L’artiste polymorphe Roti et son art démoniaque

by Ludovica Giulianini on June 5, 2013

Roti Street art paris living walls (8)

Peintre, tailleur de pierre, sculpteur, tatoueur, lithographe. Les artistes polymorphes de la carrure de Roti sont rares de nos jours. C’est évidemment enrichissant pour le Street Art, mais cela rend la tache difficile pour un journaliste. Il est difficile de parler de son travail, et presque impossible de savoir où et par quoi commencer entre les pratiques diverses qu’il maîtrise.

Cet artiste de Thonon-les-Bains âgé de 24 ans a attiré beaucoup d’attention en 2012 après avoir peint un mur à Atlanta au festival d’art urbain, Living Walls pourtant décrié par la population locale comme étant “démoniaque”.

Ces réactions ne l’ont pas troublé, il entrevoit cette expérience comme « très importante, d’un point de vue humain mais aussi artistique ». Ce qu’il nous raconte dénote de la vraie nature du Street Art : par essence éphémère et définie comme le fait de peindre des murs dans la rue, comme moyen de communication avec les gens dans leur propre environnement. Mais aussi, il indique que l’expérience du moment, le processus de peindre dans une temporalité transitoire est plus importante que les “dépôts” qui en résultent.

On ne peut qu’être d’accord.

 

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 Photo Source: Roti

 

Pourtant, plutôt que d’être démoniaques, les personnages de Roti sont oniriques. Des environnements avec des créatures hybrides et en métamorphose, où les poissons se transforment en cathédrale et prennent feu, et où les bras des femmes paraissent vouloir nous étreindre, mais pour ensuite se transformer en serpent venimeux.

La curiosité de Roti pour les animaux et l’anatomie fait qu’il s’intéresse aux transformations naturelles et le corps humain. Ses idées résultent de son imaginaire, mais il s’inspire de son environnement et les communautés locales.

 

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Photo Source: Roti

 

Il est intéressant de noter l’omniprésence des cathédrales dans le travail de Roti. Cette récurrence lui vient probablement de son travail de tailleur de pierre et de sculpteur, et de ses années de formation et professionnelles à Carrara, en Italie.

Sa vraie passion est la sculpture – il transporte toujours avec lui un marteau et un burin, pour pouvoir graver dans la pierre à chaque opportunité. Il voit chaque morceau de pierre comme l’auraient fait les grands maîtres. Lors d’une discussion avec lui à propos du travail sur marbre m’a rappelé le poème 151 de Michel Ange :

« Même les plus grands artistes n’ont pas toujours conscience qu’un bloc de marbre ne contient pas d’excédent, et que seule la main qui obéit à une forme intellectuelle peut dompter. »

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 Photo Source: Roti

 

Le rêve de Roti est de transcender les limites entre la sculpture et le street art. Il m’a confié que son souhait était d’amener ses productions dans la rue, où elles seraient accessible à tous, et qu’il pourrait alors se rendre compte de leurs réactions.

Roti finit un projet en ce moment à Angers , en France, pour une commission de Artaq Festival 2013.

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 Photo: Ludovica Giulianini Copyright 2013

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Photo: Ludovica Giulianini Copyright 2013

 

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