Keith Haring, le Speedy Graphito New-yorkais

by Fernanda Hinke on April 30, 2013

Keith Haring retrospective Musée d’Art moderne de la Ville de Paris CENTQUATRE (5)

New York, 1978. Keith Haring, alors étudiant, débarque dans la ville considérée comme le berceau du graffiti. Il est subjugué par les tags, les dubs et les « chef-d’oeuvres » décorant les wagons du métro new yorkais ; en somme, l’énergie frénétique de ce mouvement d’art illégal.

Des années plus tard, Haring, toujours influencé par l’esthétique des rames du métro, intervient sur ce même mur qui l’avait jadis inspiré et choisit d’utiliser de la craie blanche sur un panneau publicitaire au fond noir. Cela marque sa renaissance en tant que street artiste.

Paris 2013 – vendredi dernier. Vingt-trois ans après la mort de Haring, la ville inaugure la plus importante exposition rétrospective de son travail jamais réalisée, « The political Line/ Grands formats », organisée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, en partenariat avec le Centquatre, qui rassemble une collection que l’on pourrait qualifier de « Non street Art ».

Keith Haring retrospective Musée d’Art moderne de la Ville de Paris CENTQUATRE Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

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Keith Haring retrospective Musée d’Art moderne de la Ville de Paris CENTQUATRE (10)

Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

L’exposition retrace l’ensemble de la carrière d’Haring, injustement écourtée par sa mort brutale. Les oeuvres exposées mettent en évidence son art profondément engagé pour une justice sociale. L’Etat, le capitalisme, la religion, les médias, le racisme, la protection sociale des enfants, le SIDA … sont tous les combats qu’il a menés et représentés dans son travail.

Au-delà de l’aspect politique et social de son travail, Keith Haring, qui est indubitablement l’artiste le plus connu de sa génération. Il a su créer un langage visuel en usant de symboles universels : des silhouettes dansantes, des cœurs, des anges, des pyramides, des OVNI et des formes simples et récurrentes, qui font aujourd’hui partie de notre quotidien.

En se baladant dans Paris, certaines œuvres dans la rue peuvent nous faire penser au maitre, du fait d’une esthétique formaliste curieusement similaire. Pourtant, ce sont des peintures de Speedy Graphito, un street artiste parisien de la première génération.

Le style graphique de Speedy, qui renvoie essentiellement à une simplification de personnages et des messages simples, lui vaut le surnom de «Keith Haring français ». Mais à contrario de Jef Aerosol, également issu de cette première génération et son surnom galvaudé de « Banksy français » , Speedy et Haring ont réellement collaboré : ils ont peint ensemble un mur, en 1985, dans un club parisien réputé à l’époque. Cette rencontre a ainsi ancré dans la réalité l’influence d’Haring sur Speedy.

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Photo (top and bottom): Speedy Graphito 

Mais ne réduisons pas cette rencontre à un simple apéro partagé. Le travail de Speedy partage clairement des codes avec celui de Haring et utilisent des ressorts similaires. La comparaison avec Jef Aerosol et Banksy ne tient plus.

Speedy s’intéresse à la propagande consumériste. Cela se traduit au travers des thématiques explorées dans ses travaux telles que le pouvoir, l’argent, le marché de l’art, la société de consommation, la crise économique ainsi que l’influence d’Internet sur nos rapports sociaux.

Tellement captivés (à tort?) par le discours très informé de la vague d’intellectuels du street art parisien et notamment par l’idée d’un « Haring français » (bien que né de ses propres cendres), nous avons tout de même décidé de poser la question à Speedy, alors à Los Angeles.

Voici ce qu’il a à dire sur la vie et carrière de Haring : 

«  Sa carrière fut fulgurante, et très médiatisée. Je partage avec lui l’idée qu’un artiste doit vivre avec son temps et s’inspirer de son quotidien. Keith Haring s’est appliqué à réfléchir aux moyens de disséminer son travail. Les morts prématurées de Haring et de Basquiat ont fait d’eux des icônes, il est terriblement dommage que l’on n’ait pas connu le cheminement futur de leur travaux. »

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Photo: Keith Haring

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Aujourd’hui considéré comme l’un des cinq plus importants artistes internationaux, Banksy s’est ré-approprié l’image du chien de Haring pour proposer une critique du système social britannique envers la jeune classe ouvrière.  Photo: copyright ‘futureperfectart.blogspot.fr

Keith Haring Necker Children's Hospital Paris - © Pierre Mondain-Monval

Keith Haring Necker , Hopital pour enfants, Paris. Photo: © Pierre Mondain-Monval 

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L’exposition de Keith Haring,  “The Political Line”  est ouverte jusqu’au 18 aout 2013, simultanément au  Musée d’Art Moderne et au Centquatre. 

Site du Musée d’Art Moderne, ici.

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L’exposition monographique de Speedy Graphito’s à Los Angeles ouvre le 11 main à la Fabian Castanier Gallery.

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