(Divine) intervention street art d’une église collée sur une église

by Demian Smith on June 25, 2013

Notre-Dame-de-la-Croix church Ménilmontant Paris street art Belleville wheatpaste (2) (1)

Quand le street art s’affiche sur un bâtiment délabré abandonné, très bien. Mais quand le street art se fait sur l’escalier monumental d’une église néo-romano-gothique du XIXe siècle, dans un quartier de la classe ouvrière, on se dit “c’est quoi ce b*#!.”

En voyant une illustration collée sur le parvis de Notre-Dame-de-la-Croix à Ménilmontant, dans un premier temps, je suis surpris d’une telle audace. Les graffeurs parisiens ont des codes qui assurent que les églises doivent être laissées tranquilles. En outre, mes études à l’école primaire de la Sainte-Trinité (Église d’Angleterre) à Londres, et les années passées dans l’association des Scouts, ont servi à m’ennoblir d’un sens moral religieux et à respecter Dieu et ses manifestations moins éthérées que sont le curé, l’évêque, l’église, la cathédrale, et qui, j’en suis certain, ne laissent aucune place à des interventions artistiques illicites, quelles qu’elles soient.

Notre-Dame-de-la-Croix church Ménilmontant Paris street art Belleville wheatpaste (2) (1)

Le sol de l’église est sacré et n’est pas un lieu pour le street art. La cour de Dieu a des règles qui sont clairement écrites dans son célèbre guide de route – rien dans ses pages ne mentionne collages, street art, graffiti, ni même Banksy.

Notre-Dame-de-la-Croix church Ménilmontant Paris street art Belleville wheatpaste (2)

Si le street art n’est pas mentionné dans la Bible, nous devons conclure qu’il est sans rapport avec le christianisme, et n’a pas sa place sur les marches d’une église, même dans le meilleur quartier de Paris pour le graffiti et le street art, Belleville-Ménilmontant. Tout comme dire que Banksy est plus célèbre que Jésus (mais pas plus qu’Andy Warhol, ni, d’ailleurs, les Beatles) est un blasphème, une œuvre d’art non autorisée sur une église est l’équivalent graffiti de Lucifer.

Cependant, après réflexion, il devient évident que l’église pense différemment : l’œuvre n’a pas été enlevée; la représentation en vitraux d’une église collée aux marches est plutôt agréable à regarder et ne dégrade en aucune façon le sol de l’église et, plutôt que d’offenser, elle amène chacun à inspecter de plus près le travail, et donc attire le spectateur dans le giron de notre Père.

Les commerciaux bibliques cherchent toujours à s’adapter aux tendances sociétales afin de rester dans le vent et semblent être à l’écoute de nos vies modernes. J’ai moi-même connu des groupes de jeunesse chrétienne promouvant la culture urbaine en Angleterre : cours de danse hip hop, défilés de mode, ateliers graffiti. Le street art in situ n’est pas aussi radical qu’on peut d’abord le penser.

Les nouveaux médias sont un exemple de la façon dont l’Eglise s’assure de maintenir son avance sur le marché spirituel. On peut notamment penser à la stratégie de communication utilisée par la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les boutons de médias sociaux sur son site renvoient non seulement vers une page Facebook avec des photos de croix d’or scintillantes, de personnes en prière tenant des bougies, et de grandes cloches tintantes, mais il y a aussi Twitter, Google+, Flickr, YouTube, et, Foursquare. (Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas fréquenté l’église récemment, Foursquare est une application de réseau social pour les smartphones où les utilisateurs publient un «check-in» où qu’ils se trouvent, que ce soit un bar, un restaurant, une discothèque, ou un lieu de culte catholique romain de style gothique. En outre, checkez dans le même endroit à plusieurs reprises et vous êtes finalement couronné Maire. Compte tenu de cette nouvelle façon futée de promouvoir le christianisme, ordonner une (divine) intervention street art sur une église n’est pas si improbable que ça.

Les organisations chrétiennes comprennent que pour garder les gens connectés à leur message, elles doivent communiquer dans une langue familière à leur public. Si l’oeuvre de street art sur le parvis de Notre-Dame-de-la-Croix est en fait une initiative de l’Eglise pour paraître plus cool, alors nous nous félicitons de sa sagacité.

 

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