Interview avec l’artiste graffiti abstrait Nelio

by The Alternative Parisian on July 2, 2014

Nelio street artist paints Le M.U.R. XIII, Paris 13th Arrondissement graffiti mural wall

Translation par Pendy Holmes:

Jusqu’à récemment, Nelio était à Buenos Aires. Il y a vécu et travaillé pendant 5 mois, apprenant l’espagnol, collaborant avec des artistes locaux, et profitant du soleil loin du froid de l’Europe du nord. Il vient juste de terminer de peindre Le M.U.R., dans le 13è arrondissement de Paris, photo ci-dessous, le second espace dédié à l’art éphémère de la ville.

Voici son interview, faite à Buenos Aires, dans laquelle il explique son passé artistique et ses influences, son expérience à peindre en Amérique du Sud et en Australie, comment internet lui a permis de vivre de son art, et sa conception du street art.

Merci à Kasey Kinsella pour son aide durant l’interview. 

Quel est ton bagage artistique ?

J’ai toujours aimé dessiner, et à 13 ans mon cousin m’a fait découvrir le graffiti, qui m’a vraiment intéressé ; à 14 ans, j’ai commencé à créer des t-shirts, j’ai appris la sérigraphie, qui influence encore ma peinture, à travers l’utilisation de quelques couleurs uniformes.

En jouant avec les lettres, les formes et les couleurs, je me suis intéressé au graphisme, que j’ai étudié pendant quelques temps à l’école, et j’ai rapidement commencé à travailler en tant que graphiste freelance. Ce n’est que plus tard que je me suis tourné vers l’illustration, la photographie et la peinture.

Après avoir étudié pendant un an, j’avais envie de voyager et d’être indépendant, et j’ai arrêté mes études pour aller apprendre l’anglais sous le soleil d’Australie. Pendant que j’étais là-bas, j’ai rencontré d’autres jeunes artistes, et j’ai réalisé que je pouvais vivre de ma peinture. Je me suis également rendu compte que l’Australie soutient beaucoup plus l’art que la France. J’ai gagné en confiance, et je me suis intéressé au but du graffiti au lieu de juste écrire mon nom. J’ai commencé à réfléchir au message à transmettre et à l’impact de mon art.

Quand as-tu commencé à créer un message au lieu d’écrire des lettres ? 

Entre 2004 et 2005, je travaillais sur un projet avec des personnages fortement imbriqués les uns dans les autres, les yeux de l’un formant par exemple la bouche de l’autre. C’était la première fois que j’étais content du message, et c’est à ce moment que je me suis senti prêt à partager mon travail avec les autres et à le rendre public. Avant ça, je peignais principalement dans des endroits à l’abandon, et le long des autoroutes.

Nelio with Carlos Paz graffiti in Argentina. Photo copyright Nelio 2014

Nelio, Carlos Paz, Argentina, 2014. Photo par Nelio.

(Haut) Nelio à Le M.U.R. XIII, 2014. Photo par Nelio

Ta première expérience du graffiti a donc été dans des endroits à l’abandon plutôt que dans les rues ? 

Oui, j’ai grandi dans une très petite ville, sans immeubles, et les maisons ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour taguer. J’aimais également l’atmosphère des endroits à l’abandon, en quelque sorte hors du monde réel. C’était bien de s’y entraîner. C’est seulement lorsque j’ai déménagé dans une plus grande ville et que je me suis senti plus à l’aise avec mes peintures que j’ai commencé à le faire dans les rues. Taguer est devenu une drogue, j’étais un addict du graffiti.

Avec cette nouvelle façon de peindre, ce nouveau ressenti, c’était plus intéressant pour moi de peindre seulement pour l’action plutôt que pour le résultat ; ça a changé ma façon de créer. Quand je vais dans des lieux à l’abandon ou que je suis payé pour effectuer des fresques, je peux y passer quelques heures, un jour entier ou même plusieurs jours parfois, car je veux faire de mon mieux. Mais retourner dans la rue est vraiment excitant, la rapidité est comme un sport, comme une danse. J’en ai besoin.

J’ai peint mes premières fresques dans des usines abandonnées en 1998, et je suis devenu plus actif dans les rues en 2005. Au début, j’avais peur de choquer le public, puis je m’en suis moins soucié. Lorsque j’ai commencé à travailler dans les rues, j’ai développé la capacité de dire ou d’exprimer ce qu’il y avait en moi au public.

Si les gens se mettent en colère, je me dis juste que c’est seulement de la peinture sur un mur, pas de quoi en faire une montagne. Je pense que les rues devraient être pour tout le monde, et que c’est mieux avec des couleurs, des formes, des lettres, que seulement des murs gris ou avec de la publicité, mais j’ai encore du respect pour certains endroits. Même si ce n’est pas ma priorité principale quand je pars taguer, j’essaye souvent de rendre un endroit plus joli qu’avant. Cependant, “la beauté est dans l’oeil de celui qui la contemple”, et certaines personnes n’aimeront jamais les peintures illégales.

Nelio street art in Moscow Russia 2013 graffiti artist interview

Nelio, Moscow, 2013. Photo par Nelio.

Dis nous un peu plus comment se développe ton art.

Ce que je fais maintenant est juste l’évolution de mes peintures de départ. C’est toujours relié aux personnages dont j’ai parlé avant. Mais ça a évolué, et j’espère que dans 5 ans, ce sera toujours lié à mon travail actuel mais en même temps, complétement différent.

J’ai surtout été influencé par mon expérience de graphiste. J’aimais créer des logos, communiquer une idée ou un message avec simplement une image. C’est ce que j’ai essayé de faire avec mes peintures. Mais peindre sur un mur est différent de peindre sur papier ou sur une toile. Tu dois gérer l’environnement. L’architecture a une grande importance pour mes peintures, c’est la raison pour laquelle j’y introduis progressivement des éléments géométriques. Très souvent, j’introduis une forme qui représente une brique, et je la modifie. Le symbole en lui-même représente ma conversation avec le lieu où je peins.

Pendant très longtemps, j’ai eu besoin d’être capable de raconter pourquoi je peignais telle ou telle image. Je ne me sentais pas à l’aise avec l’abstrait. Mais maintenant je me sens mieux par rapport à ça. L’abstrait est très puissant, ça force les gens à utiliser leur propre imagination pour donner un sens à un sujet inhabituel. C’est plus facile de toucher les gens avec le Pop Art, ou en peignant un visage, car ils le reconnaissent à la seconde où ils le voient. L’art abstrait nécessite d’interagir avec le non familier, de laisser ce que l’on connait derrière soi. C’est davantage à propos de sentiments et d’émotions.

Concernant ma connaissance de l’art, je suis autodidacte, donc il y a plein de choses que je ne fais pas correctement. Pendant longtemps, j’ai suivi des règles que j’avais mis en place pour moi-même. C’était comme mon propre jeu de Lego. Il fallait que j’intègre certaines formes, je devais suivre des étapes. Au bout d’un moment j’avais créé mon propre langage visuel. Je savais que je ne serais jamais coincé, que les possibilités de rendre chaque oeuvre connectée aux autres étaient infinies, tout en étant différente. Mais en même temps, je voulais intégrer dans mes oeuvres plus de pouvoir, plus de crudité, plus de spontanéité. Cette ambition vient peut-être de mon ennui créé par mes propres règles, et d’une envie de grandir. Je veux également incorporer l’atmosphère des lieux à l’abandon dans mon travail, la texture créée par le passage du temps, la nature qui pousse sur le mur et aux alentours. Et pas seulement la texture, mais aussi la forme. Quand tu as un mur en train de s’écrouler, ça crée des lignes au hasard, énergiques et organiques. C’est ce que j’essaie de mettre dans mes peintures. J’espère dans quelques années être capable de créer un équilibre personnel entre des figures purement géométriques et des formes organiques créées au hasard. Cela peut changer d’ici là, mais pour le moment c’est la direction que je veux prendre. J’y vais juste étape par étape.

Nelio Xuan Alyfe Somao Spain 2013 street artist interview graffiti. Photo copyright Nelio

Nelio & Xuan Alyfe à Somao, Spain 2013

Peux tu nous dire quels artistes ont influencé ton travail ?

Pour ce qui est des classiques, j’ai été vraiment intéressé par le travail de peintres tels que Miro, Kandinsky, Vasarely, Picasso, Matisse, Delaunay, Malevitch, El lissitzky, et plein d’autres. J’adore également les travaux de Kurt Schwitters et Gordon Matta Clark.

Il y a plein d’artistes contemporains qui font des oeuvres géniales. Mais le premier à m’avoir influencé fut Eltono. Il y a environ 10 ans, il m’a donné envie d’essayer le minimalisme. Avant lui, je complétais entièrement la page. Si je faisais une erreur, je pouvais toujours la dissimuler dans la composition. Puis j’ai réalisé que ce serait un plus grand défi, que ce serait plus intéressant et plus puissant de faire quelque chose de pur et de minimaliste. Il n’y a pas de place à l’erreur.

 

Remed m’a également fortement influencé. Il fait partie des meilleurs, car ses figures minimalistes et géométriques ont toujours un message fort.

Ce sont les deux artistes qui m’ont le plus influencé pendant longtemps. Mais j’ai découvert ces dernières années le travail de deux génies, 108 et Momo.

En ce qui concerne le graffiti, j’aime vraiment le travail fait en ce moment par  ErosieOutsiderEditorDjobXvlfBiletosAbcdefRoyerFridaTomekNoteen. Ce sont des très bons artistes pour les lettres minimalistes, l’expressionnisme et le faux-naïf. J’aime le pouvoir de leurs peintures. C’est vraiment inspirant.

Et j’aime collaborer avec d’autres peintres, avec des amis qui ont influencé certaines peintures comme ThtfGeometric BangAlexey LukaRubinDrypnzXuan Alyfe, et plein d’autres.

Cependant, une influence récente bien particulière sur mon travail a été Duncan Passmore  (voir ci dessous). C’est également un très bon ami. Au début, c’était vraiment compliqué de peindre ensemble car on a des styles complétement différents. On a dû faire des essais, et s’adapter l’un à l’autre, mais ça nous a permis de découvrir de nouvelles directions dans notre travail. C’est toujours amusant de peindre avec lui. Il m’a fait réaliser que je suivais toujours des règles. Grâce à lui, j’ai un peu appris à laisser aller, à me lâcher sans être nécessairement sûr du résultat.

Mural by Duncan Passmore, Nelio, Reek, Thtf & Blo in Lyon street artist interview. Photo copyright Nelio 2013 Duncan Passmore, Nelio, Reek, Thtf & Blo à Lyon, 2013. Photo par Nelio. (Cliquez pour pour agrandir).

Nelio & Mart graffiti in Buenos Aires street artist interview. Photo copyright Nelio 2014
Nelio & Mart à Buenos Aires, 2014. Photo par Nelio
Nelio & Amor graffiti in Buenos Aires street artist interview. Photo copyright Nelio 2014

Nelio & Amor à Buenos Aires, 2014. Photo par Nelio. (Cliquez pour agrandir). 

On s’est rencontré par hasard à Buenos Aires, où tu as vécu pendant 5 mois l’hiver dernier. Peux-tu nous en dire plus sur ton expérience du street art dans cette ville extraordinaire ?

Les gens là-bas sont vraiment amicaux envers les artistes de rues. Même la police n’y fait pas attention. J’ai peint un mur illégalement avec Cisco, un ami venu de Panama, et un policier est venu nous demander d’arrêter car un voisin avait appelé la police. Il était vraiment sympa, et on lui a demandé si on pouvait avoir 5-10 minutes pour finir notre oeuvre. Il nous a dit que personnellement, il s’en fichait, mais que le voisin était probablement en train de regarder et qu’il ne voulait pas avoir de problèmes, et il nous a conseillé de revenir plus tard pour finir. A part quelques voisins ou passants grincheux, le retour des gens est souvent positif. Les gens voient plus le street art comme de l’art ou comme un cadeau fait à la communauté, plutôt que comme du vandalisme. Je pense que c’est parce qu’ils ont déjà l’habitude des murs peints avec le mouvement muraliste latino-américain.

Quelles sont les différences entre pratiquer le street art à Buenos Aires et à Paris ? 

A Buenos Aires, c’est plus facile d’avoir la permission de peindre ce que tu veux. Si tu demandes d’abord, le propriétaire sera généralement content de te laisser peindre ses murs. C’est très différent en France, où le propriétaire préfère ses murs “propres”. Je peux comprendre quand il s’agit d’un très ancien immeuble, mais je ne comprends toujours pas le voisin qui vient se plaindre quand on peint des murs sales qui ne lui appartiennent même pas. Je pense qu’il y a des gens conservateurs partout, mais c’est sûr qu’en Argentine, c’est plus relax de peindre qu’en France.

Comment as-tu fait pour vivre 5 mois à Buenos Aires ? 

La première fois que j’ai pensé y aller était en 2007, quand j’étais en Australie. Je voulais continuer de voyager parce que ça m’apprenait énormément de choses. En Australie, je pensais devoir prendre un boulot à temps partiel pour payer les factures, mais j’ai finalement réussi à survivre 9 mois grâce à l’argent que j’avais économisé en France, et avec quelques travaux commandés pendant 4 autres mois. Sans avoir de travail, j’étais toujours libre de peindre, de rencontrer d’autres artistes, d’aller voir des expos. C’était super. Je voulais continuer cette expérience et apprendre une autre langue. A ce moment-là, je ne sais plus pourquoi exactement, mais j’avais en tête une image de Buenos Aires encore plus folle et relax que l’Australie. Je voulais y aller, mais je n’avais pas suffisamment d’argent pour acheter le billet d’avion. Chaque année, je voulais faire ce voyage, mais je continuais à le décaler. Parfois je n’avais pas assez d’argent pour le vol, et parfois j’avais d’importants projets prévus en Europe.

Comment est Buenos Aires par rapport à ce que tu imaginais ? En quoi ça a inspiré tes peintures ? 

L’atmosphère est telle que je l’avais imaginée. J’ai rencontré, peint et je me suis fait des amis parmi des artistes géniaux comme PoetaMartRomaGualichoElian et Amor. Ces collaborations vont laisser une trace dans mes futures peintures. Souvent, quand je voyage, je suis plus inspiré par les gens que je rencontre et l’atmosphère de certains lieux que par le pays ou la ville en elle-même. Comme je suis d’un naturel optimiste, je trouve toujours le bon côté des choses, et je me concentre là-dessus sans trop penser aux mauvaises choses. Mon travail reflète ça, probablement, en essayant d’améliorer des lieux avec un message positif.

Nelio - Paris 2013 - street artist interview graffiti in Paris - Photo copyright Nelio

Nelio, Paris, 2013. Photo by Nelio.

Comment vois tu ton travail par rapport au terme de “graffuturism”, qui tend à capturer le style post-graffiti créé par toi et par les autre artistes dont tu as parlé ?

Graffuturisme est un terme qui essaye de classifier un groupe d’artistes. Je ne me suis jamais senti comme un vrai graffeur ou comme un artiste de rues, mais plus comme un mec qui crée des choses, et je ne me sens pas à l’aise avec une étiquette qui me place dans une catégorie bien particulière. Mais j’aime la plupart des travaux des autres artistes associés dans ce mouvement, et il y a une bonne énergie, donc ça ne me dérange pas d’en faire partie, et j’étais très content de faire partie de l’exposition Graffuturisme à Paris et à San Francisco.

Je pense que le lien entre nous, c’est que nous venons tous du graffiti. Au début, on a probablement tous commencés par jouer avec des lettres et à expérimenter la même énergie qu’est peindre dans les rues. Avec les années, notre travail a évolué, et on approche tous notre sujet de façon différente, en divisant notre temps entre l’atelier et la rue. Plus tu travailles en studio, où tu as plus de temps que dans la rue, plus tu peux développer ton style, tes idées, et faire des expériences sur différents supports et avec différentes techniques. Et après ça ressort dans ton travail dans la rue. Peindre dans la rue peut également influencer ton travail à l’atelier, donc je pense que c’est le dialogue entre le travail dans la rue et le travail dans l’atelier qui rend ce groupe d’artistes particulier.

Par exemple, l’école cubique comprend des artistes qui suivent le plus souvent un style très particulier et qui utilisent la même technique. Avec Graffuturisme, c’est un peu différent, car si tu montres à quelqu’un le travail de deux “artistes graffuturistes”, il peut n’y voir aucune connexion. Ce n’est pas tant visuel qu’énergique et mental, qu’un processus de production. Graffuturisme est un terme vague, parce qu’en ce qui me concerne, par exemple, je me sens plus proche du Constructivisme.

Cependant, je pense que le Graffuturisme offre la chance d’introduire une critique de l’art dans le graffiti et l’art de rue. Bien que le Graffuturisme ne soit pas vraiment du graffiti, car il existe aussi en galerie, ça peut être une raison pour ce terme d’exister, en essayant de nommer une forme d’art qui dérive du graffiti, et qui est comme un hybride, à la fois présent dans les lieux publics et dans les galeries.

Nelio - Santiago de Chile 2014 street artist interview graffiti in Chile South America. Photo copyright Nelio

Nelio, Santiago de Chile, 2014.

Nelio street art in Lyon 2013 graffiti artist interview - Photo copyright Nelio

Nelio, Lyon, 2013. Photo par Nelio.

Nelio Valparaiso, Chile 2014 street artist interview graffiti in South America. Photo copyright Nelio

Nelio, Valparaiso, Chile, 2014. Photo par Nelio.

Il manque un échange critique sur le street art et le graffiti, particulièrement en comparaison avec l’art contemporain. Qu’en penses-tu ? 

C’est sans doute parce que le street art n’est pas institutionnalisé et qu’il est souvent fait par des artistes auto-proclamés qu’il n’est pas pris au sérieux. Une autre raison pourrait être qu’il est toujours considéré comme un mouvement nouveau. Cela peut prendre du temps avant que les critiques comprennent ce qui se passent. Les autres formes d’art, traditionnelles et classiques, ont une longue et riche histoire qui permet à la fois aux artistes et aux critiques de l’étudier et de développer une approche intellectuelle. Le street art est un peu hors de contrôle, la plupart des artistes de ce mouvement n’ont pas étudié l’art, il y a beaucoup d’air frais dans leurs actions, mais aussi probablement un manque de références à l’art classique.

L’art contemporain est principalement institutionnalisé maintenant, et beaucoup plus élitiste, et il s’adresse à un public très limité, ce qui est l’opposé du street art. Il touche les gens directement, ils n’ont pas besoin d’aller dans un musée, ou de passer par un parent ou un professeur pour y avoir accès. Je pense que beaucoup de jeunes journalistes, qui ont commencé par faire des reportages sur le graffiti, l’ont fait parce qu’ils y étaient confrontés tous les jours et trouvaient cela intéressant de le partager, et se sont ensuite passionnés pour lui. C’est comme moi, je suis un apprenti artiste, j’ai commencé avec le graffiti. Je n’ai pas étudié l’art, mais j’évolue étape par étape. Je pense que c’est pareil pour tous ces nouveaux journalistes, pour les photographes amateurs également. Ils prennent des photos parce qu’ils aiment ça, et plus ils le font, plus ils deviennent intéressés et prennent de meilleures photos.

Pour le moment, le street art est un sujet d’actualités, beaucoup de magazines en ligne et de blogs postent des photos tous les jours. Mais il y en a peu qui creusent plus profondément. Il n’y a que quelques blogs et quelques magazines qui font l’effort de ne pas seulement poster des photos, mais également de parler de l’art, d’essayer de créer des discussions à propos des oeuvres. RJ, de Vandalog, par exemple, a toujours décrit le travail qu’il publie. Mais ce ne sont que des exemples isolés, c’est un terrain nouveau. Rebel Art s’intéresse plus aux travaux de rues conceptuels, c’est également intéressant. Et beaucoup d’autres magazines font des articles et des interviews, ce qui aide les gens à comprendre ce genre et leur donne la possibilité de l’analyser et de le critiquer.

Pour le moment, les médias traditionnels ne s’intéressent pas au street art, ou s’ils le font, c’est souvent en le réduisant à Bansky. Ils sont peut-être en train de faire plus de recherches, mais ils sentent peut-être que ce n’est pas leur terrain. Je ne sais pas. Ce que je vois, c’est qu’il y a un média alternatif qui grandit en même temps que le mouvement artistique lui-même.

Nelio Argentina street art in Cordoba. Photo copyright Nelio 2014

Nelio, Cordoba, Argentina, 2014. Photo par Nelio.

 

Michael “RJ” Rushmore, éditeur en chef du blog Vandalog, a publié une étude en profondeur sur les relations entre le street art et internet, Viral Art  (e-book gratuit). Quelle est l’importance d’internet pour ton travail et en tant que professionnel ? 

Je n’utilise pas internet comme un moyen pour faire de l’art, même si j’ai réfléchi à certaines possibilités. Pour le moment, je l’utilise principalement pour partager mon travail et pour être en contact avec les autres artistes. Cela peut changer dans le futur, mais pour le moment je suis plus concentré sur créer des oeuvres que tu peux voir dans la vraie vie, que tu peux toucher. Je me sens plus souvent un artisan qu’un artiste.

Mais internet est intéressant pour montrer mon travail à un large public. Les gens ne verront pas la plupart de mes peintures dans le vrai monde, soit parce qu’elles sont cachées dans des lieux à l’abandon, soit parce qu’elles ont été recouvertes peu après que je les ai faites. Avec internet les peintures ne sont plus éphémères.

Professionnellement, internet est un très bon outil parce qu’il m’offre la liberté de travailler de façon indépendante. C’est à travers internet que je reçois des offres d’emploi. Avant internet, j’imagine que ça devait être plus difficile pour un artiste de vendre son travail. Particulièrement si, comme moi, tu n’aimes pas la partie commerciale de cette carrière, et te promouvoir. Mettre mes oeuvres sur internet m’évite d’avoir à faire tout ça.

Quand j’étais plus jeune, je m’inquiétais beaucoup au sujet de mon futur, j’hésitais sur le métier à choisir : quelque chose que j’aime et qui m’offrirait une sécurité, ou quelque chose que j’adore mais qui est financièrement incertain. La société nous apprend à avoir un vrai métier, à faire des économies, à acheter une maison et à faire toutes ces autres choses qui permettent de nous garder dans notre zone de confort. Mais avec mes nombreux voyages et mes rencontres avec d’autres gens, j’ai découvert une autre façon de penser, et de vivre. J’ai appris que c’est toujours quand tu prends des risques que ton monde s’élargit. Plus tu te confrontes à de nouvelles expériences, moins tu as peur, et plus tu peux avancer. Pour le moment, c’est important pour ma façon de vivre mais aussi pour mon art. J’ai besoin d’expérimenter et de penser toujours à de nouvelles directions où aller.

Les oeuvres collaboratives sont super pour ça, c’est mon éducation, dans la rue avec d’autres artistes. Tu peux apprendre beaucoup si tu essayes de comprendre et de compléter le travail des artistes avec lesquels tu collabores. En particulier si les artistes viennent d’un autre pays, d’une autre culture. Ce qui est intéressant avec le graffiti, c’est que c’est une grande famille. Où que tu voyages, tu peux facilement entrer en contact avec d’autres artistes. Et bien sûr internet a facilité tout ça. Tu peux découvrir le travail d’un artiste vivant à l’autre bout du monde et le contacter. Le monde devient plus petit, et les sources d’inspiration s’accroissent.

Nelio urban artwork in Arrabida Portugal street art interview. Photo copyright Nelio 2013

Nelio, Arrabida, Portugal, 2013. Photo par Nelio.

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