OEPS Crew - street art Paris - Hama bead Copenhagen graffiti hits Oberkampf Denfert-Rochereau Butte-aux-Cailles (6)

Tout droit venu de Copenhague, la bande OEPS était à Paris ce week end, pour placer ses uniques oeuvres en perles (les perles HAMA) autour d’Oberkampf, de Denfert-Rochereau et de la Butte-aux-Cailles, avec l’aide d’Underground Paris.

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Chanoir - Alberto Vejarano - street art Paris (3)

Interview par Antoine Weber

Traduction par Pendy Holmes

Artiste colombien basé à Paris, Alberto Vejarano, mieux connu sous le pseudo Chanoir, est retourné à la rue il y a deux ans, cherchant à élargir les expressions de ses chats si particuliers. Ancien étudiant de l’Ecole des Beaux Arts à Saint-Germain-des-Prés, il est conscient des différences entre un travail de rue et un travail en studio. Descendu de sa tour d’ivoire, motivé par le public et ses amis, Chanoir travaille également avec des marques, ce qui ne lui pose aucun problème, bien au contraire, la fin justifiant les moyens, lui permettant ainsi de gagner une reconnaissance en tant qu’artiste. 

Chanoir - Alberto Vejarano - street art Paris (2)

Tu es connu pour travailler dans la rue, mais également pour vendre ton art, peux tu nous expliquer un peu comment ces deux mondes co-existent ?

C’est vrai que l’on peut dire que, pour moi, il y a deux grands moments de travail, de création : le premier à l’atelier, où j’ai suivi pendant cinq ans l’enseignement de l’Ecole des Beaux Arts de Paris, où je n’ai jamais fait de graffiti, j’y faisais du Pop, où le travail était de peindre, de penser dans une surface fermée, et de passer beaucoup de temps sur une petite toile. J’ai fait du Pop pendant presque 10 ans. L’autre façon de travailler, qui est de créer à partir de rien, était dans la rue, et ça n’a rien à voir avec le travail fait en atelier. Et je trouve un peu ridicule d’essayer de faire la même chose à l’atelier et dans la rue. Beaucoup de gens font ça, ils ont le temps, ils veulent le faire de cette façon. Mais ce que tu dois savoir, c’est que j’ai commencé dans la rue. Mon père est un artiste peintre, j’ai été entouré d’artistes toute ma vie, mais quand j’ai eu 20 ans, en 1996, j’ai pris une bombe et j’ai créé ce chat dans la rue. J’avais l’éducation, j’avais appris à dessiner, à commenter mon travail, je connaissais l’histoire de l’art, mais ce que j’ai toujours trouvé beau dans le travail de rue, c’est que n’importe qui peut créer, sans connaissance, seulement par instinct, selon ce qu’ils ressentent avec leur bombe, avec la rue et avec les autres.

Pendant très longtemps, j’ai eu deux carrières parallèles, celle d’étudiant et celle de tagueur. En fait, je n’étais même pas un tagueur, j’étais un dessinateur animalier. Ce que je veux dire, c’est que je n’utilisais pas de signature, ce n’était pas mon but de signer avec un nom, je ne voulais pas être catalogué, et j’étais inquiet par rapport à la police, donc si mon chat était différent à chaque fois, il n’y avait pas de preuve. C’est ce que j’aimais. Depuis le début, j’ai eu deux écoles : apprendre par moi-même dans la rue avec une bombe, et suivre les conseils des autres artistes et étudiants, ce qui était un travail de groupe. Mais travailler dans la rue est aussi un travail de groupe, tu regardes ce que font les autres, ça t’inspire, forcément. J’ai toujours dit que le graffiti, c’est comme un escalier. C’est plus facile de faire des graffitis que de peindre, car, dans le graffiti, personne ne se soucie du temps que tu as passé à travailler, que ce soit 10 ans ou deux ans. C’est la terrible loi de la rue, personne ne sait si ton travail est original ou pas. Tout le monde accepte juste que tout soit réinterprété par n’importe qui. La création est ouverte à n’importe qui, mais j’ai complétement conscience que ce sont deux travails très différents. Je suis resté enfermé à l’atelier pendant trop longtemps, parce que les gens voulaient acheter des peintures. J’ai passé 10 ans à peindre Chanoir, donc je connais très bien la différence entre le travail dans la rue et à l’atelier.

Cela fait deux ans que je suis revenu dans la rue, à cause du plaisir que cela apporte. A l’atelier, tu ne rencontre personne, rien ne se passe, c’est une totale introspection. Dans la rue, c’est une interaction magique, comme si dieu jouait avec toi, te donnait des idées, te confrontait au hasard. Dans le graffiti, tu sens que tu vis réellement le moment présent. J’ai même eu des révélations. J’ai fait des graffitis à St Germain des Prés, et en utilisant les bombes, tout semblait ralentir, je profitais de chaque seconde. Deux ans plus tard, ce mec nommé Scam m’a dit qu’il était là et qu’il m’avait vu. J’ai enfin compris ce que Twist voulait dire à propos du graffiti : c’est 2% d’action, et 98% de blabla autour. Parce que 10 ans après, je suis toujours en train d’en parler, avec toi. Et ça, ça n’arrive pas à l’atelier.

Dans la rue, tu es en connection avec les autres, avec ce qui t’entoure; que ce soit bon ou mauvais, tu es vraiment en train de montrer ce que tu fais aux autres, et tu crées des interactions bien supérieures à toi, car tu ne sais pas qui verra ce graffiti, tu ne sais pas combien de temps il restera là. Je dis que c’est dieu, mais tu donnes naissance à des forces bien plus importantes qu’un travail à l’atelier ou qu’une exposition. A une exposition, tu invites seulement 40 ou 80 personnes. J’ai passé un an et demi à préparer ma première grosse exposition; c’était en Colombie, et il y avait beaucoup de monde présent, mais ils passaient plus de temps à boire des cocktails et à discuter qu’à regarder mon travail. Et les galeristes s’en moquent également, ils ne veulent pas savoir pourquoi tu fais ce que tu fais, ils s’en moquent. Tu as plus de retours positifs dans la rue.

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Donc tu as passé 10 ans à peindre à l’atelier en tant que Chanoir ?

Plutôt 5 ou 6 ans.

Mais c’était plus lié à l’introspection : est ce que ça a changé ta façon de créer en tant que Chanoir ?

Oui, c’est évident que chaque petite action que je fais en tant que Chanoir est une trouvaille. On ne se rend pas compte, mais il y a un tas de trouvailles graphiques, esthétiques et techniques tous les jours. Et quand tu crées, tu choisis d’utiliser une de ces trouvailles. Quand tu travailles à l’atelier, tu as le temps de réfléchir 15 fois au dégradé, aux lignes, au contraste, à l’équilibre. De te poser un tas de questions. Mais faire du graffiti, c’est instinctif, tu le fais, et c’est bon ou mauvais, tu ne peux pas le corriger. Tu peux faire des trouvailles à l’atelier, mais également dans la rue, chaque fois que tu crées, chaque fois que tu essayes d’aller de l’avant, et la peinture et le graffiti sont tous les deux influencés par les tendances. Par exemple, les dégradés, c’est incroyable. Tu en vois partout, ça va durer quelques années, tout le monde va faire des dégradés, je vais faire des dégradés, parce que les gens aiment ça en ce moment. Il y a un an, ce n’était pas connu, et maintenant, tu as des dégradés sur la couverture du dernier album de U2. C’est une nouvelle tendance. Mais ce n’est pas vraiment de la création. Récemment, je suis allé voir l’exposition de Keith Haring, qui est l’artiste qui a eu le plus d’influence sur mon travail, et boum, j’ai recommencé à faire des lignes; ça a toujours été ma force principale. Tu ne peux pas trouver ça à l’atelier, tu dois voir une exposition.

Etre en contact avec le travail des autres est vraiment une source d’inspiration ?

A l’atelier, des capacités plastiques progressent, mais les vraies trouvailles se font dans la rue, à une exposition, ou en regardant la télé, des dessins animés ou une pub. Les dessins animés ont une grande influence sur mon travail, particulièrement Gumball. C’est super fort. C’est sur des chats qui jouent au basket. Ils sont tellement expressifs ! Et Adventure time, ce sont les premiers à avoir remplacé les yeux par deux balles blanches, et c’est vraiment très intéressant. C’est ce que j’utilise dans mon travail. C’est ce qui m’inspire. Avec ces deux balles blanches, ils peuvent tout faire. Je pense que 90%, même 99% des personnages n’ont pas d’âme. Ils sont vides. Mais un mec d’Adventure time ne fera jamais un personnage sans âme, il sait comment faire. C’est minimaliste, simple, basique. Et ils peuvent transmettre beaucoup d’émotions. C’est ce que j’essaye de faire. Les miens sont grincheux, déprimés. J’ai travaillé ça pendant longtemps, j’aimais bien, ça parle aux gens. Maintenant, j’essaye de m’ouvrir à d’autres émotions.

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Est ce que tu dirais que faire ressentir quelque chose aux autres est important pour toi ? 

C’est cool de pouvoir exprimer ce que tu veux. C’est la raison pour laquelle je change tout le temps. Quand ils sont grincheux, je ne vais en général pas bien. Quand ils sont heureux, tout va bien. Mais c’est trop simpliste, heureux, malheureux. Je veux trouver une palette d’émotions plus large. C’est ce que je veux faire. Je veux rentrer dans la tête des gens. C’est peut-être un problème d’égo, ou un problème de société. La plupart des graffeurs ne sont pas satisfaits avec le monde. Je ne sais pas.

C’est vrai que c’est très rare de trouver un graffeur, un tagueur, qui dit qu’il aime le monde, il le critique en général. Je ne sais pas si c’est de l’égo. Peut-être juste une façon de dire J’existe.

C’est la question d’unité, quand tu trouves ton monde. Moi, c’est Chanoir. Tu as ta propre identité, et c’est seulement à toi. C’est magnifique. Quand tu vois un Keith Haring, tu te dis, c’est la main de Keith Haring. Et peut-être que le mec était un connard. Mais ça n’empêche, son travail est magnifique. C’est plus que de l’égo. Les gens veulent revendiquer qui ils sont.

J’ai lu récemment un article dans lequel tu disais que ton art est apolitique. Mais tu es inspiré par des artistes politiquement et socialement engagés, comme Keith Haring. Et tu dis être apolitique, mais n’est ce pas politique d’aller faire un graffiti dans un lieu public ?

Quand je dis apolitique, ça veut dire qu’en général, je ne suis pas associé à un parti politique, à la différence d’autres tagueurs. Je n’ai aucune revendication, je ne veux pas changer la société. C’est ce que je veux dire; je n’ai pas de réponse à apporter. Quand Keith Haring dénonce le sida ou les drogues, c’est de la publicité. Je ne sais pas, peut-être qu’on lui a demandé ce qu’il voulait défendre. Peut-être que si j’avais des causes à défendre, je ferais la même chose. Mais je n’en ai pas. J’ai peint un petit chat noir à roulettes pour une amie qui a créé une association pour handicapés, c’est gratuit. Je veux bien faire de la politique, mais quand c’est intéressant. Je dis apolitique, parce que, pour moi, quand tu risques ta vie pour taguer quelque part, c’est politique. Ce n’est pas ce que je fais. Moi, c’est ludique.

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Est ce que c’est lié à ta condition ? Toutes les personnes dont tu parles sont en conflit.

En effet, je n’ai pas vraiment de conflit. Je ne peux pas me plaindre, parce que même si je ne suis pas millionnaire, je peux faire vivre ma famille. Et je suis parfaitement ok avec ça. Je n’ai pas de raisons de me battre. Mon père a été un artiste pendant 40 ans, il n’aura pas de retraite, il n’est pas millionnaire, maintenant il vit en Colombie. J’ai décidé de ne pas faire partie de la Maison des Artistes, de ne pas demander de logement à la ville de Paris, je veux gérer ma vie, payer pour tout par moi-même. Je suis peut-être un capitaliste, un self made man à l’américaine. Je ne veux pas que les gens disent que je reçois des avantages et que je suis le toutou de la ville de Paris. Pour moi, un sou est un sou. On fait les choses au fur et à mesure. Je veux ma liberté. Et même si je dois payer pour ça, au moins je peux faire ce que je veux faire. C’est ma façon de voir les choses. Et j’espère que le jour où j’aurai du succès, je ne serai pas taxé à 90%.

Politiquement, j’ai eu une éducation socialiste. Ma famille est bourgeoise, mais a choisi d’être très pauvre. J’ai pour grand père un directeur de clinique, et pour père un hippie.


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Comment parviens tu à trouver ta place dans cet entre deux ?

Très difficilement. Mon chat, très mignon et très attirant, n’est pas ce que les gens veulent. Ils veulent du réalisme. Ils ne connaissent rien à l’art, ils pensent que c’est quelque chose qui doit être bien fait, car ils ne savent pas dessiner. Ce qui a du succès, ce sont les oeuvres très réalistes, un peu politiques, un peu sociales. C’est ce qu’est l’art pour eux. Les gens comme moi, ou Pez, qui dessinent des petits bonhommes, ne sont pas reconnus comme des artistes. Maintenant, tous les artistes de rue que j’aimais font des choses plus classiques. Comme Buff Monster, ou JR. Ces mecs sont si accessibles qu’ils deviennent célèbres en un an. Pour moi, c’est très difficile d’être reconnu, à moins que je ne fasse une BD qui devienne numéro un des ventes. C’est pour ça que je me bats, pour atteindre les gens. Il y a du travail, mais on leur fera comprendre ce qui est mieux.

Que ressens tu quand ton travail est décrit comme naïf ou instinctif ?

Dans l’art tribal, australien, africain, ils utilisent des formes très simples, mais ça reste magnifique. Je suis un grand fan de Keith Haring, des arts premiers. C’est minimaliste, et c’est bon. Je ne veux pas être le mec connu pour ses qualités techniques. Il y en a d’autres, comme Speedy Graphito. Je vais travailler avec lui dans une semaine, mais j’ai une critique à faire. Speedy Graphito est très bon. Il a une culture suffisamment large pour atteindre tout le monde. Il essaye de faire passer un message. C’est du Pop. 
Je suis fatigué de tout ça. Je ne comprends plus Andy Warhol. C’est de la beauté plastique. 
J’ai plus de respect pour le mec qui dessine Gumball que pour un tas d’exposition. Mais je peux être très sensible. La dernière fois que j’ai été impressionné par une peinture, c’était à l’exposition des Romantiques allemands, un petit tableau de 60 par 80. C’était un château médiéval de nuit, du 18ème siècle, avec tout le mysticisme des temps anciens. Ce château était plus impressionnant que tout le film Dracula de Coppola. C’est du génie. C’est un vrai artiste. Il peignait seulement des églises gothiques vides, des châteaux médiévaux, mais il y mettait tellement de terreur, c’était sublime. Tu n’as pas besoin de raconter une histoire, c’est ça la vraie force de l’artiste, c’est magique, tu comprends plus qu’en lisant 300 pages. C’est de l’émotion.

J’ai lu que ton travail cherche à désintellectualiser l’art.

Non, j’essaye d’être une page blanche. Je travaille avec mon instinct. Speedy Graphito intellectualise beaucoup. Comme McSolaar. Parfois, tout ce que tu veux, c’est être bête et simple. J’aime beaucoup les trouvailles intellectuelles, mais parfois elles ne sont pas brillantes. Quand tu as quelque chose de brillant, comme ce peintre allemand, c’est une avancée. 
Il y a une théorie très simple pour savoir si tu fais de l’art et ce qu’il vaut : 10 points pour la plastique, et 10 points pour l’histoire, l’intérêt. La plupart du temps, j’ai 0 point pour l’histoire. Je ne sais pas quoi raconter aux gens. 
Et tu ressens les intentions de l’artiste. Et plus il est bon, plus tu aimes. Il y a un artiste américain, il fait des portraits, comme Le Prince de Bel Air, son style est affreux, mais tellement personnel, qu’au début tu penses que c’est mauvais et qu’au bout de trois fois tu es impressionné. 
Les meilleurs artistes sont ceux que tu n’aimes pas au début et que tu finis par adorer.

Certains artistes de rue vont utiliser des codes bourgeois, comme Swoon, elle vit entre deux trains mais son travail est très minutieux. Parfois, j’ai du mal à comprendre les artistes et leur travail. Je ne sais pas si ce sont seulement les tendances graphiques qui font du graffiti.

Donc il n’y a pas besoin d’avoir un message derrière un graffiti ?

Quand tu proposes un message et que les gens ne le comprennent pas, ou mal, c’est pénible. Je préfère les gens qui n’ont pas de message. 
Parfois, c’est mieux d’être bête, sale et méchant sans message, si tu es authentique. J’aime l’authenticité, même si c’est laid, au moins, c’est toi.

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Tu as gagné de l’argent en travaillant avec Samsung, Cacharel et Streets Hôtel, est ce que tu considères que c’est toujours authentique ?

C’est différent. Un graffeur veut devenir célèbre. Il veut être vu. Le jour où Samsung m’a demandé de faire des coques, j’ai dit oui, car c’est un objet “street”, tu te balades avec, tu le vois. Je fais la même chose que dans la rue, sauf que les gens peuvent l’avoir. L’idéal est d’avoir des produits accessibles avec ton art dessus.

Est ce que le but premier est de gagner de l’argent ou de te faire connaître ?

Ce qui m’a le plus excité, c’était d’être exposé à la Conciergerie. C’était la première fois que j’étais reconnu en France. C’est la raison pour laquelle des gens travaillent avec Monoprix. C’est super quand les gens aiment ce que tu fais et veulent travailler avec toi. C’est ce que veut tout graffeur.

Mais il y a des graffeurs, en général politiquement engagés, qui ne veulent pas être approchés par des grosses compagnies et qui auraient l’impression de se prostituer.

Oui, tu ressens toujours ça. Tu dois vendre ton travail, c’est de la prostitution. Avec une galerie, tes amis, l’atelier, un musée, tu te vends. Tu dois l’accepter, même si c’est moche. Tu peux perdre ta propre estime. Tu es comme une putain. Parce que parfois, avec une vente, tu peux vivre plusieurs mois. On est tous des putains.

Et à propos de Nasty, qui a travaillé plusieurs fois avec Monoprix ?

Déjà à l’époque, Nasty était différent, il travaille la moitié de l’année dans une boite de pub. S’il ne le fait pas, qui le fera ? Il a toujours surfé sur la vague du Pop commercial. Je suis très content pour lui. Les gens sont snobs. Si tu aimes le travail de Nasty, tu l’aimeras que ce soit sur Monoprix ou sur Gucci. J’aurais aimé travailler avec Monoprix, j’aurais atteint beaucoup de gens. C’est un bon moyen de savoir si les gens aiment ce que tu fais. 
L’art aujourd’hui est transversal. Il est à tout le monde, pour celui qui le fait, même s’il copie un autre artiste. 
Les galeristes et les producteurs sont devenus les artistes, parce qu’ils ont l’argent et les idées. Ils ont le contrôle.

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Interview menée à la galerie Greenwood.

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Site de Chanoir, ici.

Michael de Feo "The Flower Guy" New York street artist Paris graffiti art urbain - Underground Paris. Photo : copyright 2014 Jess Zimmerman

Ecrit par Jess Zimmerman:

Traduction par Pendy Holmes

Michael de Feo se sent aussi à l’aise en cherchant les ennuis avec la police d’Amsterdam qu’en critiquant le jargon du monde de l’art. Cet artiste à multiples facettes – travaillant moitié dans la rue, moitié pour des galeries – parvient à rester sur la fine ligne de démarcation entre le prétentieux monde de l’art et le moins affecté monde de la rue.

De Feo vient à Paris avec une mission qu’il a répétée de très nombreuses fois auparavant : peindre des fleurs. Ce n’est pas vraiment surprenant pour un artiste qui travaille sous le pseudonyme “The Flower Guy”, et ce depuis vingt-deux ans.

Cela doit-il imposer le respect ou devrions-nous nous interroger sur sa santé mentale ? La vraie question est plutôt : voir ses fleurs devenues une icône lui donne-t-il envie de les jeter ? Bah voyons ! Ce new-yorkais reste fidèle à la plante qui l’a rendu célèbre.

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Jorge Pomar art exhibition Paris street art graffiti interview Le MUR Oberkampf. Photo by Demian Smith copyright 2014

Des animaux aux contours naïfs arborant des armes, peints sur un mur public à Paris ? Une conversation avec l’artiste argentin Jorge Pomar (AMOR), nous révèle le peu d’anxiété ressenti concernant le contraste de tels images.

Venu à Paris pour peindre Le M.U.R. – l’ancien panneau publicitaire de trois mètres par huit, situé dans le 11ème, et alloué par la ville de Paris pour la promotion de l’art urbain -  sa dernière œuvre, ci-dessus, enfantine et colorée, véhicule en fait un message bien plus sombre, proche du message de son exposition à La Friche en 2013, un espace d’exposition à Belleville.

Les joyeaux rayons de soleil de l’œuvre de Pomar, créée sur Le M.U.R., peuvent vous attirer, mais ce graffiti n’a rien d’un jardin d’enfant. Préparez vous à vous confronter à la dure réalité !

Ci dessous, notre rencontre avec Pomar :

Jorge Pomar art exhibition Paris street art graffiti interview Le MUR Oberkampf. Photo by Demian Smith copyright 2014Sous commission, Jorge Pomar peint le célèbre espace Le M.U.R. dans le quartier vivant d’Oberkampf, dans le 11ème. Photo : Demian Smith © 2014.

(Ci-dessus) Jorge Pomar utilise une imagerie naïve afin d’attirer l’attention sur des causes plus sérieuses, comme le capitalisme et le commerce des armes.

Jorge Pomar art exhibition Paris street art graffiti interview Le MUR Oberkampf. Photo by Demian Smith copyright 2014

Jorge Pomar en train de peindre à Le MUR (détail). Photo : Demian Smith © 2014.

Jorge Pomar art exhibition Paris street art graffiti interview Le MUR Oberkampf. Photo by Demian Smith copyright 2014

Interview par Jessica Zimmerman :

Comment avez-vous débuté dans le monde du ‘street art’ et du graffiti ?

Ce qui m’a motivé, c’est à quel point il est facile de dire des choses dans la rue, à quel point il est simple de se connecter avec les autres. L’espace commun que nous partageons est le meilleur espace pour travailler. Lorsque vous voulez dire quelque chose la meilleure façon est de le faire dans la rue, comme les publicités.

Jorge Pomar Catálogo de armas Buenos Aires street art graffiti interview Le MUR Oberkampf (4)

Catálogo de armas, AMOR, Buenos Aires, 2014.

Votre travail est-il mis en place volontairement pour atteindre les gens ? Pour transmettre un message précis ?

Oui, mais ces jours-ci je réfléchis beaucoup à ce sujet. La grande question est : qu’est-ce que je veux dire exactement ? Cela doit-il être quelque chose de positif ? Peut-être un message autour du changement ? Ou est-ce plus simple que ça… que je n’ai pas de message spécifique mais, que je fais tout ça parce que j’aime dessiner ? Je pense que je suis entre ces options, parce que je les aime toutes. Peut-être que cela dépend de l’endroit et du contexte, ainsi que des personnes qui vont voir la l’œuvre.

Mes travaux les plus récents sont au sujet des armes et des entreprises qui confectionnent des armes à feu. Des pays comme la France, par exemple, produisent des voitures, du vin, du fromage… et des armes. C’est un autre volet de l’industrie ; ils vendent des armes à tous les pays du monde pour tuer leur peuple. Je ne peux pas trouver un sens à cela. Et je n’aime vraiment pas cela.

Donc, vous prenez une position particulière à ce sujet ?

Oui, bien sûr, mais je ne sais pas si ça va changer quoi que ce soit. Il existe la possibilité qu’en exprimant quelque chose, ou même en le dénonçant, je puisse faire changer quelque chose, mais je n’en suis pas sûr.

De façon générale, diriez-vous que vous avez un message ou une philosophie derrière votre travail ?

Quand j’ai commencé à peindre, j’ai commencé à faire des graffitis comme tout le monde, je voulais communiquer mon identité. Cette scène est tout au sujet de la création d’un nom. Mais après quelques mois, je me suis rendu compte qu’il n’y avait absolument aucun sens à répéter simplement mon nom, seulement pour dire bonjour. Il est inutile de dire simplement “Jorge Jorge Jorge”. J’ai décidé que je voulais dire quelque chose de plus transcendant, c’est comme ça que j’ai commencé à écrire le mot « Amor », ce qui signifie l’amour, et ce qui m’a ouvert beaucoup de portes. Peut-être que c’est un peu « cursie » – un mot très spécial en espagnol – une façon un peu kitch et un peu niaise pour dire adorable. Mais parfois je me sens comme ça. D’autres fois, je sens qu’il y a une plus grande responsabilité dans l’écriture de ce nom, mais je suis à l’aise avec ça. Je pense que c’est important d’exprimer ce qu’on veut dire dans la rue et si ce message arrive à être positif, tant mieux.

Amor street art Buenos Aires graffiti artist interview

Buenos Aires, 2014.

Alors, maintenant sous le nom « Amor », vous dessinez des armes ?

Oui et c’est un grand contraste n’est-ce pas ? Une grande différence, mais je n’ai pas de problème avec cela, parce que cela fait partie du même langage. Les armes viennent de la haine et la haine est le contraire de l’amour, donc ça me semble de tout à fait normal. Mais je comprends que ça puisse paraître un peu bizarre, un gars qui répète “love love love”, et ce n’est pas un message d’amour envers les armes à feu, c’est le contraire, mais j’aime ce contraste.

Dans mes travaux les plus récents, il y a quelques personnages spécifiques qui ont évolué autour de ce thème. Ce sont tous des animaux très innocents et naïfs : ours, lions, tous dans des couleurs pastel pour donner un effet ‘jardin d’enfants’. Mais ils portent des fusils. Il n’existe aucun moyen pour qu’un animal puisse porter une arme, surtout pas un animal innocent, donc j’aime créer une sensibilité un peu étrange, une image qui vous fera réfléchir sur l’utilisation de ces armes.

León con botas street art Buenos Aires graffiti artist interview

“León con botas”, Curuzú Cuatiá, Provincia de Corrientes, Argentina, 2014.Gato con botas street art Buenos Aires graffiti artist interview

“Gato con botas”, Argentina.

Je suis heureuse que vous parliez les animaux, je voulais vous poser des questions sur l’imagerie que vous utilisez. Il y a des animaux, un côté figuratif, mais aussi quelque chose de plus abstrait …

Durant cette dernière année, j’ai essayé de formuler une déclaration sur l’esthétique de mon travail. J’essaie d’utiliser des animaux, des abstractions, des formes géométriques, des villes, des plantes et des éléments biologiques pour ouvrir autant de portes que possible. Quand je suis en face d’une nouvelle peinture je fais exactement ce que je ressens sur le moment, mais il est parfois préférable d’avoir une ligne claire à suivre. Je pense que je suis à ce point où j’ai besoin de localiser cette ligne et de la respecter pendant quelques mois, pour accomplir une série de travaux qui sont plus responsables et propre à un seul sujet.

Y a-t-il une valeur symbolique particulière derrière les images que vous choisissez?

Oui, bien sûr, bien sûr. Elle dépend aussi du lieu et de pourquoi je suis en train de peindre. Par exemple, si je travaille sur une commission, je ne vais pas peindre des animaux avec des fusils, je vais choisir quelque chose de plus drôle et de plus innocent, comme les plantes. Tout le monde aime les plantes. Je suis payé et c’est super, merci, au revoir.

Si je travaille sur un mur abandonné alors je ferai tout ce que je ressens sur le moment. Et en ce moment, c’est des animaux. Des animaux avec des fusils.

Il est clair que le contexte est très important pour vous.

Parfois, quand je fais du graffiti, seulement du graffiti, je ne m’inquiète pas du contexte. Il s’agit simplement de m’amuser et de marquer un territoire ; une présence symbolique. Il peut aussi fonctionner comme un logo ou une marque et dans ce contexte particulier, je peux réutiliser la même esthétique. Mais ça reste du graffiti, rien de profond.

Vous avez une pratique extérieure très développée et très complexe, mais vous avez aussi votre travail réalisé sur papier, est-ce que vous les voyez comme deux pratiques distinctes ? S’informent-elles mutuellement ?

Je pense qu’il y a une grande différence. Tous les sujets sont liés d’une certaine façon, mais le papier en lui-même est un sujet à part, où je peux dessiner de façon abstraite, faire du lettrage, ou même commencer à dessiner des voitures des années 80. Peut-être que cela n’a aucun sens logique, mais beaucoup de gens voient des liens entre mon travail à l’extérieur et à l’intérieur. Je ne le vois pas encore, mais essentiellement j’essaye de créer un monde complet à travers ces deux formes de pratiques.

Une sorte de monde miniature ?

Exactement, un monde personnel. Avec beaucoup d’éléments très différents, mais faisant tous partis du même monde.

Serait-il juste de dire qu’avec vos œuvres sur papier et dans la rue, vous créez un univers personnel ?

Exactement. C’est exactement ça. Tous les éléments, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, existent dans la même réalité.

Marfa, Plumas & Amor street art Buenos Aires graffiti artist interview

“Marfa”, Plumas & Amor, Buenos Aires, 2013.

Maintenant une question complètement différente : qui vous inspire?

Il y a beaucoup d’artistes, mes amis de l’Argentine, les membres de mon groupe, des ordures dans la rue, PixaçaoJoan MiróHorphée, et beaucoup d’écrivains Français.

Les livres pour enfants jouent également un rôle important dans mon travail. J’adore l’imagination enfantine. Plus précisément, je pense que le livre Moon Man par Tomi Ungerer, illustrateur français, est incroyable.

Je regarde aussi Heráldica, qui est l’étude des boucliers médiévaux. Je suis aussi très intéressé par le Moyen Age et cette époque où toutes les familles avaient leurs propres boucliers conçus avec des éléments symboliques spécifiques. Je trouve ça fascinant et si mystérieux. Ce fut un moment sombre de l’Histoire, tous ces châteaux et ces éléments mystiques.

Patricio, 19 pájaros y Mu street art exhibition Buenos Aires graffiti artist interview Underground Paris

“Patricio, 19 pájaros y Mukenio”, Plumas & Amor, Buenos Aires, 2014.

Amor & Plumas street art Wynwood Walls graffiti artist interview

Plumas & Amor, Wynwood, Miami, 2013.

Pouvez-vous nous parler un peu de vos publications ? Il y a trois livres distincts, en quoi sont-ils différents ?

Le premier a été fait avec mon amie Nadia Patrian, chez Jellyfish.

Cela parle de la magie et du mysticisme. Elle a sélectionné une vingtaine d’artistes argentins, américains et européens dont le travail correspondait au sujet, pour créer un gros livre, très coloré et publié en couverture rigide. J’aime énormément le travail qu’elle a réalisé. Le deuxième livre est une collection de photos que j’ai faites avec quelques amis quand nous avons pris un cours de photographie dirigé par le photographe argentin Guillermo Ueno. Le livre n’a pas de texte, seulement des images.

Le dernier livre que j’ai publié était avec P. Vector Codierer, un très bon ami de Berlin qui a vécu en Argentine quelques mois. C’est un écrivain, un très bon écrivain. Il a réalisé de nombreux travaux en Allemagne et en Argentine avec un style très particulier. C’est un gars délirant et nous avions donc décidé de faire un livre sur une grande mosquée en Argentine. Nous avons commencé à développer un concept autour du graffiti arabe, en partant du principe, qu’à la base, le graffiti est quelque chose d’occidentale qui vient de l’alphabet grec. Vous pouvez lire à gauche à droite, mais en arabe vous lisez de droite à gauche et avec le lettrage, vous ne pouvez pas le comprendre, sauf si vous parlez la langue. Alors, on a choisi la mosquée parce que c’est un endroit incroyable et si mystérieux.

Jorge Pomar art exhibition Paris street art graffiti interview Le MUR Oberkampf Buenos Aires street artist (28)

Jorge Pomar art exhibition Paris street art graffiti interview Le MUR Oberkampf Buenos Aires street artist (25)

‘Orientaliste’, le zine de graffiti réalisé avec l’artiste Berlinois, P. Vector Codierer.

A-t-il été bien reçu ? Quelle a été la réaction du public ?

Il a été très bien reçu, les gens étaient vraiment intrigués par son côté inconnu et c’est devenu un livre très étrange en effet. Nous n’avons fait que cinquante copies, de cette façon seulement quelques personnes possèdent le livre. Nous avons également fait une grande présentation pour le lancer, qui a rassemblé beaucoup de monde. Les gens étaient curieux parce que c’était quelque chose de très bizarre, mais très sérieux en même temps. C’est incroyable de voir comment, en l’espace de quelques mois, vous pouvez partir d’une idée et avoir la version finale, réalisée dans votre main.

Quelle est la différence principale entre la production d’art pour un livre et celle pour la rue ?

Le principal facteur est le temps. Créer un livre peut prendre une année ou plus. La création d’un graffiti prend un ou deux jours, peut-être juste quelques heures. Faire de la peinture dehors est une expérience immédiate ; c’est vivre dans l’instant, alors que le livre est un procédé beaucoup plus lent.

L’idée de faire un livre avec seulement des images me semblait un peu étrange parce que j’aime écrire, et je pense que le dialogue entre le texte et les images, si c’est bien fait, peut-être vraiment intéressant. Peut-être que la prochaine fois, je vais faire une œuvre sur ces textes manquants, avec une image ajoutée sur le côté.

“Where Da Track At”, AMOR.

SAMOR street art exhibition Buenos Aires graffiti artist interview Underground Paris

“SaMoR”, AMOR and SAM, 2011.  

Quelle est votre ville préférée pour travailler ?

Buenos Aires, parce que c’est ma ville et je la connais très bien. Je sais où aller, à quel moment et comment se comporter. C’est peut-être même plus important que l’endroit ; le comportement. L’attitude est probablement la chose la plus importante dans le monde de la rue. Buenos Aires est aussi une ville très relax, il y a beaucoup de personnes qui reçoivent bien le graffiti et le street art, pas comme dans d’autres parties du monde où les règles sont si strictement imposées.

Donc, vous avez moins peur des conséquences et de vous faire prendre à Buenos Aires?

En fait, aujourd’hui, j’ai moins peur de me faire prendre n’importe où. Aux États-Unis je suis toujours nerveux, parce que les règles sont si strictes. C’est très facile d’y avoir une très mauvaise expérience. À Buenos Aires c’est très simple, vous pouvez parler à la police comme à un être humain. Vous pouvez expliquer ce que vous faites. Aux États-Unis, je ne pense pas que vous pouvez parler à la police à cause de leurs préoccupations autoritaires. Mais je comprends cette préoccupation, parce que c’est le genre de société qu’ils veulent et c’est la façon dont ils fonctionnent. Je ne sais pas si c’est bon ou mauvais, mais parler est la meilleure façon de communiquer, si vous pouvez y arriver bien sûr.

Orbita antigua de la luna Amor street art Buenos Aires graffiti artist interview

Orbita antigua de la luna (Old orbit of the moon)”, Buenos Aires, 2014.

Naive graffiti street art Brazil by Buenos Aires graffiti artist interview

“A verdadeira fortaleza se encontra dentro de nos”, Festival “Concreto”, Fortaleza, Brasil, 2013.

Et pouvez-vous comparer Paris à Buenos Aires ?

Il y a beaucoup de peintres ici, je pense que les gens commencent peut-être à en avoir marre. Peut-être que non… Mais il y a tant d’artistes qui ont eu une présence si forte depuis les années 90. À Buenos Aires, c’est quelque chose de nouveau, donc avec cette fraîcheur vous pouvez faire quasiment ce que vous voulez et c’est toujours une innovation. Ici, je ne sais pas, il y a une sensation différente. Peut-être que vous avez besoin de demander la permission avant de peindre plus qu’à Buenos Aires. Il y a beaucoup plus de règles et des règles différentes auxquelles je ne suis pas habitué. C’est plus bureaucratique je pense ; et comme dans toutes les villes, la bureaucratie est présente partout, en particulier dans le mouvement dont nous parlons et dans la question de l’espace public et privé.

Hier à Atlanta j’en discutais à un festival, Living Walls. Il y avait de nombreux artistes du monde entier, certains très connus, qui venaient pour la création d’œuvres murales gigantesques. J’ai peint lorsque j’étais là bas, mais je n’ai pas participé directement. Beaucoup de gens aiment ça, mais il y en a encore beaucoup qui sont toujours opposés à l’art public. Ils voient cela comme quelque chose de très envahissant. Je trouve que c’est stupide parce qu’ils se plaignent de quelqu’un qui vient de peindre un mur, mais c’est seulement de la peinture. Peut-être qu’à côté du même mur, dans le coin, il y a un gars sans-abri, ou peut-être dix gars sans-abri qui demandent de l’argent pour manger, ou pour nourrir leurs enfants, mais les gens ne voient que la peinture. Ils ne voient pas la pauvreté, ils ne voient pas les autres gens.

C’est quelque chose de très fréquent à Buenos Aires, ces vieilles dames riches qui se plaignent tellement quand je fais de la peinture dans la rue qu’elles appellent la police. Alors, la police arrive et j’explique que j’ai la permission et puis ils s’en vont immédiatement. Mais les vieilles dames continuent de se plaindre. Je voudrais leur dire, c’est seulement de la peinture ! Ne vous inquiétez pas, occupez-vous plutôt de vos affaires, de votre vie. Ou si vous voulez vous plaindre, utilisez cette énergie pour aller acheter du riz pour ce gars qui est en train de mourir dans la rue. Je pense que la situation se répète dans chaque ville. Je pense que nous sommes très ignorants, et parfois, très stupides.

Donc vous voulez réveiller les gens un peu ?

Honnêtement, je ne sais pas si c’est possible, mais je veux faire ce que je peux. Se réveiller est très difficile, même pour moi-même, il est difficile de prendre conscience de certaines choses.

Donc vous pensez que nous avons tous besoin de nous réveiller ?

Absolument. Je pensais à tout ça dans l’avion en quittant Atlanta … le monde est vraiment foutu en quelque sorte. Je me demandais dans l’avion, où vont toutes ces personnes une fois débarquées à l’aéroport ? Et les déchets de l’avion, ils vont où ? Quelqu’un m’a donné trois gobelets en plastique, je n’ai besoin que d’un seul, pas trois. Ils jetaient toute cette merde dans un sac. Je me demandais combien d’avions voleront par jour et quelle quantité de déchets ils vont jeter, et combien de dollars chaque personne a donné à ces entreprises. Je ne sais pas, nous sommes dans un moment très unique ici dans le 21e siècle. La guerre est toujours là, la pauvreté est toujours là, la différence… L’individualité, le matérialisme … Tout ce qui se passe avec tous ces aspects à la société. Parfois je me sens inquiet à ce sujet, mais après j’oublie.

Oublier, est-ce un acte pessimiste ou optimiste ?

Parfois, je ne sais pas si c’est bon d’oublier. Parfois, c’est cool, parce que vous ne pouvez pas vivre avec ces pensées lourdes, tout ce genre de pensées que j’ai là, maintenant. Alors je pense parfois que je préfère aller dormir et ne jamais me réveiller. Peut-être que j’ai besoin de ça, comme tout le monde, sauf si vous êtes Gandhi ou Mère Theresa ou quelqu’un comme ça.

Est ce que vous pensez qu’on se dirige vers une implosion et qu’à la fin on sera vraiment foutus, ou est ce qu’on va réaliser qu’on doit changer les choses rapidement ? Et que peut-être ça peut s’améliorer ? 

Je pense à ça tout le temps. Je ne sais pas comment ça va se développer. Plus probablement, on va continuer dans la même direction, plus de consommation, plus d’ignorance. Peut-être que quelques personnes, des artistes, des pacifistes, quelques groupes politiques, vont changer un peu, mais je pense que la plupart des gens vont continuer sur le même chemin. Je ne sais pas, je regarde la façon dont nous avons évolué en tant qu’êtres humains. Je suppose que le temps nous le dira. Oui, c’est toujours comme ça, le temps nous le dira. Le temps est très sage.

Pendant que vous êtes à Paris, espérez-vous réaliser beaucoup de travail?

Oui, même si je suis venu ici d’abord pour faire Le M.U.R. Avant d’arriver, j’ai contacté beaucoup d’artistes parisiens, comme Sonic. Il y a beaucoup d’autres murs que je veux faire. En fait, je veux faire un mur par un jour. Ça doit être comme ça cette fois, je ne suis pas ici pour faire du tourisme. Pas cette fois, c’est une question de travail.

Proyecto Tenis, Gomo & Blem & Amor street art exhibition Buenos Aires graffiti artist interview Underground Paris

“Proyecto Tenis”, Gomo & Blem & AMOR, Buenos Aires, 2010.

Creo & Amor, Buenos Aires street art exhibition graffiti artist interview Underground Paris

Creo + Amor, Buenos Aires, 2012.

 ”Pixoamor”, AMOR graffiti à Buenos Aires.

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Jorge Pomar’s site, ici.

Nelio street artist paints Le M.U.R. XIII, Paris 13th Arrondissement graffiti mural wall

Translation par Pendy Holmes:

Jusqu’à récemment, Nelio était à Buenos Aires. Il y a vécu et travaillé pendant 5 mois, apprenant l’espagnol, collaborant avec des artistes locaux, et profitant du soleil loin du froid de l’Europe du nord. Il vient juste de terminer de peindre Le M.U.R., dans le 13è arrondissement de Paris, photo ci-dessous, le second espace dédié à l’art éphémère de la ville.

Voici son interview, faite à Buenos Aires, dans laquelle il explique son passé artistique et ses influences, son expérience à peindre en Amérique du Sud et en Australie, comment internet lui a permis de vivre de son art, et sa conception du street art.

Merci à Kasey Kinsella pour son aide durant l’interview. 

Quel est ton bagage artistique ?

J’ai toujours aimé dessiner, et à 13 ans mon cousin m’a fait découvrir le graffiti, qui m’a vraiment intéressé ; à 14 ans, j’ai commencé à créer des t-shirts, j’ai appris la sérigraphie, qui influence encore ma peinture, à travers l’utilisation de quelques couleurs uniformes.

En jouant avec les lettres, les formes et les couleurs, je me suis intéressé au graphisme, que j’ai étudié pendant quelques temps à l’école, et j’ai rapidement commencé à travailler en tant que graphiste freelance. Ce n’est que plus tard que je me suis tourné vers l’illustration, la photographie et la peinture.

Après avoir étudié pendant un an, j’avais envie de voyager et d’être indépendant, et j’ai arrêté mes études pour aller apprendre l’anglais dans l’ensoleillée Australie. Pendant que j’étais là-bas, j’ai rencontré d’autres jeunes artistes, et j’ai réalisé que je pouvais vivre de ma peinture. Je me suis également rendu compte que l’Australie soutient beaucoup plus l’art que la France. J’ai gagné en confiance, et je me suis intéressé au but du graffiti au lieu de juste écrire mon nom. J’ai commencé à réfléchir au message à transmettre et à l’impact de mon art.

Quand as-tu commencé à créer un message au lieu d’écrire des lettres ? 

Quelque part entre 2004 et 2005, je travaillais sur un projet avec des personnages fortement imbriqués les uns dans les autres, les yeux de l’un formant par exemple la bouche de l’autre. C’était la première fois que j’étais content du message, et c’est à ce moment que je me suis senti prêt à partager mon travail avec les autres et à le rendre public. Avant ça, je peignais principalement dans des endroits à l’abandon, et le long des autoroutes.

Nelio with Carlos Paz graffiti in Argentina. Photo copyright Nelio 2014

Nelio, Carlos Paz, Argentina, 2014. Photo par Nelio.

(Haut) Nelio à Le M.U.R. XIII, 2014. Photo par Nelio

Ta première expérience du graffiti a donc été dans des endroits à l’abandon plutôt que dans les rues ? 

Oui, j’ai grandi dans une très petite ville, sans immeubles, et les maisons ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour taguer. J’aimais également l’atmosphère des endroits à l’abandon, en quelque sorte hors du monde réel. C’était bien de s’y entraîner. C’est seulement lorsque j’ai déménagé dans une plus grande ville et que je me suis senti plus à l’aise avec mes peintures que j’ai commencé à le faire dans les rues. Taguer est devenu une drogue, j’étais un addict du graffiti.

Avec cette nouvelle façon de peindre, ce nouveau ressenti, c’était plus intéressant pour moi de peindre seulement pour l’action plutôt que pour le résultat ; ça a changé ma façon de peindre. Quand je vais dans des lieux à l’abandon ou que je suis payé pour effectuer des fresques, je peux y passer quelques heures, un jour entier ou même plusieurs jours parfois, car je veux faire de mon mieux. Mais retourner dans la rue est vraiment excitant, la rapidité est comme un sport, comme une dance. J’en ai besoin.

J’ai peint mes premières fresques dans des usines abandonnées en 1998, et je suis devenu plus actif dans les rues en 2005. Au début, j’avais peur de choquer le public, puis je m’en suis moins soucié. Lorsque j’ai commencé à travailler dans les rues, j’ai développé la capacité de dire ou d’exprimer ce qu’il y avait en moi au public.

Si les gens se mettent en colère, je me dis juste que c’est seulement de la peinture sur un mur, pas de quoi en faire une montagne. Je pense que les rues devraient être pour tout le monde, et que c’est mieux avec des couleurs, des formes, des lettres, que seulement des murs gris ou avec de la publicité, mais j’ai encore du respect pour certains endroits. Même si ce n’est pas ma priorité principale quand je pars taguer, j’essaye souvent de rendre un endroit plus joli qu’avant. Cependant, “la beauté est dans l’oeil de celui qui la contemple”, et certaines personnes n’aimeront jamais les peintures illégales.

Nelio street art in Moscow Russia 2013 graffiti artist interview

Nelio, Moscow, 2013. Photo par Nelio.

Dis nous un peu plus comment se développe ton art.

Ce que je fais maintenant est juste l’évolution de mes peintures de départ. C’est toujors connecté avec les personnages dont j’ai parlé avant. Mais ça a évolué, et j’espère que dans 5 ans, ce sera toujours lié à mon travail actuel mais en même temps, complétement différent.

J’ai surtout été influencé par mon expérience de graphiste. J’aimais créer des logos, communiquer une idée ou un message avec simplement une image. C’est ce que j’ai essayé de faire avec mes peintures. Mais peindre sur un mur est différent de peindre sur papier ou sur une toile. Tu dois gérer l’environnement. L’architecture a une grande importance pour mes peintures, c’est la raison pour laquelle j’y introduis progressivement des éléments géométriques. Très souvent, j’introduis une forme qui représente une brique, et je la modifie. Le symbole en lui-même représente ma conversation avec le lieu où je peins.

Pendant très longtemps, j’ai eu besoin d’être capable de raconter pourquoi je peignais telle ou telle image. Je ne me sentais pas à l’aise avec l’abstrait. Mais maintenant je me sens mieux par rapport à ça. L’abstrait est très puissant, ça force les gens à utiliser leur propre imagination pour donner un sens à un sujet inhabituel. C’est plus facile de toucher les gens avec le Pop Art, ou en peignant un visage, car ils le reconnaissent à la seconde où ils le voient. L’art abstrait nécessite d’interagir avec le non familier, de laisser ce que l’on connait derrière soi. C’est plus à propos de sentiments et d’émotions.

Concernant ma connaissance de l’art, je suis autodidacte, donc il y a plein de choses que je ne fais pas correctement. Pendant longtemps, j’ai suivi des règles que j’avais mis en place pour moi-même. C’était comme mon propre jeu de Lego. Il fallait que j’intègre certaines formes, je devais suivre des étapes. Au bout d’un moment j’avais créé mon propre langage visuel. Je savais que je ne serais jamais coincé, que les possibilités de rendre chaque oeuvre connectée aux autres étaient infinies, tout en étant différente. Mais en même temps, je voulais intégrer dans mes oeuvres plus de pouvoir, plus de crudité, plus de spontanéité. Cette ambition vient peut-être de mon ennui créé par mes propres règles, et d’une envie de grandir. Je veux également incorporer l’atmosphère des lieux à l’abandon dans mon travail, la texture créée par le passage du temps, la nature qui pousse sur le mur et aux alentours. Et pas seulement la texture, mais aussi la forme. Quand tu as un mur en train de s’écrouler, ça crée des lignes au hasard, énergiques et organiques. C’est ce que j’essaye de mettre dans mes peintures. J’espère dans quelques années être capable de créer un équilibre personnel entre des figures purement géométriques et des formes organiques créées au hasard. Cela peut changer d’ici là, mais pour le moment c’est la direction que je veux prendre. J’y vais juste étape par étape.

Nelio Xuan Alyfe Somao Spain 2013 street artist interview graffiti. Photo copyright Nelio

Nelio & Xuan Alyfe à Somao, Spain 2013

Peux tu nous dire quels artistes ont influencé ton travail ?

Pour ce qui est des classiques, j’ai été vraiment intéressé par le travail de peintres tels que Miro, Kandinsky, Vasarely, Picasso, Matisse, Delaunay, Malevitch, El lissitzky, et plein d’autres. J’adore également les travaux de Kurt Schwitters et Gordon Matta Clark.

Il y a plein d’artistes contemporains qui font des oeuvres géniales. Mais le premier à m’avoir influencé fut Eltono. Il y a environ 10 ans, il m’a donné envie d’essayer le minimalisme. Avant lui, je complétais entièrement la page. Si je faisais une erreur, je pouvais toujours la dissimuler dans la composition. Puis j’ai réalisé que ce serait un plus grand défi, que ce serait plus intéressant et plus puissant de faire quelque chose de pur et de minimaliste. Il n’y a pas de place à l’erreur.

 

Remed m’a également fortement influencé. Il fait partie des meilleurs, car ses figures minimalistes et géométriques ont toujours un message fort.

Ce sont les deux artistes qui m’ont le plus influencé pendant longtemps. Mais j’ai découvert ces dernières années le travail de deux génies, 108 et Momo.

En ce qui concerne le graffiti, j’aime vraiment le travail fait en ce moment par  ErosieOutsiderEditorDjobXvlfBiletosAbcdefRoyerFridaTomekNoteen. Ce sont des très bons artistes pour les lettres minimalistes, l’expressionnisme et le faux-naïf. J’aime le pouvoir de leurs peintures. C’est vraiment inspirant.

Et j’aime collaborer avec d’autres peintres, avec des amis qui ont influencé certaines peintures comme ThtfGeometric BangAlexey LukaRubinDrypnzXuan Alyfe, et plein d’autres.

Cependant, une influence récente bien particulière sur mon travail a été Duncan Passmore  (voir ci dessous). C’est également un très bon ami. Au début, c’était vraiment compliqué de peindre ensemble car on a des styles complétement différents. On a dû faire des essais, et s’adapter l’un à l’autre, mais ça nous a permis de découvrir de nouvelles directions dans notre travail. C’est toujours amusant de peindre avec lui. Il m’a fait réaliser que je suivais toujours des règles. Grâce à lui, j’ai un peu appris à laisser aller, à me lâcher sans être nécessairement sûr du résultat.

Mural by Duncan Passmore, Nelio, Reek, Thtf & Blo in Lyon street artist interview. Photo copyright Nelio 2013 Duncan Passmore, Nelio, Reek, Thtf & Blo à Lyon, 2013. Photo par Nelio. (Cliquez pour pour agrandir).

Nelio & Mart graffiti in Buenos Aires street artist interview. Photo copyright Nelio 2014
Nelio & Mart à Buenos Aires, 2014. Photo par Nelio
Nelio & Amor graffiti in Buenos Aires street artist interview. Photo copyright Nelio 2014

Nelio & Amor à Buenos Aires, 2014. Photo par Nelio. (Cliquez pour agrandir). 

On s’est rencontré par hasard à Buenos Aires, où tu as vécu pendant 5 mois l’hiver dernier. Peux-tu nous en dire plus sur ton expérience du street art dans cette ville extraordinaire ?

Les gens là-bas sont vraiment amicaux envers les artistes de rues. Même la police n’y fait pas attention. J’ai peint un mur illégalement avec Cisco, un ami venu de Panama, et un policier est venu nous demander d’arrêter car un voisin avait appelé la police. Il était vraiment sympa, et on lui a demandé si on pouvait avoir 5-10 minutes pour finir notre oeuvre. Il nous a dit que personnellement, il s’en fichait, mais que le voisin était probablement en train de regarder et qu’il ne voulait pas avoir de problèmes, et il nous a conseillé de revenir plus tard pour finir. A part quelques voisins ou passants grincheux, le retour des gens est souvent positif. Les gens voient plus le street art comme de l’art ou comme un cadeau fait à la communauté, plutôt que comme du vandalisme. Je pense que c’est parce qu’ils ont déjà l’habitude des murs peints avec le mouvement muraliste latino-américain.

Quelles sont les différences entre pratiquer le street art à Buenos Aires et à Paris ? 

A Buenos Aires, c’est plus facile d’avoir la permission de peindre ce que tu veux. Si tu demandes d’abord, le propriétaire sera généralement content de te laisser peindre ses murs. C’est très différent en France, où le propriétaire préfère ses murs “propres”. Je peux comprendre quand il s’agit d’un très ancien immeuble, mais je ne comprends toujours pas le voisin qui vient se plaindre quand on peint des murs sales qui ne lui appartiennent même pas. Je pense qu’il y a des gens conservateurs partout, mais c’est sûr qu’en Argentine, c’est plus relax de peindre qu’en France.

Comment as-tu fait pour vivre 5 mois à Buenos Aires ? 

La première fois que j’ai pensé y aller était en 2007, quand j’étais en Australie. Je voulais continuer de voyager parce que ça m’apprenait énormément de choses. En Australie, je pensais devoir prendre un boulot à temps partiel pour payer les factures, mais j’ai finalement réussi à survivre 9 mois grâce à l’argent que j’avais économisé en France, et avec quelques travaux commandés pendant 4 autres mois. Sans avoir de travail, j’étais toujours libre de peindre, de recontrer d’autres artistes, d’aller voir des expos. C’était super. Je voulais continuer cette expérience et apprendre une autre langue. A ce moment-là, je ne sais plus pourquoi exactement, mais j’avais en tête une image de Buenos Aires encore plus folle et relax que l’Australie. Je voulais y aller, mais je n’avais pas suffisamment d’argent pour acheter le billet d’avion. Chaque année, je voulais faire ce voyage, mais je continuais à le décaler. Parfois je n’avais pas assez d’argent pour le vol, et parfois j’avais d’importants projets prévus en Europe.

Comment est Buenos Aires par rapport à ce que tu imaginais ? En quoi ça a inspiré tes peintures ? 

L’atmosphère est telle que je l’avais imaginée. J’ai rencontré, peint et je me suis fait des amis parmi des artistes géniaux comme PoetaMartRomaGualichoElian et Amor. Ces collaborations vont laisser une trace dans mes futures peintures. Souvent, quand je voyage, je suis plus inspiré par les gens que je rencontre et l’atmosphère de certains lieux que par le pays ou la ville en elle-même. Comme je suis d’un naturel optimiste, je trouve toujours le bon côté des choses, et je me concentre là-dessus sans trop penser aux mauvaises choses. Mon travail reflète ça, probablement, en essayant d’améliorer des lieux avec un message positif.

Nelio - Paris 2013 - street artist interview graffiti in Paris - Photo copyright Nelio

Nelio, Paris, 2013. Photo by Nelio.

Comment vois tu ton travail par rapport au terme de “graffuturism”, qui tend à capturer le style post-graffiti créé par toi et par les autre artistes dont tu as parlé ?

Graffuturisme est un terme qui essaye de classifier un groupe d’artistes. Je ne me suis jamais senti comme un vrai graffeur ou comme un artiste de rues, mais plus comme un mec qui crée des choses, et je ne me sens pas à l’aise avec une étiquette qui me place dans une catégorie bien particulière. Mais j’aime la plupart des travaux des autres artistes associés dans ce mouvement, et il y a une bonne énergie, donc ça ne me dérange pas d’en faire partie, et j’étais très content de faire partie de l’exposition Graffuturisme à Paris et à San Francisco.

Je pense que le lien entre nous, c’est que nous venons tous du graffiti. Au début, on a probablement tous commencés par jouer avec des lettres et à expérimenter la même énergie qu’est peindre dans les rues. Avec les années, notre travail a évolué, et on approche tous notre sujet de façon différente, en divisant notre temps entre l’atelier et la rue. Plus tu travailles en studio, où tu as plus de temps que dans la rue, plus tu peux développer ton style, tes idées, et faire des expériences sur différents supports et avec différentes techniques. Et après ça ressort dans ton travail dans la rue. Peindre dans la rue peut également influencer ton travail à l’atelier, donc je pense que c’est le dialogue entre le travail dans la rue et le travail dans l’atelier qui rend ce groupe d’artistes particulier.

Par exemple, l’école cubique comprend des artistes qui suivent le plus souvent un style très particulier et qui utilisent la même technique. Avec Graffuturisme, c’est un peu différent, car si tu montres à quelqu’un le travail de deux “artistes graffuturistes”, il peut n’y voir aucune connexion. Ce n’est pas tant visuel qu’énergique et mental, qu’un processus de production. Graffuturisme est un terme vague, parce qu’en ce qui me concerne, par exemple, je me sens plus proche du Constructivisme.

Cependant, je pense que le Graffuturisme offre la chance d’introduire une critique de l’art dans le graffiti et l’art de rue. Bien que le Graffuturisme ne soit pas vraiment du graffiti, car il existe aussi en galerie, ça peut être une raison pour ce terme d’exister, en essayant de nommer une forme d’art qui dérive du graffiti, et qui est comme un hybride, à la fois présent dans les lieux publics et dans les galeries.

Nelio - Santiago de Chile 2014 street artist interview graffiti in Chile South America. Photo copyright Nelio

Nelio, Santiago de Chile, 2014.

Nelio street art in Lyon 2013 graffiti artist interview - Photo copyright Nelio

Nelio, Lyon, 2013. Photo par Nelio.

Nelio Valparaiso, Chile 2014 street artist interview graffiti in South America. Photo copyright Nelio

Nelio, Valparaiso, Chile, 2014. Photo par Nelio.

Il manque un échange critique sur le street art et le graffiti, particulièrement en comparaison avec l’art contemporain. Qu’en penses-tu ? 

C’est sans doute parce que le street art n’est pas institutionnalisé et qu’il est souvent fait par des artistes auto-proclamés qu’il n’est pas pris au sérieux. Une autre raison pourrait être qu’il est toujours considéré comme un mouvement nouveau. Cela peut prendre du temps avant que les critiques comprennent ce qui se passent. Les autres formes d’art, traditionnelles et classiques, ont une longue et riche histoire qui permet à la fois aux artistes et aux critiques de l’étudier et de développer une approche intellectuelle. Le street art est un peu hors de contrôle, la plupart des artistes de ce mouvement n’ont pas étudié l’art, il y a beaucoup d’air frais dans leurs actions, mais aussi probablement un manque de références à l’art classique.

L’art contemporain est principalement institutionnalisé maintenant, et beaucoup plus élitiste, et il s’adresse à un public très limité, ce qui est l’opposé du street art. Il touche les gens directement, ils n’ont pas besoin d’aller dans un musée, ou de passer par un parent ou un professeur pour y avoir accès. Je pense que beaucoup de jeunes journalistes, qui ont commencé par faire des reportages sur le graffiti, l’ont fait parce qu’ils y étaient confrontés tous les jours et trouvaient cela intéressant de le partager, et se sont ensuite passionnés pour lui. C’est comme moi, je suis un apprenti artiste, j’ai commencé avec le graffiti. Je n’ai pas étudié l’art, mais j’évolue étape par étape. Je pense que c’est pareil pour tous ces nouveaux journalistes, pour les photographes amateurs également. Ils prennent des photos parce qu’ils aiment ça, et plus ils le font, plus ils deviennent intéressés et prennent de meilleures photos.

Pour le moment, le street art est un sujet d’actualités, beaucoup de magazines en ligne et de blogs postent des photos tous les jours. Mais il y en a peu qui creusent plus profondément. Il n’y a que quelques blogs et quelques magazines qui font l’effort de ne pas seulement poster des photos, mais également de parler de l’art, d’essayer de créer des discussions à propos des oeuvres. RJ, de Vandalog, par exemple, a toujours décrit le travail qu’il publie. Mais ce ne sont que des exemples isolés, c’est un terrain nouveau. Rebel Art s’intéresse plus aux travaux de rues conceptuels, c’est également intéressant. Et beaucoup d’autres magazines font des articles et des interviews, ce qui aide les gens à comprendre ce genre et leur donne la possibilité de l’analyser et de le critiquer.

Pour le moment, les médias traditionnels ne s’intéressent pas au street art, ou s’ils le font, c’est souvent en le réduisant à Bansky. Ils sont peut-être en train de faire plus de recherches, mais ils sentent peut-être que ce n’est pas leur terrain. Je ne sais pas. Ce que je vois, c’est qu’il y a un média alternatif qui grandit en même temps que le mouvement artistique lui-même.

Nelio Argentina street art in Cordoba. Photo copyright Nelio 2014

Nelio, Cordoba, Argentina, 2014. Photo par Nelio.

 

Michael “RJ” Rushmore, éditeur en chef du blog Vandalog, a publié une étude en profondeur sur les relations entre le street art et internet, Viral Art  (e-book gratuit). Quelle est l’importance d’internet pour ton travail et en tant que professionnel ? 

Je n’utilise pas internet comme un moyen pour faire de l’art, même si j’ai réfléchi à certaines possibilités. Pour le moment, je l’utilise principalement pour partager mon travail et pour être en contact avec les autres artistes. Cela peut changer dans le futur, mais pour le moment je suis plus concentré sur créer des oeuvres que tu peux voir dans la vraie vie, que tu peux toucher. Je me sens plus souvent un artisan qu’un artiste.

Mais internet est intéressant pour montrer mon travail à un large public. Les gens ne verront pas la plupart de mes peintures dans le vrai monde, soit parce qu’elles sont cachées dans des lieux à l’abandon, soit parce qu’elles ont été recouvertes peu après que je les ai faites. Avec internet les peintures ne sont plus éphémères.

Professionnellement, internet est un très bon outil parce qu’il m’offre la liberté de travailler de façon indépendante. C’est à travers internet que je reçois des offres d’emploi. Avant internet, j’imagine que ça devait être plus difficile pour un artiste de vendre son travail. Particulièrement si, comme moi, tu n’aimes pas la partie commerciale de cette carrière, et te promouvoir. Mettre mes oeuvres sur internet m’évite d’avoir à faire tout ça.

Quand j’étais plus jeune, je m’inquiétais beaucoup au sujet de mon futur, j’hésitais sur le métier à choisir : quelque chose que j’aime et qui m’offirait une sécurité, ou quelque chose que j’adore mais qui est financièrement incertain. La société nous apprend à avoir un vrai métier, à faire des économies, à acheter une maison et à faire toutes ces autres choses qui permettent de nous garder dans notre zone de confort. Mais avec mes nombreux voyages et mes rencontres avec d’autres gens, j’ai découvert une autre façon de penser, et de vivre. J’ai appris que c’est toujours quand tu prends des risques que ton monde s’élargit. Plus tu te confrontes à de nouvelles expériences, moins tu as peur, et plus tu peux avancer. Pour le moment, c’est important pour ma façon de vivre mais aussi pour mon art. J’ai besoin d’expérimenter et de penser toujours à de nouvelles directions où aller.

Les oeuvres collaboratives sont super pour ça, c’est mon éducation, dans la rue avec d’autres artistes. Tu peux apprendre beaucoup si tu essayes de comprendre et de compléter le travail des artistes avec lesquels tu collabores. En particulier si les artistes viennent d’un autre pays, d’une autre culture. Ce qui est intéressant avec le graffiti, c’est que c’est une grande famille. Où que tu voyages, tu peux facilement entrer en contact avec d’autres artistes. Et bien sûr internet a facilité tout ça. Tu peux découvrir le travail d’un artiste vivant à l’autre bout du monde et le contacter. Le monde devient plus petit, et les sources d’inspiration s’accroissent.

Nelio urban artwork in Arrabida Portugal street art interview. Photo copyright Nelio 2013

Nelio, Arrabida, Portugal, 2013. Photo par Nelio.

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Nelio site.

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Récemment, j’ai eu l’occasion de visiter l’atelier de Zezão à São Paulo. Zezão est un street artiste brésilien qui s’est fait la main dans la pixação, une forme de graffiti unique née entre São Paulo et Rio de Janeiro. Par le passé, alors qu’il souffrait d’une dépression, l’artiste est notamment intervenu dans des espaces détériorés et à l’abandon tels que les égouts de la mégalopole.

Le Flop, sa désormais célèbre signature, une forme organique bleue claire, contraste avec ces lieux sombres et froids, leur redonnant un peu de vie ainsi qu’un sentiment de pureté. 

Très attaché à ses racines dans l’univers pauvre de la banlieue de São Paulo, Zezão est un artiste engagé et soucieux de l’exclusion sociale. L’année dernière, il a recueilli un SDF toxicomane, lui offrant la possibilité de se réhabiliter, en travaillant et en apprenant à produire de l’art.

Depuis que ses Flops ont été découverts par les médias en 2003, Zezão a pu exposer son travail dans des villes telles que New-York, londres, Paris et bien d’autres encore. Actif sur la scène graffiti, il produit également des photographies, des installations et des vidéos d’art.

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Zezão peint sur le sol en dehors de la Maison des Métallos à Paris. Photo: Zezão

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Zezão peint à São Paulo. Photo: Zezão

zezao sao paulo art urbain street art graffiti Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

Zezão peint à São Paulo. Photo: Fernanda Hinke © 2013

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Zezão peint à São Paulo. Photo: Zezão

Présente-toi :

J’ai commencé à faire du graffiti en 1995, à un moment où cette pratique était encore marginale. Mais auparavant, alors skateur, je faisais des « Pixação » ( une forme de graffiti née à São Paulo ), et j’ai toujours appartenu aux mouvements urbains. Je viens de la troisième génération de graffeurs au Brésil, juste après la seconde génération avec des artistes comme Os GêmeosSpeto et Binho.

Peux-tu nous expliquer le concept du « Flop » ?

Le Flop provient du flow-up et du mot vicieux. C’est mon logotype. Une forme bleue, abstraite et organique avec des influences tribales, que j’utilisais pour contraster avec les territoires inhospitaliers dans lesquels j’intervenais.

 Pourquoi as-tu commencé à travailler dans les égouts ?

Le graffiti, c’est le reflet de ma vie. J’ai grandi en banlieue. Je n’ai pas vraiment fait d’études. J’ai perdu mes parents alors que j’étais adolescent, et je travaillais en tant que coursier. Je n’avais pas eu beaucoup de chance dans ma vie.

Dans les années 1990, il y avait beaucoup de répression policière au sein de São Paulo. En 1998, j’ai commencé à peindre à Moinho Matarazzo (quartier entourant l’usine du même nom, aujourd’hui devenue une favela), pour m’éloigner le plus possible de la répression.

Plus tard, j’ai décidé de travailler dans les égouts. J’étais déprimé, et l’endroit était déprimant, l’art me servait de thérapie. Ces endroits sales étaient parfait pour me tenir à l’écart du monde et de la répression. Je me suis fermé au monde et c’est à ce moment que j’ai le plus réfléchi sur ma vie et sur ma condition. Tout s’entremêlait. J’étais vraiment très déprimé à l’époque où je me suis retrouvé dans les égouts. Mais je n’étais pas assez courageux pour me suicider, et je me suis dit : c’est très risqué d’être ici, on pourrait me tuer. Ce trou pullulait de rats et de cafards, mais l’art m’a sauvé. Dans l’obscurité, j’ai trouvé mon chemin.

Tu travaillais dans des endroits cachés, comment as-tu été découvert ? 

En 2003, j’ai posé ma première image de graffiti sur Fotolog, je montrais aux gens : c’est ça mes graffitis ! Les gens ont commencé à me demander où les trouver, et je me moquais en leur disant « juste sous tes pieds ». Quand les médias ont découvert ce que je faisais, j’ai dû m’expliquer. A ce moment, j’ai compris que mon travail pouvait avoir un impact sur la société. J’ai décidé de devenir un « agent » même si je devais opérer de façon transgressive, mais je voulais agir dans et pour ma ville. Je leur ai montré que mon message était pacifique. Je veux être le Robin des Bois de l’art. Je vais amener l’art à ceux qui ne savent pas ce que c’est.

Zezao interview pixacao graffiti street art sao paulo - Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

zezao interview street art gallery brasil graffiti - Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

zezao interview brasil street art pixacao flop sewers Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

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zezao pixacao flop Sao paulo Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

Zezão peint à São Paulo. Photo: Fernanda Hinke © 2013

Qu’a changé le fait d’être découvert par les médias ?

Après cette expérience dans les égouts, j’ai ressenti le besoin de sortir hors de ces murs et d’essayer autre chose, sans pourtant avoir l’ambition d’être un artiste. Je m’intéressais au pinceau, à la peinture, au graffiti, aux installations, la vidéo, l’écriture. Je ne voulais pas tomber dans une routine. Le graff fait partie de moi, rien n’est comparable à la synergie de la rue, la performance et les risques. Mais j’ai décidé de faire quelque chose de nouveau.

Plus tard, j’ai rencontré Mariana Martins, la directrice de Choque Cultural, la première galerie spécialisée dans le Street Art au Brésil, qui essayait d’introduire des rebelles comme Os Gêmeos, Speto et d’autres au marché de l’art.

En 2004, j’ai eu une première opportunité de montrer mon travail dans une galerie, de vendre, mais je n’utilise pas de toiles, j’ai toujours peint sur des supports trouvés dans la rue. J’ai mes propres opinions. Mes racines étaient très marginalisantes, et aujourd’hui je navigue dans l’océan de l’art. Mais je sais faire le pont entre ces deux mondes.

Pour moi, le graffiti n’aura jamais sa place sur un support en toile ou dans un musée.

Quel équilibre as-tu trouvé entre une pratique d’atelier et la rue ?

J’ai 41 ans. Lorsque je regarde ma vie, c’est incroyable. Je côtoyais des voyous et aujourd’hui, je fréquente des gens dans la norme. Ca faisait déjà un moment que c’était devenu une niche dans l’art contemporain, mais je respecte toujours la rue et les “maloqueiragem” (« les gars de la rue »). Je ne vais pas mordre la main qui me nourrit. Je ne veux pas peindre sur toile, la rue est toujours très présente dans mon travail et je peux voyager et on me propose de bonnes conditions pour l’aspect commercial de mon travail. J’aime mon atelier mais j’aime tout autant la rue.

Le Pixação et le graffiti, c’est la même chose pour toi ? 

En ce moment, il y a beaucoup de polémiques quant à la différence entre le Pixação et le graffiti. Pour moi, les différences sont surtout esthétiques. Le Pixação et le graffiti parlent chacun de la pureté de la transgression, du vandalisme et d’art révolutionnaire. Les deux cassent les codes de mouvements plus classiques. En toutes circonstances, ce sont des démarches illégales et des modes d’expression libres et explicites. Parfois il s’y dégage une beauté et ils parlent de paix, parfois ce sont des monstres qui portent des messages très agressifs. Conceptuellement, le graff et le pixação sont la même chose.

Parles-moi de Índio, le SDF que tu as « adopté » ?

C’est un moment très important de ma vie en termes de réflexions sur les valeurs. J’ai proposé à Índio, un ancien SDF toxicomane de travailler avec moi. J’explore à nouveau les concepts dans mon travail, je collectionnais auparavant des ordures, je vivais dans une favela et aujourd’hui, j’accueille quelqu’un qui vient de Cracolândia, un maloqueiragem. J’ai grandi avec cette bande de voyous.

Il me ramène des ordures. Quand je lui ai dit que j’avais besoin de têtes de lit, il en a trouvé plus de 30. Il reçoit une commission sur chaque pièce que je vends. Notre collaboration est la fois humaine et spirituelle. On s’aide mutuellement.

C’est bizarre, j’ai des préjugés de personnes que je n’aurais jamais imaginé en avoir. Ok, quand je travaillais dans les égouts, c’était normal que les gens m’évitaient. Personne ne veut s’approcher des égouts. Aujourd’hui, des années plus tard, je veux adopter quelqu’un qui vient de la rue, et je veux faire de lui un artiste, et pourtant les gens ont des préjugés? C’est le vrai Zezão. C’est l’essence de mon travail, et je ne vais pas leur lancer la première pierre. J’ai des sentiments très forts pour ces gens. C’est ma façon à moi d’être un maloqueiro.

Certains des street artistes qui exposent dans les galeries, musées, les institutions, ont perdu leurs racines underground et leur pureté. Je ne dirais pas que c’est une décadence, au contraire, je vois ça comme une évolution. Aux yeux de la société conservatrice, on était des marginaux, maintenant on vend des toiles pour 30,000 reals (environ 10 000€, ndlr). Avant, on était des marginaux, maintenant, on est appréciés. Ce n’est pas mon cas, et même si cela peut porter atteinte à ma carrière d’artiste, je ne vais pas changer d’éthique et ce que je suis. J’ai envie de gifler tous ces faux-semblants.

zezao graffiti artist bresilien- Photo: Fernanda Hinke copyright 2013

Índio (sur la gauche) et Zezão, dans son atelier à São Paulo. Photo: Fernanda Hinke © 2013

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Zezão expose en ce moment au Brésil à la galerie Athena Contemporânea, Rio de Janeiro.

En mai, Zezão se rendra à Londres sur une invitation de Cedar Lewisohn, anciennement commissaire d’exposition à la Tate Modern.

D’autres projets futurs incluent sa participation à ‘Living With Water’ à Hambourg afin de collecter des dons pour des projets environnementaux dans des pays en voie de développement.

Il interviendra également à Bales et Frankfort avec, entre autres, les artistes Os Gêmeos, Nunca and Speto.

Pour plus d’information sur Zezão,  cliquer ici.

HOPNN Paris street art belleville rue denoyez - bike art  Photo : Ludovica Giulianini copyright 2013 - Underground Paris

En se promenant dans une ville,  personne ne fait vraiment attention aux murs qui les entourent. C’est probablement l’effet de l’ubiquité de la publicité, on est assailli d’images, quel que soit le lieu où l’on se déplace. Pourtant, si ce qui se trouve sur les murs se trouve être la représentation d’un homme mangeant une voiture en forme de tube de rouge à lèvres, on ne peut que le remarquer.

Les interventions artistiques dans la rue de Yuri (aka HOPNN – YURI en Alphabet cyrillique), un artiste italien qui vient de s’installer à Paris, sont composées de personnages oniriques peints en blanc et rouge, caractérisés par la présence de vélos comme élément principal « sacré » de sa production.

HOPNN s’est inspiré des cyclistes à Rome – si vous vous êtes déjà rendu dans cette ville, vous savez que c’est une ville souffrant les embouteillages.

Ludovica Giulianini, une reportrice pour Underground Paris, a rencontré HOPNN un weekend alors qu’il repeignait un mur de la rue Dénoyez à Paris dans le 20ème arrondissement et nous fait part de leur échange (et de la photo de son vélo et ses traces de peinture !).

HOPNN street art Paris - bike art (4) Photo : Ludovica Giulianini

Photo: Ludovica Giulianini © 2013

« Grandir dans un petit village n’est pas facile, il n’y a rien à faire. Le graffiti est l’une des seules occupations pour les jeunes là-bas, et c’est comme ça que j’ai commencé, à l’âge de 15 ans. Passer du graffiti au street art a été une transition naturelle, notamment  par le biais de mes études aux beaux-arts de Rome. »

« Quand j’habitais dans ma ville natale, à Chiaravalle (dans le centre Est de l’Italie), je me déplaçais toujours en vélo. Quand je suis arrivé à Rome, j’ai rapidement compris que ça ne serait pas si facile, peut-être même de l’ordre d’un sport extrême. J’adorais participer aux événements publics à Rome ; j’aimais le fait que, durant ces balades, c’étaient les vélos et non les voitures qui créaient des embouteillages. »

HOPNN street art Paris Belleville rue Denoyez Photo : Ludovica Giulianini copyright 2013 - Underground Paris

Photo: Ludovica Giulianini © 2013

HOPNN street art Paris - bike art (2) Photo : Ludovica Giulianini copyright 2013

Photo: Ludovica Giulianini © 2013

Yuri me dit que de peindre des vélos est devenu un message politique à ses yeux. Même si, aujourd’hui, « le vélo est devenu quelque chose de plus abstrait dans mon travail ; les vélos me permettent d’aborder d’autres thèmes, pas simplement pour encourager les gens à s’en servir comme moyen de transport. Pourtant, un jour, alors que je peignais un mur, un inconnu m’a abordé, et reconnaissant mon travail, il m’a confié qu’il avait commencé à utiliser ce mode de transport après avoir vu mes affiches dans la rue. C’était une joie et une vraie victoire. »

HOPNN Yuri street art entretien-graffiti-paris-HOPNN street art rome - Photo par HOPNN

 Photo: HOPNN.com ©

HOPNN street art Paris bike art (7) Photo: Demian Smith copyright 2013

Photo: Demian Smith © 2013

« A Paris, les gens sont plus attentifs aux cyclistes et aux piétons qu’à Rome ». Il aime peindre dans les rues de Paris : “il y a des lieux où c’est autorisé, et coller des affiches est également toléré. Le seul problème, c’est que le recyclage des œuvres est intense, et le travail des uns est rapidement recouvert par d’autres”. Mais ça fait partie du jeu, tant qu’il peut continuer à peindre…

HOPNN street art Paris bike art (5) Photo : Ludovica Giulianini

Photo: Ludovica Giulianini © 2013

HOPNN street art Paris - bike art (8)

  Photo:  HOPNN.com ©

Si vous souhaitez rencontrer Yuri à Paris, prenez part aux cours de l’Académie des Beaux-Arts, car il travaille à temps partiel en tant que modèle (c’est l’homme nu au milieu de la pièce si ça n’était pas clair!).

Yuri s’attelle à inventer une voiture à pédales (j’imagine quelque chose de similaire à la voiture des Pierrafeux!).

HOPNN street art Paris - bike art (9)

  Photo: HOPNN.com ©

HOPNN street art Paris - bike art (10)

  Photo: HOPNN.com ©

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Le site de HOPNN, ici.

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Fernanda Hinke s’intéresse également au déplacement en vélo dans Paris, mais d’un point journalistique. Plus de détails sur son blog, My Life on My Bike, ici.

David Walker exposition graffiti paris - Paris Underground. Photo: Art of David Walker Facebook copyright 2013

David Walker, artiste urbain basé à Berlin, est une figure incontournable des rues de Berlin et Londres, et c’est le dernier artiste en date à avoir été invité par l’association le M.U.R. Il a créé l’un de ses portraits fragiles, sa signature artistique. Ludovica Giulianini nous parle du véritable art de Walker.

Sur les 140 artistes à avoir créés des œuvres éphémères sur Le M.U.R. depuis son inauguration en 2007, peu ont réussi à déployer la même beauté que le portrait de Walker sur cet ancien panneau d’affichage de 8 mètres sur trois, prêté par la mairie dans le but de promouvoir le street art.

Les peintures de portraits sont peut-être le challenge le plus difficile pour les artistes. Pas à cause des difficultés à représenter le vrai visage d’une personne, mais à cause de la quasi-impossibilité de reproduire l’aura de cette personne, et les émotions dégagées par les expressions du visage, d’un seul trait.

Il y a des millions de citations d’artistes qui décrivent la difficulté à peindre des portraits. Mais quand je regarde le travail de David Walker, une seule me vient à l’esprit : « Un portrait, pour être une œuvre d’art, ne doit pas, ni ne devrait ressembler au modèle. Le peintre doit trouver en lui les paysages qu’il veut produire. Pour représenter un visage, on ne doit pas peindre ce visage, on doit peindre ce qui s’en dégage. » Umberto Boccioni (1882-1916), peintre et sculpteur appartenant au Futurisme, Manifeste technique de la peinture Futuriste, 1910.

Ce n’est pas la représentation du visage par Walker qui est impressionnante. C’est le fait qu’il soit capable de reproduire ce qu’il se dégage de ce visage qui en fait une véritable œuvre d’art.

Il dépeint des émotions et les reproduits dans un vortex de couleurs dansantes. En regardant cette œuvre, et après avoir réalisé que c’est un visage qui ressort de cette masse de couleurs, on se sent serein.

Au travers des années, David Walker a développé une technique unique. Il peint directement à la bombe. Il n’utilise aucun pinceau et le résultat, d’un point de vue strictement technique, est l’un des plus étonnants du genre.

(photo, haut: Facebook page de David Walker)

David Walker exposition graffiti paris street art Paris Underground. Photo: Demian Smith © 2013

Vernissage à Le M.U.R..

David Walker Le MUR - Paris street art - exhibition - Underground Paris. Photo: Demian Smith 2013 (6)

David Walker exposition graffiti paris Le MUR - street art Paris underground. Photo: Demian Smith © 2013

Exposition David Walker graffiti paris Le MUR Paris street art paris Underground. Photo: Ludovica Giulianini © 2013

Photo: Ludovica Guilianini © 2013

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L’oeuvre de David Walker sera visible sur Le M.UR., 107 rue Oberkampf, jusqu’au 13 juin 2013

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Le site de David Walker, ici.

David Walker expose juqu’au 1er juin à la Galerie Mathgoth.

Sydney street art pioneers ZAP and JUMBO Paris street art (27)

En remontant la rue Dénoyez, je rencontre deux artistes, ZAP et JUMBO (Sydney) qui recherchent des endroits pour peindre.

Je leur propose une balade à travers Belleville, Ménilmontant et Oberkampf et leur indique les lieux les plus intéressants. Et on se sépare.

Le lendemain, je passe par l’un de ces lieux et y trouve JUMBO peignant à la bombe une illustration : un cirque, des bonhommes coupés en deux saignant des bulles vertes, la tête d’un lezard-chien, tous rassemblés dans une représentation symétrique. Les passants sourient alors qu’il s’attelle à peindre la façade d’un primeur. Personne ne se demande si on l’a invité, ou peut-être personne ne s’en préoccupe. Le caissier de l’épicerie aime bien le travail. Et il ne s’en formalise certainement pas.

ZAP se trouve en haut de la rue et repeint le camion qui appartient à un magasin tenu par des Chinois après avoir eu la permission du responsable. Elle souhaite qu’ils peignent les 2 cotés du camion. ZAP aurait souhaité une « toile » plus grande mais les propriétaires de camions du marche du Boulevard de Belleville étaient moins enthousiastes.

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Roti Street art paris living walls (8)

Peintre, tailleur de pierre, sculpteur, tatoueur, lithographe. Les artistes polymorphes de la carrure de Roti sont rares de nos jours. C’est évidemment enrichissant pour le Street Art, mais cela rend la tache difficile pour un journaliste. Il est difficile de parler de son travail, et presque impossible de savoir où et par quoi commencer entre les pratiques diverses qu’il maîtrise.

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