Mygalo 2000, la calaveras de Posada et le graffiti sur camion à Paris

by The Alternative Parisian on January 24, 2014

Mygalo camion graffiti artist Paris street art - "l'amour" basse graffiti van. Photo: Mygalo

Mygalo interview Paris street art graffiti skull art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

Il ne s’agit pas ici de street art, comme on l’entend au sens habituel mais de « truck graffiti » – comprenez « graffiti sur camion ». Ces camions qui arpentent Paris sont devenus un nouveau support d’expression : des squelettes, des crânes, y apparaissent, visuellement associés au graffiti mais porteurs de messages liés à la mort, à l’amour, au twerk – trop intellectualisés pour être simplement appelés « graffitis ».

La pratique du « truck graffiti » à Paris est la plus sophistiquée de cette discipline, comparée à n’importe quelle autre ville dans le monde, grâce par exemple au travail d’Horfé et du crew Peace and Love (PAL), qui ont souvent utilisé des camions et des fourgonnettes, de manière aléatoire, comme des actes dissidents et d’appropriation de la vie privée des gens. Mais généralement, passé la première impression émotionnelle et colorée qui se dégage de ces véhicules, peu de choses retiennent notre attention.

En raison de cette présentation caricaturale, et à cause de ma propre ignorance des caricatures politiques mexicaines du 19ème siècle, ce n’est seulement qu’une fois que j’ai creusé plus profondément ( !) dans cet art si particulier du « truck graffiti », et que j’ai déterré ( !) l’identité de son auteur, que mes sens ont réellement été ramenés à la vie  ( !) par le talent de Mygalo 2000.

Voici le récit de mon entretien avec lui :

Mygalo interview street art Van Gogh "louer" basse Paris street art skull van graffiti truck José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

“A LOUER”  - chambre de bonne de Van Gogh. Photo: Mygalo

(Haut) “L’AMOUR NE MEURT jAMAiS SEUL” – graffiti art de camion à Paris. Photo: Mygalo

(Haut) Photo: Philipp Bolthausen

Mygalo x Boris 1UP graffiti Paris street art. Photo: Mygalo

Mygalo et Boris street art collaboration. Photo: Mygalo

Mygalo camion graffiti street art graffiti truck skull art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo 06

Mygalo 2000 graffiti crâne art de camion. Photo: Mygalo

Mygalo camion graffiti artist Paris street art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

Paris camion graffiti art semblable à la critique sociale du dessinateur mexicain José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

Peux-tu nous parler de ton parcours artistique et de tes débuts dans le street -art?

Je n’ai pas vraiment de passé artistique. J’ai commencé à faire des graffitis en 1997 dans la banlieue sud de Paris. C’est mon grand frère qui a découvert cette activité en premier. J’étais plus jeune que lui et je ne pouvais pas sortir la nuit : j’assistais donc à la préparation de ce qu’on appelait visiblement à l’époque une mission “gue-ta”. J’ai immédiatement accroché et je me suis vite fabriqué un marker artisanal à l’aide d’un cirage à chaussures Baranne, équipé d’une chaussette de sport pour faire une grosse mine. Pour pouvoir pratiquer, je prenais le RER la semaine pour aller à l’école, ce qui rajoutait du temps sur mon trajet habituel, histoire d’en coller quelques-uns sur les intérieurs jaunes de la ligne B. Quand j’ai pu commencer à sortir un peu le soir, j’ai pu me lancer dans des plans plus sérieux et j’ai commencé à faire des graffs en chrome le long des voies et des autoroutes. La même année, j’ai commencé à peindre des trains et des tunnels.

A cette époque je faisais des lettres comme tout le monde, puis j’ai fait une pause quelques années plus tard. J’ai pensé à ce moment que je ne reviendrais plus au graffiti, je ne me plaisais plus dans cet univers. Et puis la passion est revenue mais sous une autre forme visuelle. Par contre j’ai gardé les mêmes outils et surtout les mêmes supports. J’aime la peinture mais j’aime aussi pratiquer le graffiti comme un sport. Même si aujourd’hui je m’aventure moins souvent dans des lieux dangereux où la condition physique est importante, j’aime le contact avec l’inaccessible comme des toits ou des tunnels bien noirs. La plus part des gens qui me découvrent aujourd’hui pense que je suis un artiste de street-art. Moi je me considère plutôt comme un peintre  même si  ma pratique est un héritage du graffiti classique. Il m’arrive de faire des séries de crânes ou de squelettes identiques à la manière d’un tag ou d’un graff juste pour envahir un peu le quartier.

JR Inside Out Mygalo Paris street art graffiti skull art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

 JR’s Inside Out Project reçoit l’attention de Mygalo. Photo: Mygalo

Love Never Dies Mygalo camion graffiti artist Paris street art interview Paris street art graffiti skull art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

“LOVE NEVER DIES, BUT WE DO”. Photo: Mygalo

Mygalo camion graffiti artist Paris street art truck skull art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

“D’AiLLEURS C’EST TOUJOURS LES AUTRES QUI MEURENT” – symbolisme de mort. Photo: Philipp Bolthausen

Quels sont les thèmes et les influences les plus présents dans ton travail dans la rue?

Ma peinture est influencée directement par la vie au quotidien. La réflexion sur l’amour ou sur le sens même de la vie sont au premier plan dans mes œuvres. J’aime aussi faire des clins d’oeil à des sujets d’actualité, à des modes ou à des tendances, ou même à des publicités sous forme de parodie ou de caricatures. Mes centres d’intérêts sont très souvent éloignés de la culture moderne ou de la street culture. J’aime l’imagerie et tout ce qui se rapporte aux années 30, ainsi que la science-fiction des années 80.

Je me souviens que très jeune mon frère et moi avions eu la chance de pouvoir choisir chacun un abonnement à un magazine de notre choix. J’avais choisi Mad Movies, ça m’a certainement marqué un peu la rétine. En plus, comme tous les gosses de ma génération, j’ai connu la vague skate fraîchement débarqués des USA avec des dessins et des visuels dans tous les sens. C’était vraiment cool la période Santa Cruz, Powell… t’avais saigné ta mère pour avoir une board chez Street Machine. Maintenant, avec l’âge, toutes ces images ressortent et viennent s’ajouter à toutes celleq qui se baladent dans ma vie.

Gran_calavera_eléctrica Jose Guadalupe Posada - Mygalo interview Paris street art graffiti skull art

Gran calavera eléctrica par graveur mexicain, illustrateur de bande dessinée et lithographe,Jose Guadalupe Posada. Comme Hamlet de Shakespeare, Posada a utilisé le calavera (crâne), pour montrer que, malgré les différences de classe, nous finissons tous au même endroit.

A l’instar de l’artiste mexicain José Guadalupe Posado, tu utilises les crânes et les squelettes pour caricaturer certains sujets, comme le projet Inside Out de JR. Penses-tu que le street-art doit véhiculer des messages politiques ou sociaux?

Je ne pense pas que la peinture doit obligatoirement être porteuse de message politique ou social. En ce qui me concerne j’aime amuser et divertir les gens à travers mes œuvres dans la rue. Effectivement il y a une dimension humaine inhérente au fait que je raconte et met en scène des pensées ou des situations de la vie de tous les jours.

C’est vrai que certains street artistes ont plaisir à fédérer les gens autour de symboles sociaux ou politiques, pour ma part je préfère poser des questions. D’ailleurs ces questions qui ressortent de mes peintures je suis le premier à qui je les pose. J’utilise ces squelettes pour représenter des humains en général. Je peux aussi introduire d’autres formes de vie dans mes compositions, comme des animaux ou des extraterrestres. Leur présence est significative, elle soulève la question de la différence et de l’ouverture aux autres. Elle souligne aussi la curiosité. Les humains, impressionnés par leur complexité, continuent d’analyser le monde animal dans le but de percer peut-être le secret de leur propre existence.

Les crânes peuvent aussi symboliser la mort, l’immortalité, le pouvoir ou la renaissance… une prise de consicence qui passe forcement par un processus de mort et la renaissance spirituelle. Que cherches-tu à exprimer à travers les squelettes présents dans tes toiles?

Les œuvres que je fabrique dans mon atelier sont très différentes de celles que je réalise dans la rue. Pour moi ce sont deux disciplines à part entière. L’utilisation du noir et blanc, en plus de l’allure graphique que j’apprécie particulièrement, participe à créer une tension. Cette frustration est par la suite libérée dans mon atelier où j’utilise beaucoup de couleurs. J’aime beaucoup les couleurs : lorsque l’œil les perçoit, le cerveau rapproche automatiquement ce qu’il voit au monde animal ou végétal. C’est un mécanisme inconscient car la nature est le premier et plus grand fabricant de peinture au monde. C’est un pantonier géant que nous essayons d’imiter en improvisant des mélanges.

Les crânes que je peins dans mes portraits sur toile représentent l’intime. La technique et les couleurs que j’utilisent sont  le reflet d’une vie faite de surprises. Pour ce qui est des accumulations en écriture mécanique, les motifs symbolisent l’industrialisation humaine, la répétition chaque jour des mêmes gestes, la production quotidienne d’énergie parfois gâchée aux profits d’enjeux financier.

Mygalo x Boris interview - twerkin' dead Mygalo camion graffiti artist Paris street art skull art José Guadalupe Posada. Photo: The Grifters

(Haut) Mygalo 2000 x Boris, Paris graffiti collaboration. Photo: The Grifters

Mygalo Boris graffiti interview - twerkin' dead Paris street art skull art José Guadalupe Posada. Photo: The Grifters

Mygalo 2000 x Boris – Paris graffiti. Photo: The Grifters

boris-drunk-paris graffiti menilmontant street art mygalo interview - photo by the grifters

Boris from Bulgaria – Ménilmontant, 20éme Arrondissement. Photo: The Grifters

Comment ta collaboration “Twerkin’ Dead” avec Boris est-elle née?

Ma rencontre avec Boris est assez amusante. Nous nous sommes croisés sur le pont des Arts. On a discuté peinture un bon bout de l’après-midi. Sa passion pour l’écriture a rejoint naturellement ma peinture et nous avons donc imaginé faire quelque chose ensemble. Boris avait envie de faire un truc autour de cette mode du twerk. Il avait vu quelques-uns de mes camions et trouvait amusant de faire ça sur un support qui bouge. L’idée du “Twerkin’ Dead” est arrivée comme d’habitude quelques minutes seulement avant sa réalisation. Boris est un personnage étonnant par sa créativité et son énergie.

Banksy paris Mygalo street art graffiti Mygalo camion graffiti artist Paris street art Posada. Photo: Mygalo

“AVANT JE BOSSAiS CHEZ BANKSY”. Photo: Théo David

Mygalo 2000 interview Paris street art skull Bastille shopfront basse graffiti José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

Graffiti à Bastille. Photo: Mygalo

Qui sont tes artistes préférés?

ll y a beaucoup d’artistes que j’apprécie, d’ailleurs parmi eux la plupart ne sont pas des peintres mais plutôt des musiciens, des comédiens ou des hommes de théâtre. Concernant la peinture j’aime beaucoup l’expressionnisme allemand : la perte de repères spatiaux “avec des perspectives fausses” qu’on trouve dans ces peintures de l’entre-deux guerres en dit long sur l’état psychologique des gens à cette époque. Sociologiquement, Otto Dix et Murakami traduisent les mêmes angoisses à travers leurs œuvres, comme un rempart contre la peur du monde qui les entoure. L’un par un effroyable chaos et l’autre par un excès de couleurs. Ce qui est fantastique c’est de sentir transpirer l’énergie dans ces œuvres.

Quels sont tes plans pour 2014?

Je prépare un livre qui, je l’espère, sortira fin 2014 et qui sera annoncé par la sortie d’un cahier noir et blanc en ce début d’année. Pour le reste j’espère continuer à prendre plaisir à peindre et découvrir de nouvelles pistes pour poursuivre ma réflexion à travers la peinture.

Mygalo 2000 interview Paris street art commission graffiti skull art José Guadalupe Posada. Photo: Mygalo

Mygalo 2000, Paris atelier d’art. Photo: Mygalo

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