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Récemment, j’ai eu l’occasion de visité l’atelier de Zezão à Sao Paulo. Zezão est un street artiste brésilien qui s’est fait la main dans la pixação, une forme de graffiti unique née entre Sao Paulo et Rio de Janeiro. Par le passé, alors qu’il souffrait d’une dépression, l’artiste est notamment intervenu dans des espaces paupérisés et à l’abandon tels que les égouts de la mégalopole.

Le Flop, sa désormais célèbre signature consistant de formes organiques bleues claires, contraste avec ces lieux sombres et froids, leur redonnant un peu de vie ainsi qu’un sentiment de pureté. Depuis que ce derniers ont été découverts par les médias en 2003, Zezão a pu exposer son travail dans des villes telles que New-York, Londres, Paris et bien d’autres encore. Actif sur la scène graffiti, il produit également des photographies, des installations et des vidéos d’art.

Tout en restant très attaché à ses racines dans l’univers pauvre de la banlieue de Sao Paulo, Zezão est un artiste engagé et soucieux de l’exclusion sociale. L’Année dernière, il a recueilli un SDF toxicomane et lui donnant la possibilité de se réhabilité, soit celle de travailler et d’apprendre à produire de l’art.

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Zezão peint sur le sol en dehors de la Maison des Métallos à Paris. Photo: Zezão

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Zezão peint à São Paulo. Photo: Zezão

graffiti paris architecture brasil pixacao sao paulo street art paris underground - Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

Zezão peint à São Paulo. Photo: Fernanda Hinke © 2013

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Zezão peint à São Paulo. Photo: Zezão

Présentes-toi :

J’ai commencé à faire du graffiti en 1995, à un moment où cette pratique était encore marginale. Mais auparavant, alors skateur, je faisais des « Pixação » ( une forme de graffiti née à São Paulo ), et j’ai toujours appartenu aux mouvements urbains. Je viens de la troisième génération de graffeurs au Brésil, juste après la seconde génération avec des artistes comme Os GêmeosSpeto et Binho.

Peux-tu nous expliquer le concept du ‘Flop » ?

Le Flop provient du flow-up et du mot vicieux. C’est mon logotype. Une forme bleue, abstraite et organique avec des influences tribales, que j’utilisais pour contraster avec les territoires inhospitaliers dans lesquels j’intervenais.

 Pourquoi as-tu commencé à travailler dans les égouts ?

Le graffiti, c’est le reflet de ma vie. J’ai grandi en banlieue. Je n’ai pas vraiment fait d’études. J’ai perdu mes parents alors que j’étais adolescent, et je travaillais en tant que coursier. Je n’avais pas eu beaucoup de chance dans ma vie.

Dans les années 1990, il y avait beaucoup de répression policière au sein de São Paulo. En 1998, j’ai commencé à peindre à Moinho Matarazzo (quartier entourant l’usine du même nom, aujourd’hui devenue une favela), pour m’éloigner au plus de la répression.

Plus tard, j’ai décidé de travailler dans les égouts. J’étais déprimé, et l’endroit était déprimant, l’art me servait de thérapie. Ces endroits sales étaient parfait pour me tenir à l’écart du monde et de la répression. Je me suis fermé au monde et c’est à ce moment que j’ai le plus réfléchit sur ma vie et sur ma condition. Tout s’entremêlait. J’étais vraiment très déprimé à l’époque où je me suis retrouvé dans les égouts. Mais je n’étais pas assez courageux pour me suicider, et je me suis dit : c’est très risqué d’être ici, on pourrait me tuer. Ce trou pullulait de rats et de cafards, mais l’art m’a sauvé. Dans l’obscurité, j’ai trouvé mon chemin.

Tu travaillais dans des endroits cachés, comment as-tu été découvert ? 

En 2003, j’ai posé ma première image de graffiti sur Fotolog, je montrais aux gens : c’est ça mes graffitis ! Les gens ont commencé à me demander où les trouver, et je me moquais en leur disant « juste sous tes pieds ». Quand les médias ont découvert ce que je faisais, j’ai dû m’expliquer. A ce moment, J’ai compris que mon travail pouvait avoir un impact sur la société. J’ai décidé de devenir un « agent » même si je devais opérer de façon transgressive, mais je voulais agir dans et pour ma ville. Je leur ai montré que mon message était pacifique. Je veux être le Robin des Bois de l’art. Je vais amener l’art à ceux qui ne savent pas ce que c’est.

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Zezão peint à São Paulo. Photo: Fernanda Hinke © 2013

Qu’a changé le fait d’être découvert par les médias ?

Après cette expérience dans les égouts, j’ai ressenti le besoin de sortir hors de ces murs et d’essayer autre chose, sans pourtant avoir l’ambition d’être un artiste. Je m’intéressais au pinceau, à la peinture, au graffiti, aux installations, la vidéo, l’écriture. Je ne voulais pas tomber dans une routine. Le graff fait partie de moi, rien n’est comparable à la synergie de la rue, la performance et les risques. Mais j’ai décidé de faire quelque chose de nouveau.

Plus tard, j’ai rencontré Mariana Martins, la directrice de Choque Cultural, la première galerie spécialisée dans le Street Art au Brésil, qui essayait d’introduire des rebelles comme Os Gêmeos, Speto et d’autres au marché de l’art.

En 2004, j’ai eu une première opportunité de montrer mon travail dans une galerie, de vendre, mais je n’utilise pas de toiles, j’ai toujours peint sur des supports trouvés dans la rue. J’ai mes propres opinions. Mes racines étaient très marginalisantes, et aujourd’hui je navigue dans l’océan de l’art. Mais je sais faire le pont entre ces deux mondes.

Pour moi, le graffiti n’aura jamais sa place sur un support en toile ou dans un musée.

Quel équilibre as-tu trouvé entre une pratique d’atelier et la rue ?

J’ai 41 ans. Je réfléchis à ma vie et c’est incroyable. Je côtoyais des voyous et aujourd’hui, je fréquente des gens dans la norme. Ca faisait déjà un moment que c’était devenu une niche dans l’art contemporain, mais je respecte toujours la rue et les “maloqueiragem” (« les gars de la rue »). Je ne vais pas mordre la main qui me nourrit. Je ne veux pas peindre sur toile, la rue est toujours très présente dans mon travail et je peux voyager et on me propose de bonnes conditions pour l’aspect commercial de mon travail. J’aime mon atelier et j’aime tout autant la rue.

Le Pixação et le graffiti, c’est la même chose pour toi ? 

En ce moment, il y a beaucoup de polémiques quant à la différence entre le Pixação et le graffiti. Pour moi, les différences sont surtout esthétiques. Le Pixação et le graffiti parlent chacun de la pureté de la transgression, du vandalisme et d’art révolutionnaire. Les deux cassent les codes de mouvements plus classiques. Bon an mal an, ce sont des démarches illégales et des modes d’expression libres et explicites. Parfois il s’y dégage une beauté et ils parlent de paix, parfois ce sont des monstres qui portent des messages très agressifs. Conceptuellement, le graff et le pixação sont la même chose.

Parles-moi de Índio, le SDF que tu as « adopté » ?

C’est un moment très important de ma vie en termes de réflexions sur les valeurs. J’ai proposé à Índio, un ancien SDF toxicomane de travailler avec moi. J’explore à nouveau les concepts dans mon travail, je collectionnais auparavant des ordures, je vivais dans une favela et aujourd’hui, j’accueille quelqu’un qui vient de Cracolândia, un maloqueiragem. J’ai grandi avec cette bande de voyous.

Il me ramène des ordures. Quand je lui ai dit que j’avais besoin de têtes de lit, il en a trouvé plus de 30. Il reçoit une commission sur chaque pièce que je vends. Notre collaboration est la fois humaine et spirituelle. On s’aide mutuellement.

C’est bizarre, j’ai des préjugés sur les gens qui n’ont pas de compassion. Ok, quand je travaillais dans les égouts, c’était normal que les gens m’évitaient. Personne ne veut s’approcher des égouts. Aujourd’hui, des années plus tard, je veux adopter quelqu’un qui vient de la rue, et je veux faire de lui un artiste, et pourtant les gens ont des préjugés? C’est le vrai Zezão. C’est l’essence de mon travail, et je ne vais pas leur lancer la première pierre. J’ai des sentiments très forts pour ces gens. C’est ma façon à moi d’être un maloqueiro.

Certains des street artistes qui exposent dans les galeries, musées, les institutions, ont perdu leurs racines underground et leur pureté. Je ne dirais pas que c’est une posture décadente, au contraire, je vois ça comme une évolution. Aux yeux de la société conservatrice, on était des marginaux, maintenant on vend des toiles pour 30,000 reals (environ 10 000€, ndlr). Avant, on était des marginaux, maintenant, on est appréciés. Ce n’est pas mon cas, et même si cela peut porter atteinte à ma carrière d’artiste, je ne vais pas changer d’éthique et ce que je suis. J’ai envie de gifler tous ces faux-semblants.

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Índio (sur la gauche) et Zezão, dans son atelier à São Paulo. Photo: Fernanda Hinke © 2013

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Zezão expose en ce moment au Brésil à la galerie Athena Contemporânea, Rio de Janeiro.

En mai, Zezão se rendra à Londres sur une invitation de Cedar Lewisohn, anciennement commissaire d’exposition à la Tate Modern.

D’autres projets futurs incluent sa participation à ‘Living With Water’ à Hambourg afin de collecter des dons pour des projets environnementaux dans des pays en voie de développement.

Il interviendra également à Bales et Frankfort avec, entre autres, les artistes Os Gêmeos, Nunca and Speto.

Pour plus d’information sur Zezão,  cliquer ici.

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