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Interview avec Jerry Batista

Jerry Batista painting - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2102Jerry dessine à main levée un personnage sur le mur, avec un pallier divisant le mur en deux teintes pour son installation à la résidence ZAT.

Jerry Batista est originaire de Grajaú dans le quartier Zona Sul de Sao Paulo et codirige la galerie A7MA installée dans le quartier Vila Madalena, avec un groupe d’artistes et de sérigraphes qui ont évolué parallèlement à la scène graffiti-street art et musicale de Sao Paulo. Voici une interview de Jerry réalisée à Grajaú, accompagnée d’images d’une peinture murale qu’il a peint, ici, dans le quartier phare des fresques murales de Paris, le 13ème arrondissement, près de la station de métro Nationale, devant la première grande fresque de Shepard Fairey à Paris.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2446

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris
Jerry ajoute sa couche de base pour sa peinture murale dans le 13ème arrondissement de Paris.

interview Jerry Batista in Grajau, Sao Paulo, Brazil, street art graffiti by street art paris
Jerry Batista explique la scène artistique locale de Grajaú dans une interview avec Streetartparis.fr.

Je pense à … comment as-tu appris … comment vois-tu la différence entre l’époque où tu étais plus jeune et que tu peignais, et cette nouvelle génération, y-a-t-il un changement de thème ?

Comment vois-tu ce nouvel horizon qui émerge ?

Alors… la différence commence par le fait que nous avions, certes, des professeurs, mais ils n’étaient pas vraiment des professeurs de graffiti, ils n’étaient pas des professeurs de cet art urbain… mais nous avions de bons enseignants ; cette nouvelle génération a eu la chance d’avoir des enseignants, de parler un peu de ces expériences …

Ce que je vois de différent… Grajaú a lui-même toujours été connu comme un lieu de peinture figurative. Cette nouvelle génération fait encore de la peinture figurative, mais un peu plus abstraite, le langage n’est pas pour autant plus clair que dans mon temps. Il y a des choses plus subliminales, certains messages ne sont pas si clairs. Je pense que c’est bien ce qui est en train de se passer, car cela montre que si l’art est le fruit d’une période, cette nouvelle génération ne peindra pas les mêmes choses que j’ai peintes. Ils vont créer de nouvelles choses qui appartiennent à leur époque … Ils ont des mots qu’ils utilisent beaucoup…

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

L’utilisation des mots est-elle plus courante aujourd’hui ?

Ils utilisent plus les mots en effet … les mots singuliers ont toujours existé car ils expriment parfois certains moments ou choses ; la poésie frappe aujourd’hui parmi cette nouvelle génération de peintres, qui est aussi plus … plus vectorielle, quelque chose qui appartient au langage moderne, de l’internet. Je pense que c’est tout aussi bien.

Et (—) parfois ces mots chantent, parfois, ce sont des choses existentielles, ils font beaucoup ce genre de choses, parfois subliminales, un peu abstraites, et d’autres fois un peu plus … mais pas très évident mais plus avec quelques mots qui donnent une direction.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2447Installation de Jerry Batista pour la Résidence artistique ZAT à Sao Paul, organisée par Tinho alias Walter Nomura.

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

Jerry Batista painting - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris cpt Juliana Maria Cerquiaro
Détail d’une peinture à l’huile faite sur un tableau d’école brésilien d’origine pour l’installation ZAT de Jerry à São Paulo.

Jerry Batista oil painting sao paulo artist by street art parisPeinture à l’huile sur le plateau d’un casier d’écolier rouillé.

Des mots existentiels tels que ?

Ils ont plusieurs amis faisant des erreurs, perdant des gens, cela participe au changement, de sorte que ces éléments les affectent aussi, donc ils mettent ces choses essentielles, les choses de l’Internet. C’est ce qui est différent, ils représentent beaucoup de choses provenant d’Internet, mais aujourd’hui ils écrivent beaucoup de messages, ils utilisent beaucoup cette manière de communiquer, donc je pense que c’est important aussi.

Comment utilisent-ils Internet ?

Oh, ils utilisent leur Instagram, leur Facebook pour toucher le plus de monde possible, mais pas seulement les personnes de la communauté. Donc ils peignent ici et là mais ils sont également préoccupés par les habitants de la Zona Norte donc cela se répand davantage. Ils essayent aussi d’avoir, par ce biais, des contacts avec ces gens, donc c’est vraiment bien, Ils viennent ici et vont peindre également dans le centre, donc c’est assez saisissant.

Une chose que je vois et qui est frappante, est l’utilisation du latex, ils en utilisent beaucoup, puisqu’ils n’ont pas le choix, l’aérosol est cher et le latex un peu plus abordable, on peut remplir de grande surface avec, alors la plus part des gens à Grajau utilise toujours le latex avec l’aérosol ce qui est enfaite une vieille technique de l’école du graffiti, exactement pour cette raison, à cause de la nécessité. C’est assez frappant ici en ville.

Jerry Batista eduardo srur - street art graffiti sao paulo brazil by street art parisJerry Batista et ses amis, parmi lesquels l’artiste conceptuel brésilien, Eduoardo Srur.

Tu parlais de l’horizon, mais je n’en ai pas très bien saisi le concept…

Tu vois les gens, comment ils utilisent, comment ils utilisent l’information, ils doivent changer… ce qui est aujourd’hui plus large. Je pense que l’évolution des artistes est liée à cette ouverture, donc tu continues de collecter des choses et de les traiter.

Comment tu vois ces artistes, pas seulement de la nouvelle génération ; comment il tire profit de cet horizon plus étendu ?

J’aime beaucoup ce nouveau procéder, d’internet… Je pense que c’est un très bon moyen d’expression orale, les photos, aujourd’hui tu postes une photo et quelqu’un que tu ne connais pas en Angleterre la commente et te donne la possibilité d’échanger avec elle, parfois il ne parle pas la même langue mais la discussion est quand même possible, donc je pense que c’est vraiment bien comme ça, de voir des gens qui s’identifient eux mêmes, pas juste les brésiliens mais des gens de partout ; ce web, ces contacts que nous collectionnons sont vraiment importants pour le monde moderne, je pense, pour ne pas rester bloqué à un seul endroit.

Je pense que le risque aujourd’hui d’être un artiste et de mourir dans son quartier est très bas si tu utilises internet… tu vas avec ces gens qui vont aimer ce que tu aimes et qui vont vouloir te suivre, le processus de ton travail, c’est un peu ça.

Il parle de la possibilité de nos jours d’absorber cette information qui est produite (…) mais il va la réinterpréter ici, les techniques, les thématiques, comment tu vois ça ?

Comment tu ressens cette interprétation, de la réalité locale, comment tu vois les œuvres des autres artistes… Cela va et vient vers toi et tu continues ton travail, comment tu vois ça ?

Le problème des influences, du monde moderne, cela te fait aussi entrer en contact avec d’autre artistes, d’autres personnes.

Parmi notre école, nous avons toujours été préoccupé par ce fait de copier les autres, de les voir… dans une telle extension de la vieille école, qui est formé par Tinho, Jame, ces gens font face à des problèmes, tu sais, et puis les histoires arrivent, les gens critiques, alors ils se mettent à se concentrer pour trouver leur propre style.

Je pense que ces choses sont importantes mais il faut prendre en compte qu’être unique est le seul secret pour développer un bon art (…) Une fois, les gens ont demandé, une femme à demander à un photographe : “Oh, il y a tellement de photographes aujourd’hui…”, le type a commencé à prendre des photos, tout le monde lui disait de ne pas poursuivre car il y a déjà trop de monde faisant la même chose. “Qu’est-ce que tu penses de ça?” Le type lui répond “Si tu as une unique vision, si ton point de vue est spécial, tout le monde voudra le voir car les gens veulent voir l’individualité, ce que chacun a à offrir.” Alors les gens se sont sentis concernés, d’avoir quelque chose d’unique et de spécial à transmettre, mais c’est évident que les références et les influences ne peuvent être oubliées.

Mais oui, pour absorber ça et l’utiliser pratiquement comme un proverbe chinois, tu utilises une parole pour… pour utiliser une expérience de quelque choses d’autre, pour absorber ça et savoir comment l’utiliser, d’une manière différente, sans copier, pour avoir un impact, un contexte (…) c’est très important et je pense que ce phénomène arrive très fréquemment ici à Grajau, les gens arrivent à retranscrire cela très bien (…) quand un type chante une chanson, du rap, il y a toujours un contexte, une vision, ils veulent seulement transmettre un message de l’intérieur vers l’extérieur ou alors cela vient de l’extérieur vers l’intérieur, donc je pense que c’est ça, ils reçoivent quelque chose de l’extérieur et puis ils pensent “cool, j’aime bien ça, et maintenant regarde ce qu’on a à l’intérieur de nous pour toi”, donc c’est comme un échange.

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2458

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2448

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_2513

Jerry Batista classroom installation ZAT artist residency - street art graffiti sao paulo brazil by street art paris IMG_3410

Et à propos du contexte, exactement, penses-tu que c’est cela qui fait que quelque chose est unique ?

Je pense que c’est la cohabitation de tout le monde, ici la famille est quelque chose de vraiment très fort, tu sais, c’est précieux dans la vie de chacun, la nouvelle génération ne laisse pas ses parents comme ça, au contraire…

Bien que quelques-uns ne suivent pas ça, mais je pense que le contexte, ces difficultés ou ces joies que toutes les familles rencontrent, que chacun vit, c’est déjà transmettre quelque chose à l’autre, donc je pense que c’est très important, c’est presque comme la littérature du nord du Brésil, c’est un peu comme ça, tu sais, les gens agissent comme “regarde dans ma rue il y a ça”, les gens veulent montrer et dire “ma famille a ça et ça” ou “ma famille n’a pas ça et ça”. Donc cette présence est très importante, tu veux, tu transformes, les jeunes gens veulent montrer un bout de ces changements, de leur évolution, donc je pense que c’est très caractéristique de chaque artiste de ce quartier.

Jerry Batista mural fresque paris mairie 13th arrondissement by street art paris

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Interview avec Mathieu Tremblin

Mathieu Tremblin interview by street art paris dI4KLLTag Clouds “Rue Jules Ferry,” 2012, Arles

Originaire du Mans, Mathieu Tremblin travaille à Strasbourg sur des pièces parfois subtilement satiriques comme manifestement candides. Avec une approche de la ville liée aux textes libertaires des années 60, aux Visual Studies ou encore à la French Theory, Mathieu Tremblin développe avec humour et subtilité une pratique artistique de gestes, d’actions et d’interventions pour un public de passants observateurs. Street Art Paris le rencontre pour échanger sur les relations entre propriété publique, pouvoir de l’art et le contexte urbain.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2015_globalcolorlocalmarket_marseille_mathieutremblin_img_0571Global Color, Local Market, 2015, Marseille

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2010_OUVERT24H24_TOULOUSE_MATHIEUTREMBLIN_1007632 copyOuvert 24H/24 (OPEN 24 HOURS A DAY), 2010 Toulouse

Comment en es-tu venu à intervenir dans la ville ?

Quand je suis arrivé à Rennes pour étudier en 1998, j’ai rencontré un écrivain, Stéphane Bernard, qui est très vite devenu le grand frère que je n’avais jamais eu et nous avons beaucoup partagé à propos de la société dans laquelle nous vivions. Quand je l’ai rencontré, c’était quelqu’un de très sombre parce qu’il avait grandit dans une ville moyenne française dans les années 80, de celle où il n’y a rien à faire quand on est adolescent. Et je me retrouvais en lui, ayant moi-même vécu adolescent  dans une ville moyenne dans les années 90. Il m’a introduit à la Cold Wave, à la No Wave et à la musique industrielle, électronique et expérimentale avec des figures emblématiques comme Alan Vega ou Genesis P-Orridge. Il m’a fait connaître de nombreux auteurs américains comme Bret Easton Ellis, Don DeLillo ou Thomas Pynchon et quelques théoriciens qui ménageaient une critique radicale de la société de consommation et de communication comme, par exemple, Guy Debord et son ouvrage La Société du Spectacle.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2013_VANILLAURBANFURNITURE_DOCUMENTATION_TOULOUSE_MATHIEUTREMBLIN_IMG_6459 copyVanilla Urban Furniture, 2013, Toulouse

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2016_streetartevaluation_documentation_lisboa_mathieutremblin_img_20160514_115029 Street Art Evaluation, “What is commissioned Street Art the name of?”, 2016, Lisbon

L’approche de Debord est singulière en ceci qu’il ne résume pas sa critique à un rapport de classes, comme d’autres philosophes politiques ont pu le faire avant lui, mais il s’attaque à l’économie des relations au monde elle-même qu’il désigne comme le Spectacle. Un filtre – la représentation – qui nous maintient à distance de nous même et des autres, qui nous éloigne de nos expériences et de nos désirs réels et y substitue ceux créés de toutes pièces par la société de consommation auxquels nous ne pouvons avoir accès que par procuration. À partir de cette analyse, il a tenté avec ses comparses des Lettristes puis des Situationnistes dans les années 60 de mettre en œuvre des méthodes qui aillent au-delà de l’art, vers des pratiques comme la dérive ou le détournement qui permettent de vivre intensément, de dépasser le rapport spectaculaire au monde que la société construit. Ces théories et ces concepts opérationnels ont beaucoup influencé mon regard et ma pratique dans la ville, par exemple à travers cette volonté que je partage avec d’autres artistes de produire des formes déjà-là, qui ne sont pas reconnaissables comme de l’art. C’est une manière d’intensifier la vie et de transformer  notre vision du monde, en contribuant à un imaginaire urbain qui dépasse les apparences que produit la société de consommation.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 0-zpesHypertag “Cli,” 2012, Arles

Lorsque j’étais adolescent, je refusais d’adhérer à l’idéal promu par les médias de masse et la société de consommation. Je me sentais agressé et oppressé par le système et j’étais en recherche d’autres grilles de lecture. L’option art que j’avais suivi au lycée m’a apporté des embryons de réponse avec une introduction aux avant-gardes artistiques du vingtième siècle comme Dada ou Fluxus pour qui il s’agissait que l’art rende la vie plus intéressante que l’art même. En 1996, j’ai arrêté de regarder la télé avec la découverte d’Internet. Mon père avait installé un modem à la maison en utilisant la connexion de l’université où il travaillait. J’ai découvert un réseau horizontal, avec des sites Internet HTML fait maison et des discussions avec des inconnus vivant en Europe sur IRC ; j’ai eu accès à une connaissance du monde sans le filtre des médias de masse et cela a transformé définitivement mon regard sur les rapports entre l’art, la culture et la société par la même occasion.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2013_DROITDEGLANAGE_DOCUMENTATION_ARLES_MATHIEUTREMBLIN_IMG_7719 copyMathieu Tremblin interview by street art paris 2013_DROITDEGLANAGE_DOCUMENTATION_ARLES_MATHIEUTREMBLIN_IMG_7728 copyDroit de Glanage, 2013, Arles

Puis j’ai rencontré TETAR, JIEM et  MOOTON, qui faisaient du graffiti ensemble et qui étaient dans ma promotion. J’ai fait de l’exploration urbaine avec eux – le patrimoine industriel en ruine me fascinait – et à un moment j’ai vu le plaisir qu’ils éprouvaient en faisant du graffiti et je m’y suis mis. Cela correspondait à un cheminement parallèle avec mes lectures et notamment La Théorie de la Dérive des Situationnistes. Le livre discute l’idée de ne pas sortir de sa routine quotidienne et de trouver un moyen de rendre votre vie plus aventureuse en travaillant. Le graffiti et en particulier le tag m’a semblé un moyen de vivre une expérience aventureuse dans la ville ; faire du graffiti conduit à rechercher des espaces à peindre, donc à découvrir de nouveaux endroits et envisager l’environnement urbain de manière ludique en ce qui concerne l’architecture. En changeant d’échelle de pratique, en appréhendant les matériaux à fleur de surface avec vos outils, vous acquérez de manière manière pragmatique et expérimentale une perception inouïe de comment fonctionne la ville.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2011_FRUITSSKEWER_DOCUMENTATION_NIJMEGEN_MATHIEUTREMBLIN_DSC_3049 copy

Fruits Skewer, 2011, Nijmegen

Quand JIEM est rentré de Berlin en 2003, les graffitis qu’il y avait vu et photographié avaient modifié complètement sa lecture du paysage urbain ; désormais, il fallait peindre à l’échelle des façades que les writers berlinois investissaient avec des pots d’acrylique, rouleaux et perches télescopiques. Nous avons investis les murs géants des friches et terrains vagues rennais avec des rouleaux et avons commencé à changer de blazes tout le temps, jusqu’à ne plus faire de name writing du tout et écrire juste des mots, des slogans. Nous étions en contact avec toutes les industries d’usines underground, terrains vagues dans la ville. En 2006, pendant quelques mois nous avons agi sous le pseudonyme des Poetic Roller et nous avons peints une poignée de phrases poétiques la nuit en dialogue avec l’atmosphère qui habitait les lieux. Puis avec David Renault, nous avons fondé le duo Les Frères Ripoulain et pendant deux ans nous avons peints des slogans dans la même lignée, à échelle du corps et de jour au culot, habillés en peintre en bâtiment – sans demander d’autorisation. Nous avons constaté qu’il était plus facile d’intervenir sans autorisation tout en légitimant notre démarche dans le dialogue avec les passants que de le faire de nuit où en définitive, suspects par défaut, les seuls échanges que nous pouvions avoir étaient ceux avec la police ou les services de sécurité privés qui étaient justement engagés pour faire en sorte que rien ne se passe dans les lieux qu’ils surveillaient. Puis quand nous avons eu fait le tour des lieux à propos desquels nous voulions révéler par l’apposition de ces fresques typographiques une histoire souterraine, nous avons encore une fois changé de medium et de méthode choisissant d’adopter à partir de là des formes existantes en fonction de la situation urbaine avec laquelle nous voulions interagir, de l’influence que nous voulions produire sur l’imaginaire urbain.

Comment se développent tes interventions ?

Je fais en sorte que ma pratique soit prétexte à vivre une expérience inédite et inversement que chaque expérience vécue ou observée dans la ville puisse donner lieu à un geste.  J’observe le rythme de la ville, la façon dont les individus et les signes interagissent et produisent en creux des formes dans un jeu d’apparition et de disparition. Ces formes sont en rapport à ce qui est présent ou ce qui se passe dans la rue. Parfois, elles font aussi référence à l’histoire de l’art. Lorsque je travaille de manière indépendante, ce geste se résume à un exercice de liberté, un signe qui trouve une existence par et pour lui-même ; lorsque je suis commissionné, je veille à ce que mon intervention soit à même d’attirer l’attention des passants auxquels elle s’adresse. Je travaille néanmoins la plupart du temps sans autorisation mais je ne cherche pas pour autant la défiance… ou la légalité. J’essaie d’agir avec le maximum d’horizontalité et de transparence afin de dissoudre le pouvoir y compris celui de l’auteur sur le devenir de son propre geste. En effet, si je m’inspire, par exemple, des graffitis anonymes présents dans la ville et que je les considère ainsi comme des formes dignes d’intérêt, qui serais-je pour prétendre que mon geste pictural sur un mur sera plus important ou plus pertinent que celui d’un citoyen qui l’aurait fait sans perspective artistique ? Il s’agit de ménager un équilibre entre tes désirs personnels, l’expression de tes concitoyens en regard de la gouvernance publique/privée de la ville.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2016_liberteegalitesoldes_documentation_strasbourg_mathieutremblin_img_1832 Liberté Égalité Soldes, 2016, Strasbourg

Peux-tu nous parler de ton rapport à la propriété publique/privée en regard de l’art dans la ville ?

Depuis deux décennies, les gouvernements français successifs sabordent les services publics et peu à peu les municipalités laissent à des sociétés privées la gestion opérationnelle de la ville. La conséquence logique de cet état de fait est que la gouvernance de la ville a mutée d’un horizon qui était l’intérêt commun et collectif vers celui de la rentabilité. Et malheureusement, on ne peut pas reprocher à des sociétés privées de se comporter de manière propriétaire. Les transports en commun deviennent hors de prix, des portions de rues entières sont gérées comme des galeries marchandes à ciel ouvert, des services de sécurité privés se voient octroyer un pouvoir que seule la police détenait auparavant… Le citoyen est de plus en plus considéré et réduit à un consommateur au sens où il devient difficile de pratiquer la ville de manière financièrement désintéressée. Les places publiques – réminiscences supposées de la figure de l’agora en démocratie – sont minéralisées et les rares mobiliers urbains sont implantés de telle sorte qu’il soit sinon inconfortable, impossible d’occuper la place publique. Cela créé des situations paradoxales comme, par exemple, la SNCF qui ouvre des espaces en riche dont elle est propriétaire et fais un appel d’offre sans budget pour que les artistes s’en emparent, alors que cette société veille à ce que ceux qui le font déjà sans permission et à leur frais depuis des années (organisateurs de free parties et graffeurs entre autres) ne puissent plus les pratiquer.  Alors qu’Internet a permis l’émergence pour les citoyens de formidables initiatives collaboratives, horizontales, ouverts au partage libre en ligne, les technocrates au pouvoir, vassaux de lobbies propriétaires, s’échinent à ce que le terrain commun in vivo, la ville, devienne un espace de contrôle et de coercition.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2011_ATRAPFORKINGS_ARLES_MATHIEUTREMBLIN_1101203 copyA Trap for Kings, 2011, Arles

La propriété privée est devenue la pierre angulaire de notre société et elle aliène les désirs et les rapports humains. La relation de partage qui me semble aujourd’hui se rapprocher le plus d’une alternative est celle de la relation à une œuvre d’art. Son propre est que l’œuvre ne s’épuise pas après avoir été consommée culturellement. Ce qui d’une manière la fait échapper à l’obsolescence programmée, condition essentielle de l’économie capitaliste. Je ne parle pas de l’œuvre d’art en tant qu’objet mais en tant qu’œuvre d’esprit : au contraire, les œuvres d’art recèlent en elles-même des sensations et des idées – qui appartiennent à tout le monde – et un pouvoir de transformation de l’imaginaire – dont tout un chacun peut faire l’expérience – et qui ne peuvent pas être réduits ou asservis par la propriété individuelle. L’intérêt que revêt de mon point de vue l’intervention urbaine tient à ce caractère sinon d’immatérialité, de temporalité. La destruction prévisible à un horizon proche – puisque dépendant des aléas, de la bien/malveillance des passants, de la rigueur des services de la voirie ou encore des plans de renouvellement urbain – lui confère une forme d’intensité. Ce qui devient rare, ce n’est plus un artefact comme c’était le cas avec les œuvres d’art à la période moderne mais l’expérience d’une situation.

Mathieu Tremblin interview by street art paris 2012_TRACTS_PARIS_MATHIEUTREMBLIN_IMG_8137 copyTracts, 2012, Paris

Quel est le pouvoir de l’art selon toi ?

Un des principes émancipatoires de l’art pourrait être décrit comme un cheminement initiatique qui tend toujours à mettre en crise nos zones de confort. Enfant, j’étais intéressé par Picasso pour son rapport de déconstruction des règles de la représentation, de la perspective ou de l’anatomie. Adolescent, j’ai délaissé Picasso pour les univers hallucinatoires de Dali inspiré par les rêves et portés par la pensée surréaliste. Puis adulte, je me suis détaché de la peinture moderne pour aller vers des démarches plus conceptuelles et expérimentales ; je n’ai conservé que Magritte dont les compositions graphique en collage de temporalité ou de point de vue sont plus proche d’une poétique quotidienne et m’inspirent encore. Une découverte amène un geste, qui amène une remise en cause des certitudes qui ont motivées ce geste. De l’art, c’est le pouvoir de transformation qui importe. Découvrir une œuvre, c’est ployer son esprit et se projeter dans la perception d’un autre, afin d’expérimenter une sensibilité nouvelle – en ceci qu’elle est altérité – avec un horizon à atteindre : aller au-delà de la définition de l’art pour retourner à la vie, pour être intensément présent au monde.

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Mathieu Tremblin interview by street art paris 2014_PARKINGTICKETBOUQUET_MONTPELLIER_MATHIEUTREMBLIN_IMG_7858 copyParking Tickets Bouquet, 2014, Montpellier

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Tous les images par Mathieu Tremblin

Pour plus d’information sur Mathieu Tremblin: Facebook  et site.

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Interview: May 2015.

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Interview avec Dede et Nitzan Mintz

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2830

Ce poème est la traduction française du travail de Nitzan Mintz dont voici la version originale en hébreux, et la version anglaise.

Hébreu (original) :

יום הולדת לפצע

נעשה לו מסיבה

בלונים נקשור לפצע

נאחל לו שיגדל

קרבנות נקריב לפצע

יתגדל ויתקדש.

Anglais :

A birthday for the wound

We will hold a celebration

Tie balloons for the wound

Wish for him to grow

Sacrifices will be brought forth

May he rise and become holy

Dede and Nitzin Mintz Hopital Saint Louis IMG_2853Dede et Nitzan Mintz ont peint les murs de l’hôpital Saint-Louis faisant face au Petit Cambodge et au Carillon, cibles des terribles attaques terroristes ayant eu lieu le 13 novembre dernier

Le street artiste Dede et la street poète Nitzan Mintz, tous deux originaires de Tel-Aviv, ont réalisé une œuvre en face du Petit Cambodge et du Carillon, deux sites emblématiques des attaques terroristes survenues le 13 novembre dernier. Ils décrivent et expliquent ici le déroulé de leur intervention en faisant preuve d’un humour frais au début de cette interview, et adoptant un ton plus solennel au fur et à mesure de celle-ci.

Qu’est-ce qui vous a amené à Paris ?

L’un de nos objectifs était de nous renseigner sur la ville de Paris et de trouver une résidence artistique ici. Nous aimerions trouver un programme qui nous permettrait de créer et qui nous donnerait envie de créer, comme un workshop ou une résidence. On est à la recherche de nouveaux endroits et nous avions la sensation de ne pas assez être allé à Paris, voire de ne pas y être allé du tout.

Qu’est ce que vous avez entendu à propos de Paris ? 

On a entendu beaucoup de jolies choses, les gens aiment Paris, ils adorent Paris.

Et donc, qu’est ce que vous avez entendu à propos de Paris ?

Et bien… Que c’est l’une des capitales artistiques et que c’est un lieu très culturel…

Allez !

Quoi ? Qu’est-ce que je suis censée répondre ?

Au delà des mots, qu’est-ce que vous avez entendu ? 

Ok, donc à propos de la nourriture…

« On nous a dit que c’était très romantique ! »

Non ! Non, non, non, non, non.

Ok, alors parlons de la nourriture !

La nourriture est…

On vous a dit qu’il y avait de l’argent à se faire à Paris ?

Non, non… Ça c’est à New-york ! Quand je pense à Paris, je ne pense pas à l’argent. Paris c’est… Je ne sais pas, c’est une ville magnifique ! C’est comme si, dès que vous marchiez dans les rues de Paris vous étiez inspiré, rien qu’en regardant les bâtiments.

Paris est magnifique comme une jeune femme blonde ?

Non, non, non, non, non, pas comme une jeune femme blonde. Magnifique comme une vieille femme. Une vieille femme un peu hipster tu sais, comme les vieilles qui sont riches, celles qui portent des tenues haute couture hyper chics, vraiment sauvages, qui portent des chaussures à plateformes très hautes et des tonnes de maquillage, vers les 80 ans avec des énormes lunettes de soleil, mais anciennes. Une vieille femme super chic qui marche fièrement dans la rue avec son caniche.

Et vous êtes venus pour ça ?

Oui bien sur !

Dede : Tu sais, on n’est pas venus tant de fois à Paris donc oui, pour la première fois, pour la seconde… On est venus pour ça !

Nitzan : Et maintenant qu’on est là, on a envie de revenir pour suivre un programme artistique ou quelque chose comme ça qui nous permettrait de rester un mois ou deux ici.

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2738Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2792 copy

Qu’est-ce qui vous a amené à peindre ce mur ?

Nitzan : On s’est rendu au bureau de Streetartparis.fr parce qu’on avait besoin d’aide parce qu’on n’était pas au courant des règles. On ne savait pas comment créer ici, ni où, alors ces personnes nous ont emmenés faire une visite…

Dede : Enfin d’abord ils nous ont aidés à faire des recherches sur ordinateur…

Nitzan : Oui, avec Google Street View. Et on a fini par trouver un mur qui nous semblait pas mal, un mur qui pourrait être…

Dede : Il était beige.

Nitzan : Oui il était beige. C’était un mur beige.

Oui, il y a beaucoup de murs beiges…

Nitzan : Et ce n’était pas ce qu’on voulait, mais c’était ce qu’on avait, alors on s’est dit « Ok allons-y ! » et j’étais un peu déprimée parce que je me suis dis merde, c’est pas mon truc le beige et j’aime faire des choses sur des lieux plus symboliques.

Dede :« Cet endroit n’était pas assez spécial… »

Nitzan : Et je ne connaissais rien à propos de ce mur.

Dede :« Il ne tombe pas en ruine, ça ne va pas fonctionner… »

Nitzan, Oui exactement, ça ne va pas fonctionner. Mais on a dit ok histoire d’avoir quelque chose dans Paris, quelque chose dont on pourrait être fiers à notre retour chez nous, à Tel-Aviv.

Dede : Comme ça les gens nous croiraient.

Nitsan : Oui ils nous croiraient et nous adoreraient pour avoir fait quelque chose là-bas. Et donc on est partis, on était en train de marcher quand tout à coup, Demian s’est arrêté, je ne sais pas pourquoi, et il a dit : « c’est le café qui a été attaqué durant les attaques terroristes il y a six mois. » Et là je ne sais pas, on a regardé le mur et je me suis dit que le mur était très très laid, parce que ce n’était vraiment pas mon genre de mur. J’aime les vieux murs qui tombent en ruine, ou ceux avec un décor naturel fourni par la rue ou le quartier, et j’aime connaître son histoire. Et là Demian nous a donné les détails à propos de l’hôpital et de l’attaque terroriste qui avait eu lieu ici et waouh… C’était comme… Waouh, ok, ce mur n’est pas vraiment mon genre, ni celui de Dede, mais il a une histoire incroyable. Ce mur avait été témoin de tout le truc, ça le rendait vraiment important pour tous. Alors je me suis dit ok, mon travail ne rendra peut-être pas super bien sur ce mur, parce que ce n’est pas mon style habituel, mais waouh, on a quelque chose à raconter, du coup j’ai sorti tous mes poèmes de mon sac et j’ai commencé à chercher, sans vraiment regarder, je l’ai juste tiré de mon sac et j’ai dit : « Celui-la, ce poème appartient à ce mur. ». J’ai demandé l’avis des personnes qui étaient là et Demian m’a dit : « Mais tu comptes l’écrire en anglais ? » et j’ai répondu : « Qu’est ce que je peux y faire ? Je n’ai pas de traduction ». Et là, deux filles qui étaient avec nous – elles s’appellent Cécile et Léa, les formidables Léa et Cécile. – elles l’ont traduit. On est allés prendre un café, on était assis et c’était juste en train de se produire. C’était comme si trois anges étaient venus à moi. C’était un miracle pour moi, je regardais la scène de l’extérieur et je me disais waouh… Je n’ai absolument rien fait pour ça. Tout était comme connecté, boum, boum, c’était tellement soudain et ça s’est passé tellement vite, j’avais une traduction française de mon poème et je pouvais communiquer avec les gens qui vivent ici, dans le quartier, et c’était incroyable parce que je n’avais rien préparé, c’était comme un miracle. Et tout était vraiment super, comme dans un miracle, comme si c’était supposé arriver. C’est comme ça que je l’ai vécu.

Dieu est descendu du ciel ?

Oui, quelque chose comme ça. Comme des anges.

Est-ce que c’est ça le pouvoir du street art ?

Nitzan : Non, ce sont les anges des lieux chargés d’histoire qui sont venus et qui m’ont sauvée. Ces anges sont descendus parce qu’ils savent ! Ils savent que c’est important pour moi de créer des lieux chargés d’histoire grâce à ma poésie. Ils le savent, et au lieu de rendre ça totalement ennuyeux comme un mur avec du texte, sans aucune connexion, ils m’ont apporté ça, boum. Je pense que c’était le lieu le plus intéressant que je n’ai jamais rencontré et comme par hasard, j’avais ce poème qui fonctionnait parfaitement avec l’histoire de ce lieu, vraiment parfaitement comme si je l’avais écrit pour ce lieu – en fait je l’ai écrit à propos d’Israël – mais tout est arrivé comme ça, ce qui est a la fois vraiment effrayant mais aussi très beau.Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2820

Dede, pourquoi un pansement?

J’ai peint un pansement pour guérir, c’est comme une marque de fabrique pour moi. Je peins des pansements depuis presque dix ans maintenant. Ils se sont développés à partir de différents endroits et ont de nombreuses significations Les gens peuvent s’y retrouver de plusieurs manières, et pour moi, mon travail continue de changer et d’évoluer à mesure que j’explore les différentes significations et les compositions possibles.

En fait je voulais peindre un pansement parce que je sais que je peux le faire rapidement et que ce jour là on n’avait pas beaucoup de temps, mais en se retrouvant à cet endroit précis, ça a pris tout son sens, ça correspondait au lieu et au quartier et tout à coup, ça semblait vraiment juste de peindre ce genre de pièce ici. Dans d’autres endroits, ça pourrait juste être un tag mais ici ça signifie davantage pour moi. Quelque chose auquel je peux me relier, quelque chose auquel les gens du quartier peuvent se rattacher de différentes manières. Et puis je pense que ça fonctionne avec le texte. On n’avait jamais fait ça de cette manière avant, on n’avait jamais assemblé un texte avec ça, avec une image. Je pense que ça fonctionne bien.

Nitzan : Oui, vraiment bien.

Dede : J’espère que les gens vont apprécier

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2808Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2841

Quelles connexions faîtes-vous entre ce qu’il s’est passé ici, dans ce quartier et ce qui arrive de très nombreuses fois en Israël ? Ce n’est pas exactement la même chose mais… Il y a beaucoup d’actes de terrorisme qui touchent des civils. Comment rattachez-vous cet événement à vos expériences personnelles ?

Il y a un lien. J’ai l’impression qu’à Paris c’est une toute nouvelle situation. Ça se ressent dans l’air, dans le climat qui règne à Paris, sur les gens… Comme cette femme qui est venue me voir pendant que je peignais et qui a lu le poème. La manière dont elle a réagit, elle pleurait presque. A Tel-Aviv, je ne pense pas que ça arriverait parce que si j’écrivais le même poème à Tel-Aviv, personne n’aurait jamais relié ça au terrorisme. Ou peut-être que si, les politiques l’auraient fait, mais pas à des cas particuliers parce que ces attaques terroristes arrivent tout le temps. On est dedans, c’est courant.

Dede : Oui, les gens grandissent dans ces conditions. Ça nous suit en permanence. Ici, quand tu places ça dans un tel quartier…

Nitzan : Tu sais que c’est unique. Parce que ce quartier est unique. C’est comme si tu étais né avec des migraines, tu ferais avec toute ta vie, mais pour quelqu’un qui fait face à sa première migraine, il peut presque en vomir, il n’ira pas travailler, il ne pourra rien faire du tout, il sera paralysé. Pour nous c’est comme grandir avec des migraines et en avoir toute notre vie. Alors oui c’est très douloureux, mais on sait comment aller travailler avec, comment aller manger avec, aller voir des amis avec… Jusqu’à ce que ça t’arrive vraiment à toi, à un de tes proches, un membre de ta famille ou un de tes amis, et là c’est comme une nouvelle migraine. Parce que quand ça arrive à quelqu’un en Israël, tu es vraiment triste et choqué mais si ça t’arrive à toi c’est une autre histoire. Heureusement et par chance je n’ai pas eu ce genre d’expérience, ni dans ma famille ni parmi mes amis.

Dede : Il y a eu aussi une attaque dans un bar à Tel-Aviv dans la rue Dizengoff, c’est la dernière attaque, qui a eu lieu, le terroriste est arrivé et a tiré sur tout le monde à cette intersection.

C’était un Palestinien ?

Dede : Oui

Nitsan : Un Palestinien avec un pistolet…

Dede : Il n’était pas relié à l’EI, ça n’avait aucun lien, mais il était clairement influencé par des films et des vidéos. Il a commencé à tirer au beau milieu de la rue, c’était une rue très peuplée et dans ce pub, au beau milieu de cette rue, il a tiré et il a tué un des propriétaires du pub. Le pub a fermé durant une semaine. Après ça ils ont commencé à le réparer et à essayer d’aller de l’avant. Il y a peu de temps ils m’ont demandé de venir et de peindre à l’intérieur et quand je suis arrivé et que j’ai discuté avec les propriétaires et les gens qui étaient présents dans le pub, on a pris la décision de peindre un pansement. En fait on l’a peint il y a deux semaines. Deux pansements sur chaque mur, en mémoire de l’événement mais aussi du propriétaire mort lors de cette attaque.

Nitzan : Il y a définitivement un lien entre ces deux endroits.

Dede and Nitzin Mintz Le Carillon Petit Cambodge Rue Alibert Rue Bichat IMG_2822

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Nitzan Mintz est en ligne, ici et ici.

Dede est en ligne, ici et ici.

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Des graffitis sur la Place de la République

Graffiti Place de la République Cafe de Monde et Média La place de la République est un lieu de vie important pour la communauté parisienne ainsi que pour les touristes qui visitent la capitale; c’est aussi une place populaire pour les skateboardeurs, les musiciens et les sans abris.

Sur la place de la République, après qu’un incendie accidentel se soit déclaré au Café Monde et Média, un panneau d’affichage de trois mètre de haut a été érigé le temps des réparations. Pour le décorer, les services de la mairie de Paris ont fait appel à un galeriste qui a contacté un groupe d’artistes.

Cette oeuvre ne devait pas inclure de messages politiques ou religieux. C’est pourquoi nous avons juxtaposé les messages hautement politiques ornant la statue de la République, avec les photos du mur. Voici une interview sur le nouveau projet de graffiti avec l’un des artistes et un journaliste vétéran du graffiti, Nicolas Gzeley de  Spraymium Magazine.

graffiti Place de la République Alëxone, Hobz, Sowat, Nebay Le travail d’Alëxone, Hobz, Sowat, Nebay sur le panneau d’affichage autour du Café Monde et Média, Place de la République.

Quelle est la différence entre le graffiti et le street art ?

Le graffiti et le street art sont deux mondes différents mais qui partagent une forte connexion. Beaucoup d’artistes graffiti de ma génération, y compris moi-même, sentent qu’ils sont à la frontière entre ces deux mondes. Pour moi, la différence majeure est que le graffiti s’impose de lui-même, peu importe comment  : il parle de la liberté, de la peinture ou de l’écriture, et le « ce que tu penses m’est égal, tu n’es pas un artiste graffiti, tu peux aimer ou pas ». Le street art se focalise davantage sur des propositions, des questionnements ou la séduction du public. Les artistes graffiti peignent pour leurs pairs avec un esprit de compétition. Les street artistes peignent pour les gens, la seule compétition pour les street artistes est combien de likes ils ont sur Facebook ou Instagram, bien que cela doit certainement être vrai aussi pour les artistes graffiti. Je n’essaie pas d’opposer le graffiti au street art, j’aime les deux, et je déteste les deux. Les artistes qui ont peint ces murs viennent tous de la culture graffiti.

Pourquoi les artistes graffiti ressentent souvent le besoin de peindre dans des lieux publics et privés illégalement ?

Beaucoup d’artistes sur ce mur de République continuent de peindre illégalement, certain continuent dans le style hardcore [street bombing] d’autres continuent illégalement mais comme il faut. Peindre illégalement est une garantie de liberté dans la création, contrairement aux murs commissionnés où l’on est obligé de peindre d’après une demande spécifique. Pour beaucoup d’entre nous qui peignons depuis 20 ans, c’est une passion, donc on ne veut pas que quelqu’un nous dise ce qu’il faut peindre. Dans ce cas, peindre illégalement reste la meilleure solution, jusqu’à ce que quelqu’un te demande de peindre un mur légalement et te garantit une liberté totale, mais ceci arrive rarement. Habituellement, quand quelqu’un te demande de peindre un mur, il a des indication à donner sur la pièce que tu dois peindre.

graffiti Place de la République Je suis charlie Charlie HebdoPoster en soutien à Charlie Hebdo, et les dessinateurs qui ont été tués dans l’attaque, collé sur la statue de la République.

graffiti Place de la République Katre, Lek, Nebay, Swiz, Sowat, AstroŒuvre de Katre, Lek, Nebay, Swiz, Sowat, Astro.

Les graffitis à Paris sont traditionnellement peints dans les tunnels du métro et dans les terrains vagues, particulièrement à Stalingrad (pas loin de République), mais maintenant on en trouve aussi dans les institutions et les galeries d’art. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette évolution ?

Quelques expositions de graffiti ont été soutenues par des institutions ou des galeries d’art dès le début mais depuis 10 ans, cette relation a gagné en force. Pour la majeure partie des artistes graffiti, cependant, ça n’a rien changé. Il y a beaucoup d’artistes que ça n’intéresse pas. Ceux qui essaient d’en faire une carrière ont eu à s’adapter à un nouveau monde, avec ses propres lois. Exposer des graffitis dans une galerie doit être fait de manière intelligente, pas comme quelque chose de spectaculaire, ou comme un produit. Les artistes qui veulent prendre part à ce jeu doivent penser davantage à ce qu’ils font, à propos du fait de peindre dans la ville, et trouver une nouvelle manière d’exposer et de l’expliquer. Si tu es focalisé sur ton style, tu n’es pas dans l’art : tu es bon pour trouver une petite galerie qui essaie uniquement de vendre des toiles colorées à des gens stupides sans culture du graffiti ni de l’art.

graffiti Place de la RépubliqueGraffiti sur la statue de la Rébublique.graffiti Place de la République Seth, Nebay, Kanos, Astro Œuvre de Steh, Nebay, Kanos, Astro.

Peux-tu expliquer le lien entre les artistes qui ont été invités à travailler sur ce projet et le système utilisé pour l’entrelacement de tous ces travaux disparates ?

Katre et la galerie Wallworks sont à la base de ce projet. Ils ont demandé à la team FrenchKiss (composée de Lek, Hobz, Liard, Swiz, Alëxone, Sowat et moi-même) de peindre le mur, en rassemblant plusieurs artistes de générations différentes. J’ai l’habitude de peindre dans la rue illégalement avec le collectif FrenchKiss, le plus souvent dans le style abstrait, freestyle et dans l’improvisation, où tout le monde mélange son travail avec celui des autres. Pour ce mur, nous avons dessiné quelque croquis pour donner à chacun son propre espace de travail. Chacun fait son propre truc et ensuite nous essayons de mélanger nos styles en entrelaçant nos travaux. Finalement le résultat n’est pas très « FrenchKiss »,  mais plutôt un mélange entre différents styles et le graffiti classique.

graffiti Place de la République liberte expression Depuis l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier, la statue a été utilisée pour afficher un éventail du graffiti, évoquant principalement la liberté d’expression.graffiti Place de la République Legz, Sowat, Swiz, Lek Œuvre de Legz The Spaghettist, Sowat, Swiz, Lek.

Pourquoi es-tu connu comme Legz The Spaghettis et peux tu nous en dire un peu plus sur ta relation avec la peinture en extérieur opposée à celle sur toile ?

Mon travail est focalisé sur la peinture dans les endroits abandonnés, donc je n’ai pas beaucoup de temps pour peindre des toiles. Mon travail se centre sur des liens avec l’architecture. J’aime faire partie de l’histoire d’un lieu, d’un immeuble ou d’une usine juste avant sa destruction, être une partie de la vie d’une ville, révéler le passé par la peinture. Donc quand je peints sur une toile, il manque quelque chose. Ça devient juste un exercice de style. Comme je l’ai dit plus tôt dans l’interview à propos d’être uniquement focalisé sur le style.

graffiti Place de la République charlie hebdo graffiti Place de la République Arnaud Liard, Popay, Hoctez Œuvre d’Arnaud Liard, Popay, Hoctez.Je suis charlie graffiti Place de la République stencil pochoir Pochoir Je suis Charlie sur la statue de la République.Place de la République graffiti Lek, Arnaud Liard, Sowat, Swiz, Nebay Cafe de Monde et Média Œuvre de Lek, Arnaud Liard, Sowat, Swiz, Nebay.

Cafe de Monde et Média graffiti Place de la République Underground Paris Liste des artistes participants à l’œuvre sur les quatre murs entourant le Café Monde et Médias.

Charlie Hebdo demonstration Place de la RépubliqueManifestation sur la Place de la République, après les meurtres perpétrés contre Charlie Hebdo en janvier de cette année.

Pour découvrir plus sur la culture française et le street art, nous vous recommandons de lire Spraymium Magazine, édité par Nicolas Gzeley.

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Interview avec Levalet

Levalet Street art Paris

Parlez-nous un peu de vos travaux, quels sont les thèmes principaux ? Par quoi avez-vous été influencé ?

Je ne sais pas si l’on peut parler de “thèmes principaux” dans mes travaux, je travaille sur des mises en scène du dessin dont les thèmes sont différents à chaque fois. Mes influences sont multiples, elle vont du théâtre au cinéma, des arts plastiques à la bande dessinée. Après, je travaille avant tout à partir de lieux de vie urbains dont l’iconographie de mes scènes découle forcément. J’exploite la plupart du temps des scènes tirées d’un quotidien fantasmé, toujours un peu en décalage par rapport à la réalité.

Levalet Street art ParisL’ancien Quartier latin sur la rive gauche à Paris dans le 5e arrondissement.

Où et quand avez-vous fait votre première oeuvre de rue ?

J’ai commencé à peindre sur les murs vers 13-14 ans en Guadeloupe, mais c’était alors beaucoup plus m’amuser et pour l’adrénaline que dans un but artistique. A 17 Ans, je suis parti vivre à Strasbourg, ville dont les murs sont tellement propres et chargés d’histoire que peu sont prompts à s’y attaquer mais travaillant à l’époque sur des installations vidéo, j’ai pu faire quelques expérimentations de projections en milieu urbain. Mais c’est en arrivant à Paris en 2012 que j’ai véritablement commencé mon travail de dessin de rue, inspiré par l’architecture et par le sentiment de liberté qui se dégage de la capitale.

Qu’est ce qui vous pousse à peindre dans la rue ?

La rue est un espace qui me permet avant tout de travailler librement, sans contraintes pécuniaires ou temporelles. Ensuite c’est surtout l’envie d’investir des lieux d’usage, des lieux du quotidien et de pouvoir ainsi faire des installations qui dialoguent avec le monde réel. J’aime l’idée de tenter de confondre plusieurs degrés de réalité, utiliser le monde comme support et comme guide pour une représentation, mettre l’image artistique en situation, dans un lieu qui ne lui est à priori pas réservé.

Quelle est l’importance de l’architecture dans votre travail ? 

La topographie des lieux est très importante pour moi, c’est pourquoi je repère toujours un lieu avant d’y intervenir. Je cherche à mêler le monde de la représentation au monde réel en jouant sur la cohésion physique des situations que je mets en place. L’architecture agit comme le tuteur de l’œuvre. Il y a ensuite en effet tout un travail sur la mise en scène de l’œuvre via l’outil photographique. La photo me permet de jouer sur le point de vue et d’accentuer ainsi la dimension “trompe l’œil” de mon travail. La photo me permet aussi, en incluant des passants ou d’autres éléments dans l’image de travailler sur une mise en scène dans la mise en scène.

Parlez-nous de votre éducation artistique. Comment et pourquoi êtes-vous entré dans le monde du street art ? 

J’ai commencé des études d’arts plastiques à 17 ans, touché un peu à toutes les techniques (peinture, photo, vidéo, sculpture…) et je suis aujourd’hui professeur d’arts plastiques mais comme je le disais plus haut mes influences artistiques sont multiples et ma pratique théâtrale a par exemple beaucoup influé sur mon travail. Disons que je suis plus entré dans le monde du street art par transposition d’une pratique d’installation que de manière “classique”, c’est-à-dire en commençant par le graffiti et en évoluant vers le graphisme.

Levalet Street art Paris Levalet Street art Paris Levalet Street art Paris

Vous habitez dans le 13è : qu’est ce qui vous plait dans le fait d’installer votre travail localement ?

Je travaille parfois dans mon arrondissement, pas fréquemment mais régulièrement. J’aime de temps à autre pouvoir suivre la vie d’une œuvre, ses transformations, les interventions d’autres artistes et sa destruction. C’est aussi un confort pour moi car c’est le seul arrondissement de Paris dans lequel je peux coller en toute impunité et dans lequel mes collages ne sont pas effacés par les services municipaux grâce à sa mairie qui mène une vraie politique d’inclusion des arts urbains dans l’identité du quartier.

Quelles rues empruntez-vous pour trouver où faire de l’art ? Comment savez-vous quand l’emplacement est le bon et quels sont les facteurs que vous prenez en compte ?

Je suis relativement attentif aux lieux dès que je suis à l’extérieur et quand le hasard me met face à un lieu intéressant, je le prends en photo et je prends des mesures. Tout est potentiellement intéressant, une tache sur le béton, une fissure, un renfoncement, un élément de mobilier urbain… Après, le fait que j’utilise ou pas le lieu repéré dépend des projets que j’échafaude au jour le jour. Il y a des lieux que j’ai repéré que je n’exploiterai probablement jamais et il peut se passer un an entre le repérage du lieu (que je sauvegarde en entassant des gribouillages dans des carnets) et la mise en œuvre d’un projet dans celui-ci. Quand je fais du repérage volontaire, c’est-à-dire que je sillonne des quartiers uniquement dans ce but, je me dirige naturellement vers les ruelles, les endroits un peu cachés, les quartiers atypiques et je fuis les grands boulevards.

Levalet Street art Paris Levalet Street art Paris

Pouvez-vous décrire un chemin que vous avez pris dans le passé, ou un chemin de tous les jours, décrire les détails que vous remarquez le long de cette route ?

Je pense  que ce que je préfère, c’est encore de remonter les différents cours d’eau de paris, les quais de seine, le canal saint martin, le canal de l’Ourcq. Les cours d’eau offrent toujours des éléments d’architecture et des espaces qui semblent totalement étrangers au quotidien d’une mégalopole comme Paris. J’aime ces lieux car il m’inspirent facilement des situations surréalistes. La proximité d’un cours d’eau, dans un sens, me conforte dans l’illusion que je reste connecté au reste du monde.

Quel est le plus gros challenge auquel vous ayez fait face en installant une oeuvre dans la rue ? Avez-vous déjà été arrêté par la police en installant une oeuvre ?

Dans ce sens, il y a deux mois, j’ai collé un dessin sur la comédie française à 20 mètres d’une dizaine de policier. Je ne me suis pas fais remarquer cette fois-là, mais à chaque fois que ça a été le cas, les policiers ont toujours été conciliants, parfois amusés. Sur ce plan là je n’ai pas à me plaindre! Ceci dit, je n’ai pas vraiment l’impression de faire face à un challenge en étant confronté aux forces de l’ordre, j’ai beaucoup plus l’impression de relever un défi quand je me lance dans un projet dans lequel j’essaye de nouvelles choses car avant la fin de l’installation, je ne suis jamais sur à 100% du résultat. Je suis d’ailleurs obligé de modifier mes projets la moitié du temps car je me rends compte sur place que par exemple, tel dessin est trop grand pour tel mur ou que tel objet ne peux pas être fixé avec des clous.

Quels sont vos projets pour 2015 ?

J’ai quelques expositions collectives prévues à Paris, une expo et deux festivals en Italie et surtout de l’imprévu! J’ai aussi quelques projets d’installation en intérieur mais pour l’instant, rien de bien défini.

Levalet Street art Paris

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Levalet Paris15 minutes of fame. Photo par Charles Levalet, 2014.

Levalet ParisRhizomes exhibition, Home street home, Montpellier. Photo par Charles Levalet, 2014.

Levalet Street art ParisIconoclasme. Photo par Charles Levalet, 2013.

Levalet Street art ParisLa machine infernale. Photo par Charles Levalet, 2014.

Levalet Street art ParisUne bouffée d’air frais. Photo par Charles Levalet, 2013.

Levalet Street art Paris Comédie française. Photo par Charles Levalet, 2014.

Levalet Street art ParisEnvolée sauvage. Photo par Charles Levalet, 2014.

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Graffiti au Canal de l’Ourcq

Canal l'Ourcq Dacruz graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris

Ancien lieu de stockage de grains et de farine, les Magasins Généraux qui se trouvent à Pantin le long du Canal de l’Ourcq furent un point central pour les locaux et pour les artistes urbains ces sept dernières années. Les artistes de la nouvelle édition de L’été du Canal Art of Popof, Da Cruz, Marko et leurs invités ont eu carte blanche pour peindre les deux immenses entrepôts.

Les Magasins Généraux ont même leur propre site dédié, mettant en scène un scénario interactif nous permettant de réaliser nos propres œuvres d’art.

Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisLes entrepôts de la vieille Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris situés rue Ernest Renan, 93500 Pantin

Monsieur Chat, Da Cruz and Art of Popof Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris

Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris

Monsieur Chat and Art of Popof Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisLes street artistes parisiens Monsieur Chat (à gauche) et Art of Popof

Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris Marko93 DaCruz Art of Popof Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisDacruz Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisŒuvre de Da Cruz, l’un des artistes invités

Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisCanal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisDacruz, art of popof, Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisHash Gang crew, Kuma, Moose, Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisCanal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris    Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris  Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris    Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative Paris  Canal l'Ourcq graffiti Magasins Généraux PoDaMa collective Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris à Pantin for l’ete-du-canal - Alternative ParisLa face nord des entrepôts

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Si vous souhaitez en apprendre davantage sur l’histoire du graffiti à Paris, de ses débuts dans les terrains vagues abandonnés de Stalingrad à ses adaptations actuelles, vous pouvez lire l’interview de Karim Boukercha sur Télérama.