like this, to see people who identify themselves, not only Brazilians but from all around the world and this web, these contacts that we are collecting I think it’s really important for the modern world, not to stay stocked in one place.

I think the risk today of being an artist and dying in his neighbourhood, if you use internet, it’s really low… you go with this people who are going to like what you like and who will want follow you, the process of your work, it’s a bit that.

He’s speaking about the possibility today of absorbing this information which is produced (–) but will be reinterpreted here, the techniques, themes, how do you see that?

How do you feel this interpretation, of the local reality, you see works of others artists and everything… it goes through you and you continue your work, how do you see that?

This thing of influences, of the modern world, it makes you also reach others artists and people…

Among our school here, we have always been worried about this fact of copying the others, of seeing… to such an extent that our old school, which is formed by Tinho [Walter Nomura], these people they faced this problem you know, and then stories happened, people were criticising, so people focused on finding their own style you know.

I think these things were important but understand that you’re unique is the secret to develop a good art you know. Once people asked, a woman asked a photographer, “Oh man there are so many photographers today…” the guy began to take photos, everybody was telling him to not continue cause there were so many people already doing it. “What do you think about that,” the guy said, if you have a unique vision, if your point of view is special, everybody will want to see it cause people want to see the individuality, what each person has to offer. So people were worried about this here, to have something special and unique to transmit, but it’s obvious that references, influences are not forgotten too.

But yes to absorb this and use it almost like in a Chinese proverb, you use a saying to… to use an experience for something else you know, so absorbing this and knowing how to use it, in a different way, not copying it, to have an influence, a context, this is very important and I think it happens a lot here in Grajaú, people succeed to translate it very well, when a guy does a song, a rap, there is always the context of a vision, they only want to transmit a message from inside to outside or it comes from outside to inside so I think this is it, they receive something from outside and then they think “cool I liked it and now look at what we have here inside for you to see,” so it’s like an exchange.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2458Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2448   Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2513 Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_3410

And about this context exactly, do you think this is what makes each one unique?

I think it’s the cohabitation of everyone, here the family is something very strong you know, it’s really important in everyone’s life, new generation don’t leave their parents like this, on the contrary.

Although, some don’t follow this you know, but I think this context, these difficulties, or this joy, which each family has, which each person has, it’s about transmitting something to the other, so I think this is very important, it’s almost like Brazilian Northeast literature, it’s a bit like this you know, people act like “Look in my street there is this, and this,” so people want to show “my family has this, and this” or “my family don’t have this, and this”. So this presence is very important, to want to transform, the young guy who wants to show a bit of his changes, his evolution, so I think it’s quite characteristic of each artist from this neighbourhood here.

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

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